2.18 Les Juifs, prenant la parole, lui dirent: Quel miracle nous montres-tu, pour agir de la sorte ?

2.19 Jésus leur répondit: Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai.
2.20 Les Juifs dirent: Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple, et toi, en trois jours tu le relèveras !
2.21 Mais il parlait du temple de son corps.
2.22 C'est pourquoi, lorsqu'il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait dit cela, et ils crurent à l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
2.23 Pendant que Jésus était à Jérusalem, à la fête de Pâque, plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait.
2.24 Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu'il les connaissait tous,
2.25 et parce qu'il n'avait pas besoin qu'on lui rendît témoignage d'aucun homme; car il savait lui-même ce qui était dans l'homme.





Les voyages de Sarkozy aux Etats-Unis ? Des signes que la politique de la France va changer, que les relations s'améliorent. L'entrée de membres de l'entourage de Ségolène Royal à la direction nationale du Parti socialiste ? Un signe que chaque partie veut dépasser les divergences du Congrès de Reims.
Quand on parle d'amour, on raisonne parfois un peu ainsi : il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour. Des signes donnés à l'autre qu'on l'aime. La réalité de la politique française, le fait que les gens feront bien les missions qui leur sont confiées, la profondeur du sentiment amoureux, après tout, qu'importe.

C'est signes qui sont d'abord ce qui compte, qui se suffisent à eux-mêmes, ça peut aller très loin.
Le philosophe Gilles Deleuze leur avait consacré un petit livre, après avoir étudié A la recherche du temps perdu de Proust. Il évoquait notamment les signes de l'aristocratie : les façons de s'habiller, de parler à certains et pas d'autres, d'une façon ou d'une autre. En eux-mêmes, ces signes ne renvoient à rien d'autre. Ils sont tout ce qui importe : ils disent juste que la personne qui émet les signes maîtrise l'art d'émettre des signes aristocratiques, qu'il est lui-même aristocrate.

Là, dans notre texte d'aujourd'hui, il est question de signes.
Jésus vient de chasser les marchands du temple, et les autorités religieuses l'interpellent : de quel droit fais-tu ça ? Ils pourraient demander ses diplômes, ses autorisations, ses papiers. Ils lui demandent ses signes qui l'autorisent. Plus tard, pendant la Pâques, il va faire des signes, et c'est pour cela, c'est parce qu'ils voient ces signes que certains vont croire en lui. Comme pour Sarkozy, le Parti socialiste, l'amour ou l'aristocratie, la réalité des actes ne compte pas vraiment : ce qui compte, c'est que ces gestes sont des signes. Ils sont le marqueur, la preuve, l'expression d'autres choses.

Mais avez vous entendu que dans le texte, Jésus rejette cette façon de raisonner.
- Les autorités parlent de Signes, il s'en moque et les provoque en leur proposant qu'ils détruisent eux-mêmes leur temple, le super signe de leur super fidélité à Dieu,
et il répond en parlant de la résurrection, un signe qui n'a même pas encore eu lieu. - Le peuple croie à cause des signes, lui ne croit pas en eux.

Qu'est-ce qui a grâce aux yeux de Jésus ?
Car après tout, la résurrection, ça se passe. Les miracles qu'il fait, ils existent, on les voit et ils ont un sens.

Qu'est-ce qui a grâce aux yeux de Jésus ?
- On nous parle des disciples qui après sa résurrection, vont se souvenir de ces paroles qui annoncent la résurrection et croiront aux paroles de Jésus, et à l'écriture.
- Il nous est dit que Jésus accorde peu d'importance que des gens disent qu'ils croient en son nom parce qu'ils ont vu les signes, ce qui compte, c'est ce qu'il y a dans les coeurs de ces personnes.

Ce qui compte, ce ne sont pas les signes que fait Jésus, ou ceux auxquels on croit, c'est que les disciples ont changé, que toute cette expérience a tout changé en eux.
En raison de cela, ils repensent à tout ce qui s'est passé, et ils le voient différemment. Les paroles de Jésus et les écritures ont changé de sens parce qu'ils ont changé dans leur façon de raisonner, de voir, de sentir, d'expérimenter le monde.

Ce qui pourrait compter pour Jésus, ce n'est pas que des gens croient en son nom parce qu'ils ont vu les signes, ce qui compterait, c'est ce qu'il y ait un changement dans les coeurs de ces personnes.

Jésus ne veut pas multiplier les tours de magie. Jésus n'espère pas que les gens adhèrent à des signes de puissance. Mais que les gestes qu'ils voient, qu'ils reçoivent, qu'ils font eux-mêmes les changent et changent les autres.

Qu'est-ce que ça signifie concrètement ?
Par exemple, quand nous faisons de l'action sociale pour les autres, quand nous aidons des demandeurs d'asile ou des SDF, que faisons nous ? La tentation c'est celui du signe, envoyer un signe pour dire aux autres : regardez comme nous sommes gentils ou forts, admirez-nous, dites combien les protestants sont des gens progressistes et altruistes. Ou pire : faire de signes, comme des actes de puissance, de gentillesse, pour que les gens croient au nom de notre église, au nom de Jésus Christ. Aider les autres pour notre gloire ou pour les faire adhérer à notre boutique. Nos gestes ne compteraient pas. Ils ne seraient que des signes.

Mais tout ce que nous faisons, nous le faisons, parce que cela a du sens en soi.
Non pas que donner un café ou un vêtement soi sa fin en soi. Mais parce que dans ce geste, il y a une toute petite graine de transformation, de celui qui donne, de celui qui reçoit. Il y a le début d'une sortie de ce qu'il a de mortifère en nous, en l'autre. Nous sortons du fait de ne penser qu'à nous. Nous découvrons l'autre dans sa personnalité, et il n'y a pas que notre identité, notre personnalité.
L'autre se sent pris en compte, ressent qu'il compte. Il y a un acte de résurrection en germe. ça n'empêche pas de dire qu'on le fait à la suite de Jésus Christ. Mais si on le fait à la suite de Jésus Christ, c'est justement qu'on a arrêté de donner de l'importance aux gestes comme signes, pour donner de l'importance aux gestes en eux-mêmes, aux potentiels de changements que recèlent ces gestes, aux changement qui se passent, à ce qui se passe dans les coeurs.

J'ai toujours aimé une phrase de Karl Barth.
Il disait que les chrétiens et leurs actions devaient être des signes et paraboles du Royaume. ça peut paraître contradictoire.
On pourrait prendre cela en disant que nos actes en eux-mêmes ne valent rien, qu'ils ne sont que des signes et des paraboles du Royaume, qui lui n'adviendra que plus tard. Mais il ne dit pas que nous devons produire, émettre, des signes et paraboles
Nous devons être des signes et des paraboles du Royaume. Si nous le sommes, c'est qu'on est dans le domaine de l'être et pas du faire, c'est que déjà, le Royaume agit en nous. Nos actes ne sont pas déjà le Royaume et nous ne devons nous prendre pour Dieu, mais nous commençons à le faire advenir, nous sommes tirés par lui vers son avènement, nous sommes pris dans sa rédemption. Si nous sommes signes et paraboles, c'est bien que nos actes en eux-mêmes ne sont pas des actions publicitaires, mais déjà le changement qui s'amorce, pour nous et pour les autres.