Jean 2, 18-25 (1) : Il ne suffira pas d'un signe...
Par Editeur le dimanche 15 mars 2009, 10:43 - Prédications - Lien permanent
Prédication de Stéphane Lavignotte du jeudi 12 mars 2009
2.18 Les Juifs, prenant la parole, lui dirent: Quel miracle nous montres-tu,
pour agir de la sorte ?
2.19 Jésus leur répondit: Détruisez ce temple, et en trois jours je le
relèverai.
2.20 Les Juifs dirent: Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple, et
toi, en trois jours tu le relèveras !
2.21 Mais il parlait du temple de son corps.
2.22 C'est pourquoi, lorsqu'il fut ressuscité des morts, ses disciples se
souvinrent qu'il avait dit cela, et ils crurent à l'Écriture et à la parole que
Jésus avait dite.
2.23 Pendant que Jésus était à Jérusalem, à la fête de Pâque, plusieurs crurent
en son nom, voyant les miracles qu'il faisait.
2.24 Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu'il les connaissait
tous,
2.25 et parce qu'il n'avait pas besoin qu'on lui rendît témoignage d'aucun
homme; car il savait lui-même ce qui était dans l'homme.
Les voyages de Sarkozy aux Etats-Unis ? Des signes que la politique de la
France va changer, que les relations s'améliorent. L'entrée de membres de
l'entourage de Ségolène Royal à la direction nationale du Parti
socialiste ? Un signe que chaque partie veut dépasser les divergences du
Congrès de Reims.
Quand on parle d'amour, on raisonne parfois un peu ainsi : il n'y a pas
d'amour, il n'y a que des preuves d'amour. Des signes donnés à l'autre qu'on
l'aime. La réalité de la politique française, le fait que les gens feront bien
les missions qui leur sont confiées, la profondeur du sentiment amoureux, après
tout, qu'importe.
C'est signes qui sont d'abord ce qui compte, qui se suffisent à eux-mêmes,
ça peut aller très loin.
Le philosophe Gilles Deleuze leur avait consacré un petit livre, après avoir
étudié A la recherche du temps perdu de Proust. Il évoquait notamment les
signes de l'aristocratie : les façons de s'habiller, de parler à certains
et pas d'autres, d'une façon ou d'une autre. En eux-mêmes, ces signes ne
renvoient à rien d'autre. Ils sont tout ce qui importe : ils disent juste
que la personne qui émet les signes maîtrise l'art d'émettre des signes
aristocratiques, qu'il est lui-même aristocrate.
Là, dans notre texte d'aujourd'hui, il est question de signes.
Jésus vient de chasser les marchands du temple, et les autorités religieuses
l'interpellent : de quel droit fais-tu ça ? Ils pourraient demander
ses diplômes, ses autorisations, ses papiers. Ils lui demandent ses signes qui
l'autorisent. Plus tard, pendant la Pâques, il va faire des signes, et c'est
pour cela, c'est parce qu'ils voient ces signes que certains vont croire en
lui. Comme pour Sarkozy, le Parti socialiste, l'amour ou l'aristocratie, la
réalité des actes ne compte pas vraiment : ce qui compte, c'est que ces
gestes sont des signes. Ils sont le marqueur, la preuve, l'expression d'autres
choses.
Mais avez vous entendu que dans le texte, Jésus rejette cette façon de
raisonner.
- Les autorités parlent de Signes, il s'en moque et les provoque en leur
proposant qu'ils détruisent eux-mêmes leur temple, le super signe de leur super
fidélité à Dieu,
et il répond en parlant de la résurrection, un signe qui n'a même pas encore eu
lieu. - Le peuple croie à cause des signes, lui ne croit pas en eux.
Qu'est-ce qui a grâce aux yeux de Jésus ?
Car après tout, la résurrection, ça se passe. Les miracles qu'il fait, ils
existent, on les voit et ils ont un sens.
Qu'est-ce qui a grâce aux yeux de Jésus ?
- On nous parle des disciples qui après sa résurrection, vont se souvenir de
ces paroles qui annoncent la résurrection et croiront aux paroles de Jésus, et
à l'écriture.
- Il nous est dit que Jésus accorde peu d'importance que des gens disent qu'ils
croient en son nom parce qu'ils ont vu les signes, ce qui compte, c'est ce
qu'il y a dans les coeurs de ces personnes.
Ce qui compte, ce ne sont pas les signes que fait Jésus, ou ceux auxquels on
croit, c'est que les disciples ont changé, que toute cette expérience a tout
changé en eux.
En raison de cela, ils repensent à tout ce qui s'est passé, et ils le voient
différemment. Les paroles de Jésus et les écritures ont changé de sens parce
qu'ils ont changé dans leur façon de raisonner, de voir, de sentir,
d'expérimenter le monde.
Ce qui pourrait compter pour Jésus, ce n'est pas que des gens croient en son
nom parce qu'ils ont vu les signes, ce qui compterait, c'est ce qu'il y ait un
changement dans les coeurs de ces personnes.
Jésus ne veut pas multiplier les tours de magie. Jésus n'espère pas que les
gens adhèrent à des signes de puissance. Mais que les gestes qu'ils voient,
qu'ils reçoivent, qu'ils font eux-mêmes les changent et changent les
autres.
Qu'est-ce que ça signifie concrètement ?
Par exemple, quand nous faisons de l'action sociale pour les autres, quand nous
aidons des demandeurs d'asile ou des SDF, que faisons nous ? La tentation
c'est celui du signe, envoyer un signe pour dire aux autres : regardez
comme nous sommes gentils ou forts, admirez-nous, dites combien les protestants
sont des gens progressistes et altruistes. Ou pire : faire de signes,
comme des actes de puissance, de gentillesse, pour que les gens croient au nom
de notre église, au nom de Jésus Christ. Aider les autres pour notre gloire ou
pour les faire adhérer à notre boutique. Nos gestes ne compteraient pas. Ils ne
seraient que des signes.
Mais tout ce que nous faisons, nous le faisons, parce que cela a du sens en
soi.
Non pas que donner un café ou un vêtement soi sa fin en soi. Mais parce que
dans ce geste, il y a une toute petite graine de transformation, de celui qui
donne, de celui qui reçoit. Il y a le début d'une sortie de ce qu'il a de
mortifère en nous, en l'autre. Nous sortons du fait de ne penser qu'à nous.
Nous découvrons l'autre dans sa personnalité, et il n'y a pas que notre
identité, notre personnalité.
L'autre se sent pris en compte, ressent qu'il compte. Il y a un acte de
résurrection en germe. ça n'empêche pas de dire qu'on le fait à la suite de
Jésus Christ. Mais si on le fait à la suite de Jésus Christ, c'est justement
qu'on a arrêté de donner de l'importance aux gestes comme signes, pour donner
de l'importance aux gestes en eux-mêmes, aux potentiels de changements que
recèlent ces gestes, aux changement qui se passent, à ce qui se passe dans les
coeurs.
J'ai toujours aimé une phrase de Karl Barth.
Il disait que les chrétiens et leurs actions devaient être des signes et
paraboles du Royaume. ça peut paraître contradictoire.
On pourrait prendre cela en disant que nos actes en eux-mêmes ne valent rien,
qu'ils ne sont que des signes et des paraboles du Royaume, qui lui n'adviendra
que plus tard. Mais il ne dit pas que nous devons produire,
émettre, des signes et paraboles
Nous devons être des signes et des paraboles du Royaume. Si
nous le sommes, c'est qu'on est dans le domaine de l'être et pas du faire,
c'est que déjà, le Royaume agit en nous. Nos actes ne sont pas déjà le Royaume
et nous ne devons nous prendre pour Dieu, mais nous commençons à le faire
advenir, nous sommes tirés par lui vers son avènement, nous sommes pris dans sa
rédemption. Si nous sommes signes et paraboles, c'est bien que nos actes en
eux-mêmes ne sont pas des actions publicitaires, mais déjà le changement qui
s'amorce, pour nous et pour les autres.