Liliane, Christine et moi-même avons participé du 11 au 13 janvier au stage de La Cafetière, qui se déroulait pour la deuxième année consécutive à Pierrefontaine Les Blamonts dans le Doubs. Dans cet ancien presbytère transformé en éco-centre protestant (voir encadré), nous avons retrouvé une trentaine de personnes de la région et de la Mission populaire de toute la France pour continuer notre réflexion entamée lors des réunions parisiennes de La Cafetière sur « Le don, la dette et les truands ». La reflexion fut riche. Avec encore en tête les fêtes de Noël, nous nous sommes demandé si « dons » et « cadeaux » étaient synonymes. Peut-on revendre ses cadeaux de Noël comme nous y invite un site de commerce en ligne ? Dans ce cas, que devient la relation qui accompagne le cadeau ? Cela n'illustre-t-il pas un système où de plus en plus, tout s'achète et tout se vend, où l'incitation à la consommation emmène des personnes fragiles jusqu'à des endettements insupportables comme en a témoigné une équipière du Foyer de Grenelle. Mais nous avons été mis en garde : il faut se méfier d'une fausse dichotomie entre le « gentil don » et « la méchant dette », comme nous l'ont montré plusieurs exemples. Philippe Humbert a rapellé l'expérience du micro-crédit – une dette qui peut être remboursée - tel que le pratique Oïkocredit avec les producteurs du Sud. Autre exemple : en faisant reconnaître aux pays du Nord leur dette écologique, les pays du Sud retrouvent des moyens financiers pour lutter contre l'effet de serre et ses conséquences. Inversement, des salariés pratiquant l'accompagnement des personnes ont mis en garde sur les risques du « don de soi » de la part de bénévoles et de salariés pratiquant cette activité : n'y-a-t-il pas violence et mise en dépendance si la personne aidée ne peut rendre ce qui est donné ? Faut-il aider ou cheminer ensemble ? Le travail sur les textes bibliques – les paraboles du gérant malhonnête, des talents, l'histoire de Joseph - nous a confirmé que quoi qu'on fasse, on était toujours pris dans les mauvais côtés de l'argent, toujours pris dans de la dette. D'ailleurs, la vie et la Grâce de Dieu ne sont-ils pas dons, des dettes que nous ne pouvons sans doute jamais complètement rembourser ? Nous sommes alors invités à donner à notre tour, et ceux qui reçoivent, à donner encore à leur tour. Ou comment passer de la mauvaise conscience de la dette au plaisir de la relation à l'autre...

Stephane Lavignotte

L'éco-centre de Pierrefontaine Les Blamonts est un batîment exemplaire d'un point de vu écologique. Il est labélisé Iso 14001 : la plus haute exigence écologique pour les matériaux utilisés, l'isolation, les économies d'énergie... L'eau utilisée aussi bien pour la boisson que pour les douches provient du recyclage de l'eau de pluie. La chaudière utilise des copeaux de bois, les « déchets » de l'importante industrie forestière locale. Le lieu accueille des éco-camps pour des enfants de tous âges, assure un Bafa approfondissement en environnement avec les Eclaireurs unionistes et fait de l'éducation à l'environnement pour les villages des environs. Le tout est porté bénévolement – avec le soutien du réseau des éclaireurs et anciens éclaireurs - par Jacques Hervé qui est resté pasteur à mi-temps de l'Eglise évangélique luthérienne.