Extrait de Plein Droit n° 53-54, mars 2002, « Immigration : trente ans de combat par le droit », La question immigrée après 68, Michelle Zancarini-Fournel, Professeur d'histoire contemporaine IUFM de Lyon.

« Je revois ces maisons sordides, gardées par des concierges-flics ou des flics-concierges... » (Claude Mauriac).

Le mercredi 27 octobre 1971, Ben Ali Djellali, quinze ans et demi, d’origine algérienne, est abattu d’une balle dans la nuque, à la suite d’une altercation, par le concierge de son immeuble, rue de la Goutte d’Or. Ce fait divers déclenche dans les semaines qui suivent une mobilisation inédite sur la situation des travailleurs immigrés. Plusieurs manifestations sont organisées pour dénoncer « le crime raciste » dont le jeune homme a été victime. L’organisation maoïste, le Secours Rouge du 18e arrondissement, décide de mener une enquête sur cet événement qui a eu lieu dans le plus grand quartier immigré parisien de l’époque. L’agence de presse Libération, dirigée par Maurice Clavel, rend compte, début novembre, de cette contre-enquête qui met en évidence que ce crime est l’œuvre de la campagne d’« intoxication raciste lancée par des forces politiques. » a. Michel Foucault décide, de son côté, de créer une commission d’enquête sur les conditions de vie dans le quartier. La Goutte d’Or devient, en quelques semaines, un nouveau lieu de luttes. Le philosophe Gilles Deleuze, les écrivains Jean Genet et Claude Mauriac participent notamment à ce comité Djellali qui tient des permanences dans la salle de patronage de l’église Saint-Bruno b. Jean-Paul Sartre se joint au groupe. Le but de la permanence est d’offrir une assistance juridique aux personnes et de les aider à remplir les différents formulaires administratifs. Cette mobilisation inédite dure plusieurs mois et rassemble les principaux intellectuels de l’après-68 ; elle donne naissance au Comité de défense de la vie et des droits des travailleurs immigrés (CDVDTI), qui sera à l’initiative des grandes manifestations contre la circulaire Fontanet au printemps 1973.

a Bulletin APL Spécial n° 68 bis, jeudi 4 novembre 1971.

b Claude Mauriac relate dans son journal les détails de l’action de ce comité (Cf. Et comme l’espérance est violente. Le Temps immobile 3, Paris, Grasset, 1973).