Avec et sans Dieu : Existez ! Aidez vos prochains à profiter de la vie !
Par Editeur le samedi 10 janvier 2009, 16:57 - Articles, billets, chroniques - Lien permanent


Par Stéphane Lavignotte, Pasteur de La Maison
Verte.
Dieu existe-t-il ? Cela aide-t-il ou empêche-t-il à profiter de la vie ? En Angleterre et en Espagne croyants et non-croyants se font la guerre par campagne d'affiches (sur les bus) interposé. Et si ce n'était pas le bon clivage ? Et si on travaillait - comme à La Maison Verte et dans bien des lieux du protestantisme - avec et sans Dieu ensemble pour améliorer la vie des autres : la meilleure manière d'exister ! Et si on trouvait un autre slogan... à mettre sur nos vélos ?
Ce slogan, ce pourrait être par exemple : "Avec et sans Dieu :
Existez ! Aidez vos prochains à profiter de la vie !". Il répondrait aux
athés londoniens qui disent : "Il n'y a probablement
pas de Dieu. Maintenant, arrêtez de vous inquiéter, profitez de la vie" et
aux évangéliques espagnols qui leurs répondent :
"Dieu existe bel et bien. Profite de la vie en Jésus Christ".
Car ce qui transpire d'abord dans les deux slogans c'est l'égoïsme - "je veux
moi profiter de la vie" - et un nouveau dogme, une nouvelle idole et injonction
moderne : l'obligation d'être absolument heureux. Aujourd'hui, beaucoup de
gens sont malheureux... de ne pas être assez heureux ! Comme si la vie
n'était pas un mélange de bonheur et de malheur, de périodes tranquilles et de
crises existentielles.... Ce nouveau malheur causé par le bonheur obligatoire
ne laissait pas aussi transparaître - n'est-il pas aussi causé par - un
formidable nombrilisme : où sont les autres dans ces deux
slogans ?
Je suis en train de lire "Les idées noires de Martin Luther King" de Serge
Molla. Et je voudrais vous faire partager une idée forte de l'apôtre de la
non-violence et de la dignité des humains de toutes couleurs. Dieu est d'abord
pour Luther King un dieu de la relation : on ne peut pas découvrir Dieu
comme un "en soi", comme un objet qu'on rencontre un jour quelque part. Il
existe par une relation qu'il établie avec son peuple (le peuple juif,
l'humanité...), avec chaque personne, en se manifestant dans l'histoire.
Le péché pour Luther King est alors la rupture de la relation. Rupture de la
relation avec Dieu : cela ne veut pas forcément dire ne pas croire, car
dans l'Ancien Testament (voir par exemple Esaïe 55, 1-11) Dieu considère comme
faisant partie de son alliance des peuples qui ne le confessent pas mais qui
pratiquent la justice. Et inversement, des "bons croyants" sont critiqués par
les prophètes, par Jésus, Dieu dit "ne plus supporter leurs offrandes", parce
qu'ils pratiquent l'injustice. Comme le disait Wilfred Monod (grand-père de
Théodore) : "Mieux vaut servir Jésus sans le confesser, que le confesser
sans le servir" (servir Jésus c'est agir pour la justice dans le vocabulaire
fin XIXe de la théologie)
Le péché est rupture des relations avec Dieu, mais aussi, rupture des relations
avec les autres humains (et plus largement avec toute sa création). Les autres
et nous mêmes sommes images de Dieu, la rupture de la relation avec nous-mêmes
ou avec les autres est une rupture avec Dieu. Pour Luther King, le racisme est
une des formes principales de cette rupture de la relation. La victime du
racisme a une image dépréciée de lui-même qui mine sa confiance en lui-même et
brise la relation avec sa véritable identité, ses capacités, ses rêves, la
potentialité divine qui est lui-même. Le raciste n'a pas une moins fausse image
de lui-même par la supériorité dont il se convainc. Pour chacun, il y a rupture
de la relation avec soi.
La relation entre les deux est également brisée : elle n'est pas la
relation fraternelle entre deux humains, la découverte de l'autre sans laquelle
je ne peux pas me révéler et me développer entièrement et continuement mais
enfermement de l'autre dans des images et des cases, dans des sentiments de
haine.
Il ne peut y avoir de bonheur sans les autres. Ceux qui lancent de tels slogans
qui ont pour résultat principal d'enfermer les uns et les autres dans des
clichés, qui opposent les uns aux autres, sont des fabricants de cette rupture
de la relation. Ils ratent le plus intéressant : ce que nous vivons dans
des lieux comme la Maison Verte, comme les Fraternités de la Mission populaire,
dans biens des lieux du protestantisme et de toutes les religions, dans bien
des associations, des syndicats, où des croyants de toutes les religions, des
personnes qui ne se disent pas croyantes, travaillent ensemble. Ils se
découvrent, se font grandir réciproquement par le riche échange entre leurs
différences. Et ils travaillent pour d'autre qui n'arrivent pas à "profiter de
la vie" parce qu'ils sont victime du racisme, de la politique anti-immigrés des
gouvernements européens, de la violence du système économique. Et c'est dans
ces relations, dans ces moments où je rencontre d'autres, égaux et différents
que moi, croyant, je rencontre l'Autre, le Tout Autre qu'on appelle couramment
Dieu.
Alors, moi, j'ai envie de mettre sur mon moyen de transport le slogan
suivant : "Avec et sans Dieu : Existez ! Aidez vos prochains à
profiter de la vie !". Et je le mettrai sur mon vélo, un moyen de transport qui
respecte ma relation avec le reste de la Création...