Matthieu 2 : vive les rois mages, le petit Jésus et autres rêves éveillés !
Par Editeur le jeudi 11 décembre 2008, 13:58 - Prédications - Lien permanent
Prédication de Stéphane Lavignotte du 11/12/08
Matthieu 2
1. Jésus étant né à Bethléhem en Judée, au temps du roi Hérode, voici des
mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem,
2. et dirent: Où est le roi des Juifs qui vient de naître? car nous avons vu
son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer.
3. Le roi Hérode, ayant appris cela, fut troublé, et tout Jérusalem avec
lui.
4. Il assembla tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, et
il s'informa auprès d'eux où devait naître le Christ.
5. Ils lui dirent: A Bethléhem en Judée; car voici ce qui a été écrit par le
prophète:
6. Et toi, Bethléhem, terre de Juda, Tu n'es certes pas la moindre entre les
principales villes de Juda, Car de toi sortira un chef Qui paîtra Israël, mon
peuple.
7. Alors Hérode fit appeler en secret les mages, et s'enquit soigneusement
auprès d'eux depuis combien de temps l'étoile brillait.
8. Puis il les envoya à Bethléhem, en disant: Allez, et prenez des informations
exactes sur le petit enfant; quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir,
afin que j'aille aussi moi-même l'adorer.
9. Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici, l'étoile qu'ils avaient
vue en Orient marchait devant eux jusqu'à ce qu'étant arrivée au-dessus du lieu
où était le petit enfant, elle s'arrêta.
10. Quand ils aperçurent l'étoile, ils furent saisis d'une très grande
joie.
11. Ils entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère,
se prosternèrent et l'adorèrent; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui
offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.
12.Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils
regagnèrent leur pays par un autre chemin.
« Les Rois nous saoulaient de fumées.
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux. »
Peut-être avez-vous regardé TF1 dimanche soir. La chaine diffusait
« Joyeux Noël », un film qui raconte, un soir de Noël, pendant la guerre
de 14-18. Des soldats allemands, anglais et français ont fraternisé. Ils ont
joué au foot ensemble, échangé du chocolat contre de l'alcool, du champagne
contre du shnaps. Ils ont participé ensemble à une messe de Noël.
Qu'est-ce qui a déclenché cette fraternisation ? Peut-être lors d'autres
fraternisation, c'était ce 5e couplet de l'Internationale que je vous ai chanté
au début. Mais dans le film de dimanche soir, c'est une autre chanson. Que nous
avons chanté tout à l'heure. C'est un ténor allemand, qui reprend « O
peuple fidèle ». Et le morceau est repris par les cornemuses écosssaises.
« Quoi! dans l’humble étable, Froide et misérable, Des bergers le grand
amour Lui forme une cour! Dans cette humble étable Accourez à votre tour. Que
votre amour l’implore, Que votre foi l’adore Et qu’elle chante encore Sa gloire
en ce jour! »
Cette chanson va tout déclencher.
Et d'abord, déclencher les souvenirs.
Les souvenirs des Noël en famille, pas dans les tranchées. Les souvenirs des
cadeaux échangés, et pas du chacun pour soi parce qu'on a peu. Les souvenirs de
la chaleur humaine, des feux de bois et pas du froid glacial des tranchées. Et
pourquoi ne pas le retrouver ici, avec ceux d'en face ? Après tout, eux
aussi ont ces souvenirs ? Sentiments, impressions humaines, communes,
au-delà des nationalités, des idéologies, des partis.
Et puis peut-être des souvenirs plus anciens. Des rêves plus anciens. C'est
peut-être le lien avec le 5e couplet de l'Internationale que j'ai chanté tout à
l'heure, qui entraîna lui aussi des fraternisation. Le sociologue marxiste
Ernst Bloch, à partir des années 1920 a essayé de relire la religion autrement.
Il remet en avant les histoires des prophètes, de la sortie d'Egypte, de la
société égalitaire que construisent les premiers disciples et il appelle cela
« le plus vieux rêve de l'humanité ». Il y a dans ces histoires, le rêve
d'une société d'amour et de justice, le rêve qu'il y a un après les
souffrances, un autre monde possible. Un rêve qu'on retrouve dans
l'Internationale et dans toutes les utopies pour un monde plus fraternel. Pour
le marxiste Ernst Bloch, la religion n'est pas seulement pour lui un somnifère
pour endormir ceux qui souffrent.
Ce n'est pas obligatoirement une belle histoire racontée par Pimprenelle et
Nicolas pour endormir les enfants avec le passage du marchand de sables.
Oui, ce sont des belles histoires, c'est un vieux rêve. Mais un rêve qui fait
se révolter les paysans en Allemagne avec Thomas Muntser à l'époque de Luther,
fait imaginer le partage des richesses aux plus radicaux de la révolution
protestante anglaise, qui fait imaginer et construire au français Fourier des
cités idéales pour les ouvriers. Un rêve qui fait fraterniser des soldats au
front.
Eux qui sont dans le froid de l'hiver, ils fraternisent en pensant à un enfant
qui née dans le froid. Eux qui sont loin de chez eux, ils pense à cet enfant
qui ne née pas dans une maison, mais dans une étable.
Eux qui sont loin de leur famille, ils pensent à cette petit famille, Jésus,
Marie, Joseph, qui va devoir fuir des massacres, se réfugier à l'étranger. Eux
qui se sentent abandonnées de tout, et de tous, ils pensent à ce Dieu qui
rejoint son humanité dans le plus petit, le plus faible, le plus
abandonné.
Il y a ce rêve , et il y a tous les rèves des textes que nous avons lu et que
nous lirons pendant ce culte. Souvenirs de plusieurs millénaires, plus vieux
rêve du monde.
Opium du peuple écrivait Marx à propos de la religion ? Mais Marx
n'écrivait pas que ça, c'est une citation tronquée.
"La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans
coeur, comme elle est l'esprit des conditions sociales d'où l'esprit est exclu.
Elle est l'opium du peuple."
Rajoutons avec Ernst Bloch qu'elle est le plus vieux rêve du monde. Et ayons
plaisir à raconter nos histoires. Ce qu'Ernst Bloch appelait des rêves
evéillés.
Comme un anti-douleur – certes opium ou morphine – quand on a décidemment trop
mal.
Racontons nos histoires pour aider les créatures opprimées à soupirer, à
respirer ; dire à ce monde sans coeur, qu'il peut retrouver une âme ;
faire advenir l'esprit dans les pire conditions sociales ; réveiller les
rêves de ce monde quand on nous assomme avec la religion de la réalité, du
fait, ce qu'Ellul dénonçait comme le « faitalisme ».
Lire et raconter les histoires de notre livre, les faire entendre, non pas du côté de l'acceptation de ce monde, comme un narcotique à côté des opium télévision, consommation, réussite. Mais les faire vivre, du côté, rêve, utopie, respiration, esprit, âme. Les faire vivre y compris pour transformer la sur-consommation en Myrhe et en encens, la réussite, en réussite collective et en remise debout des plus cassés, la télévision, en occasion de moments partagés et de boite à connaissance et en rêve. Faire vivre nos histoires dans ce monde, du côté, rêve, utopie, respiration, esprit, âme. Bref, résurrection. Résurrection dans ce monde.