1971 : l’affaire Djellali
Par Editeur le dimanche 11 janvier 2009, 02:09 - Notre histoire... - Lien permanent
Le mercredi 27 octobre 1971, Ben Ali Djellali, quinze ans et demi, d’origine algérienne, est abattu d’une balle dans la nuque, à la suite d’une altercation, par le concierge de son immeuble, rue de la Goutte d’Or. Née un comité pour faire la lumière sur l'affaire, dont les réunions se passent à la salle St Bruno et à La Maison Verte, avec Michel Foucault, Claude Maurias etc.
Extrait de Plein Droit n° 53-54, mars 2002, « Immigration : trente
ans de combat par le droit », La question immigrée après 68, Michelle
Zancarini-Fournel, Professeur d'histoire contemporaine IUFM de Lyon.
« Je revois ces maisons sordides, gardées par des concierges-flics ou
des flics-concierges... » (Claude Mauriac).
Le mercredi 27 octobre 1971, Ben Ali Djellali, quinze ans et demi, d’origine
algérienne, est abattu d’une balle dans la nuque, à la suite d’une altercation,
par le concierge de son immeuble, rue de la Goutte d’Or. Ce fait divers
déclenche dans les semaines qui suivent une mobilisation inédite sur la
situation des travailleurs immigrés. Plusieurs manifestations sont organisées
pour dénoncer « le crime raciste » dont le jeune homme a été victime.
L’organisation maoïste, le Secours Rouge du 18e arrondissement, décide de mener
une enquête sur cet événement qui a eu lieu dans le plus grand quartier immigré
parisien de l’époque. L’agence de presse Libération, dirigée par Maurice
Clavel, rend compte, début novembre, de cette contre-enquête qui met en
évidence que ce crime est l’œuvre de la campagne d’« intoxication raciste
lancée par des forces politiques. » a. Michel
Foucault décide, de son côté, de créer une commission d’enquête sur les
conditions de vie dans le quartier. La Goutte d’Or devient, en quelques
semaines, un nouveau lieu de luttes. Le philosophe Gilles Deleuze, les
écrivains Jean Genet et Claude Mauriac participent notamment à ce comité
Djellali qui tient des permanences dans la salle de patronage de l’église
Saint-Bruno b. Jean-Paul Sartre se joint au groupe.
Le but de la permanence est d’offrir une assistance juridique aux personnes et
de les aider à remplir les différents formulaires administratifs. Cette
mobilisation inédite dure plusieurs mois et rassemble les principaux
intellectuels de l’après-68 ; elle donne naissance au Comité de défense de
la vie et des droits des travailleurs immigrés (CDVDTI), qui sera à
l’initiative des grandes manifestations contre la circulaire Fontanet au
printemps 1973.
a Bulletin APL Spécial n° 68 bis, jeudi 4 novembre
1971.
b Claude Mauriac relate dans son journal les
détails de l’action de ce comité (Cf. Et comme l’espérance est violente. Le
Temps immobile 3, Paris, Grasset, 1973).