Josué 3, 7-17 : en amont, comme en aval, notre responsabilité face à la création
Par Editeur le dimanche 22 mars 2009, 16:34 - Prédications - Lien permanent
Prédication de Stéphane Lavignotte, le 22 mars, à l'occasion de la journée mondiale de l'eau
Josué 3, 7-17
L'Éternel dit à Josué: Aujourd'hui, je commencerai à t'élever aux yeux de
tout Israël, afin qu'ils sachent que je serai avec toi comme j'ai été avec
Moïse.
Tu donneras cet ordre aux sacrificateurs qui portent l'arche de l'alliance: Lorsque vous arriverez au bord des eaux du Jourdain, vous vous arrêterez dans le Jourdain.
Et dès que les sacrificateurs qui portent l'arche de l'Éternel, le Seigneur
de toute la terre, poseront la plante des pieds dans les eaux du Jourdain, les
eaux du Jourdain seront coupées, les eaux qui descendent d'en haut, et elles
s'arrêteront en un monceau.
Le peuple sortit de ses tentes pour passer le Jourdain, et les
sacrificateurs qui portaient l'arche de l'alliance marchèrent devant le
peuple.
Quand les sacrificateurs qui portaient l'arche furent arrivés au Jourdain,
et que leurs pieds se furent mouillés au bord de l'eau, -le Jourdain regorge
par-dessus toutes ses rives tout le temps de la moisson,
les eaux qui descendent d'en haut s'arrêtèrent, et s'élevèrent en un
monceau, à une très grande distance, près de la ville d'Adam, qui est à côté de
Tsarthan; et celles qui descendaient vers la mer de la plaine, la mer Salée,
furent complètement coupées. Le peuple passa vis-à-vis de Jéricho. Les
sacrificateurs qui portaient l'arche de l'alliance de l'Éternel s'arrêtèrent de
pied ferme sur le sec, au milieu du Jourdain, pendant que tout Israël passait à
sec, jusqu'à ce que toute la nation eût achevé de passer le Jourdain.
Pour tout cours d'eau, tout fleuve, il y a un amont et un aval. L'eau coule
dans un sens, l'eau vient d'un endroit, l'amont, et elle va vers un autre
endroit, l'aval, éventuellement en rejoignant d'autres cours d'eau, toujours
vers une mer.
L'histoire du peuple juif s'organise symboliquement autour du Jourdain. Le
jourdain coule des montagnes du Liban, vers la mer morte, une mer salée, dans
laquelle on a l'impression que rien ne vit. Très symboliquement, le peuple
d'Israël fait régulièrement le chemin inverse.
Abraham va se réfugier en l'Egypte mais il doit en repartir s'il veut sauver
sa vie et son couple. Le peuple d'Israël, sous la conduite de Moïse puis Josué
vont quitter l'Egypte et remonter le Jourdain. Du Sud vers le nord, de la mer
morte vers la source du fleuve. De la mort, de l'enferment, vers la vie, vers
la renaissance. De l'aval, vers l'amont,
Comme humains, nous aimerions toujours faire ce chemin. Quitter l'aval quand
il est mortifère. Mais dans la réalité biologique de nos vies humaines, nous
sommes pourtant toujours en amont et en aval.
Nous sommes et nous serons toujours en aval du fleuve. Nos corps sont
composés entièrement d'eau. Nous n'en avons pas, nous mourons. Aujourd'hui, 884
millions de personnes n'ont pas accès à une eau sanitairement sûre. Dans les
pays du sud, une maladie sur cinq chez les moins de 13 ans est lié à cette eau
malpropres.
Nos corps sont comme les mers qui reçoivent l'eau après son chemin. Nous
sommes en aval, et nos vies dépendent de cette eau qui arrive vers nous, et de
l'état dans laquelle elle nous arrive.
Nous sommes aussi en amont.
La qualité de cette eau dépend de nous. C'est nous qui sommes le long du
fleuve, le long du chemin de l'eau, et qui - le long de son chemin - la
polluons, la consommons, la pompons, et faisons que plus bas, ensuite, en aval,
il en reste assez ou pas, et assez propre - ou pas - pour les autres. Au temps
des Hébreux, de Jésus, les populations n'y étaient pas pour grand chose si
l'eau de la mer morte était plus ou moins salée. Leur activité en amont n'avait
guère de conséquences. Ils étaient moins en amont, responsable des pollutions.
Mais aujourd'hui, c'est différent.
Comme la mer d'Aral et le lac Tchad, la mer Morte a perdu, ces cinquante
dernières années, le tiers de sa superficie. La mer morte reçoit de moins en
moins d'eau, car le Jourdain, son seul approvisionnement, est pompée pour
l'agriculture sur son chemin. Une autre cause importante est l'évaporation de
volumes importants d'eau par l'usine de production de sel de la mer Morte, une
des rares usines pourvoyeuses de main-d'œuvre de la région.
Comme le peuple d'Israël, nous sommes invités, à aller de la mort vers la
vie, de ce qu'il y a de stérile, vers ce qu'il y a de vivant. C'est ce message
qui se revit dans la résurrection, où la mort est vaincue, et c'est la vie qui
prend le dessus.
Mais nous ne pouvons plus nous contenter de quitter le désert, de quitter la
mer morte, de quitter l'aval.
Nous l'avons dit, avec l'eau, nous sommes en amont et en aval, car nous
vivons de l'eau et l'eau est telle qu'elle est transformée par nos
comportements.
De plus, aujourd'hui, dans les problèmes d'environnement, l'aval est
partout.
Les rejets de gaz carboniques de nos consommations – transports, transports
de nos aliments, consommation de nos chauffages – se retrouvent par exemple
dans un atmosphère qui est partout, provoquent une crise climatique qui
concernera toute la planète. L'aval de nos comportement est partout. Et nos
façons de consommer l'eau, l'atmosphère, la nature, risquent de transformer
tout en mer morte.
Nos façons d'agir sont comme l'amont des fleuves. Ce que nous faisons en
amont, par nos consommations, nos modes de vie, ont des conséquences en aval,
mais un aval qui est partout.
Aller de l'aval, de la mer morte, vers l'amont, le Jourdain, ce n'est plus
se déplacer géographiquement, c'est se déplacer ici, sur place, là où nous
sommes : c'est remonter en amont dans nos façons d'agir, de vivre, de
consommer. Symboliquement, aller en amont, c'est remonter, aller plus haut.
Remonter vers nos consommations, nos modes de vie, n'est-ce pas justement aller
plus haut, prendre de la hauteur, être capables de prendre de la distance avec
nos comportements, nos habitudes, nos conforts ?
Comme pour le peuple d'Israël qui a rencontré Dieu en remontant du Désert
vers le Jourdain, cette remontée vers nos comportements, n'est-elle pas aussi
un pèlerinage dans lequel nous rencontrons Dieu ?
En ce sens, c'est tenter d'avoir des comportements plus élevés, moins
prisonniers de ce que nous sommes, moins dans l'appropriation de l'autre et de
la nature.
C'est aller vers le pays du Jourdain, un pays de lait et de miel, un mode de
vie plus doux, plus doux avec la nature et les autres humains.
C'est aller vers le chemin que nous propose le Seigneur, c'est le rejoindre, en prenant plus de temps pour dialoguer avec lui, et plus le rencontrer dans nos relations avec la nature, les autres humains, qui sont à la fois ces autres qui nous rapprochent de ce Tout Autre qu'est Dieu, humains et nature qui dans lesquels nous pouvons voir des marques de la beauté et la gloire de Dieu.