Le sexe de la culture
Par Editeur le lundi 2 mars 2009, 10:50 - Articles, billets, chroniques - Lien permanent
Le 21 novembre dernier à Paris, s'est déroulée une journée à l'initiative du
MAGE (laboratoire du CNRS spécialisé sur le genre) sur « Travail, genre et
art ». Catherine Bonamour, cheville ouvrière du projet de ciné-club de La
Maison Verte, s'y est rendue.
La sociologie s'est intéressée au monde de l'art, cette fois-ci pas comme création artistique regardée plutôt comme un acte individuel mais au monde de l'art en tant que production culturelle … Qu'est ce qui peut faire que les femmes y soient dans des positions moins favorables que celles des hommes ? Examinons le problème au travers des dynamiques des productions industrielles comme celles : du monde du cinéma hollywoodien (scénaristes), du monde de l'édition ( attachées de presse), du monde de la production pornographique cinématographique.
Les productions hollywoodiennes ont des symbolismes propres
et sont réalisées collectivement avec beaucoup d'intermédiaires: leur succès
est incertain, les producteurs vont donc surproduire pour parer aux éventuels
échecs et trouver des formes de prédictions pour les éviter : ils vont
mettre en place des stéréotypes. C'est dans un contexte économique
qu'intervient la question de la trajectoire des hommes et des femmes à
Hollywood . Il est intéressant de constater qu'à l'époque du cinéma muet 80%
des scénaristes sont des femmes, dans les années 30, l'exclusivité masculine
s'explique par l'activité de plus en plus prestigieuse des studios, dirigés par
le profit et des techniques qui recrutent davantage un travail masculin. Dans
les années 70: les gros budgets ne font que renforcer cette disparité, entre
les années 82 et 2005, il n'y a plus que 18% de femmes scénaristes. En 2005 ,
la rémunération de ces dernières est de moitié comparée à celle des hommes.
Cette différence n'a fait que grandir avec le temps : depuis 99, la
rémunération des scénaristes hommes a doublé. Comment expliquer ces inégalités
sexuées ? En regardant du côté des relations de travail et du recrutement,
sur les scénarios, c'est via les « agences de talent » elles
recrutent plutôt des hommes , plutôt des blancs en s'appuyant sur des
stéréotypes : le policier est force et loi, la femme objet, même l'humour
est masculin... Producteurs et recruteurs de talent vont donc privilégier cette
discrimination.
Les productions littéraires dans le monde représentent : ¾ des écrivains hommes contre ¼ d' écrivains femmes, 80% des éditeurs hommes contre 20% de femmes éditrices, les attachées de presse qui se situent entre les marchés et les créateurs c'est : 100% de femmes. On peut donc parler de division sexuée du travail. C'est dans les intermédiaires qu'elles trouvent leur emploi. Mais quel est donc ce rôle d'attachée de presse ? Celui d'une courroie de transmission entre l'auteur et le succès : elle construit le plan médiatique . Les AP , issues en général de milieux cultivés, entreprennent des études littéraires , commencent tôt à travailler dans les années post-68 pour se défaire de la dépendance des parents. Les AP défendent les auteurs et les écrivains face aux journalistes, leurs qualités sont individuelles et c'est leur disponibilité qui fait leur ancrage dans une maison...Le physique est bien sûr important, les écrivains ne reconnaissent pas leurs facultés intellectuelles , ils n'attendent pas d'esprit critique, c'est un travail à la périphérie du commercial. Le côté mondain met le manteau sur le côté prosaïque de la situation (ne dit on pas « attachée de presse = attachée de fesse » on parle même de « fellation auditive »). Toutes les AP exercent dans des maisons dirigées par des hommes, leur épanouissement peut se transformer en passant à l'état de free lance. A ce jour on ne compte que 3 AP masculins. Depuis quelques années le travail d' AP se développe sur internet , dans la mesure où le physique n'a plus d'importance, Internet ne va t il pas favoriser la masculinisation du métier ?
La production du cinéma pornographique, c'est la mise en image des fantasmes, la ressource c'est la sexualité mais la question « est ce de l'art ? » est légitime... Les acteurs travaillent collectivement pour les besoins du consommateur. La production en France suscite les désirs hétérosexuels et plus particulièrement masculins. La loi X définit les films pornos comme des sous produits marchands, il faut donc : organiser cette production car le travail est informel (beaucoup de travail au noir), la plupart des acteurs ont une orientation sexuelle atypique (lieux libertins ou échangistes), le savoir est profane (pas de formation). Ce sont les hommes qui maîtrisent cette activité. Les actrices sont les plus importantes dans une production hétérosexuelle : elles sont le « nerf de la guerre »; elles sont mieux payées que les hommes, ces derniers travaillent souvent pour le plaisir, ils ne sont pas payés. Les actrices sont réduites à l'état de marchandise. De 89 à 2005 : 115 réalisateurs hommes contre 13 réalisatrices, Pourquoi les réalisatrices ont elles été des actrices ? Pour passer du stade de l'instrument de production au moyen de maîtriser les moyens de production. La réalisatrice maîtrisant les acteurs, n'est ce pas la réalisation d'un fantasme masculin ?
Comment les attachées de presse ou les actrices de ciné porno vont
elles transgresser ? L' AP va obtenir une légitimité autre que celle
de potiche en faisant valoir sa compétence savante en réalisation un travail de
rationalisation avec l'utilisation d'internet. L'actrice peut devenir
réalisatrice en produisant de façon indépendante : internet permet
l'auto-production, c'est en quelque sorte une forme de libération des
codes : peuvent être déplacées les conventions même du pornographique avec
les différences de sexualité. Ces lectures sexuées du monde du travail sont
riches en enseignement. Dans les milieux de production artistique il y a bien
une une économie pas très différente d'autres marchés et le travail artistique
est propice à la question du genre.
Catherine Bonamour Dutartre