Matthieu 2

1. Jésus étant né à Bethléhem en Judée, au temps du roi Hérode, voici des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem,
2. et dirent: Où est le roi des Juifs qui vient de naître? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer.
3. Le roi Hérode, ayant appris cela, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.
4. Il assembla tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, et il s'informa auprès d'eux où devait naître le Christ.
5. Ils lui dirent: A Bethléhem en Judée; car voici ce qui a été écrit par le prophète:
6. Et toi, Bethléhem, terre de Juda, Tu n'es certes pas la moindre entre les principales villes de Juda, Car de toi sortira un chef Qui paîtra Israël, mon peuple.
7. Alors Hérode fit appeler en secret les mages, et s'enquit soigneusement auprès d'eux depuis combien de temps l'étoile brillait.
8. Puis il les envoya à Bethléhem, en disant: Allez, et prenez des informations exactes sur le petit enfant; quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille aussi moi-même l'adorer.
9. Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici, l'étoile qu'ils avaient vue en Orient marchait devant eux jusqu'à ce qu'étant arrivée au-dessus du lieu où était le petit enfant, elle s'arrêta.
10. Quand ils aperçurent l'étoile, ils furent saisis d'une très grande joie.
11. Ils entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et l'adorèrent; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.
12.Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.


« Les Rois nous saoulaient de fumées.
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux. »

Peut-être avez-vous regardé TF1 dimanche soir. La chaine diffusait « Joyeux Noël », un film qui raconte, un soir de Noël, pendant la guerre de 14-18. Des soldats allemands, anglais et français ont fraternisé. Ils ont joué au foot ensemble, échangé du chocolat contre de l'alcool, du champagne contre du shnaps. Ils ont participé ensemble à une messe de Noël.

Qu'est-ce qui a déclenché cette fraternisation ? Peut-être lors d'autres fraternisation, c'était ce 5e couplet de l'Internationale que je vous ai chanté au début. Mais dans le film de dimanche soir, c'est une autre chanson. Que nous avons chanté tout à l'heure. C'est un ténor allemand, qui reprend « O peuple fidèle ». Et le morceau est repris par les cornemuses écosssaises.


« Quoi! dans l’humble étable, Froide et misérable, Des bergers le grand amour Lui forme une cour! Dans cette humble étable Accourez à votre tour. Que votre amour l’implore, Que votre foi l’adore Et qu’elle chante encore Sa gloire en ce jour! »

Cette chanson va tout déclencher.
Et d'abord, déclencher les souvenirs.
Les souvenirs des Noël en famille, pas dans les tranchées. Les souvenirs des cadeaux échangés, et pas du chacun pour soi parce qu'on a peu. Les souvenirs de la chaleur humaine, des feux de bois et pas du froid glacial des tranchées. Et pourquoi ne pas le retrouver ici, avec ceux d'en face ? Après tout, eux aussi ont ces souvenirs ? Sentiments, impressions humaines, communes, au-delà des nationalités, des idéologies, des partis.

Et puis peut-être des souvenirs plus anciens. Des rêves plus anciens. C'est peut-être le lien avec le 5e couplet de l'Internationale que j'ai chanté tout à l'heure, qui entraîna lui aussi des fraternisation. Le sociologue marxiste Ernst Bloch, à partir des années 1920 a essayé de relire la religion autrement. Il remet en avant les histoires des prophètes, de la sortie d'Egypte, de la société égalitaire que construisent les premiers disciples et il appelle cela « le plus vieux rêve de l'humanité ». Il y a dans ces histoires, le rêve d'une société d'amour et de justice, le rêve qu'il y a un après les souffrances, un autre monde possible. Un rêve qu'on retrouve dans l'Internationale et dans toutes les utopies pour un monde plus fraternel. Pour le marxiste Ernst Bloch, la religion n'est pas seulement pour lui un somnifère pour endormir ceux qui souffrent.

Ce n'est pas obligatoirement une belle histoire racontée par Pimprenelle et Nicolas pour endormir les enfants avec le passage du marchand de sables.

Oui, ce sont des belles histoires, c'est un vieux rêve. Mais un rêve qui fait se révolter les paysans en Allemagne avec Thomas Muntser à l'époque de Luther, fait imaginer le partage des richesses aux plus radicaux de la révolution protestante anglaise, qui fait imaginer et construire au français Fourier des cités idéales pour les ouvriers. Un rêve qui fait fraterniser des soldats au front.

Eux qui sont dans le froid de l'hiver, ils fraternisent en pensant à un enfant qui née dans le froid. Eux qui sont loin de chez eux, ils pense à cet enfant qui ne née pas dans une maison, mais dans une étable.

Eux qui sont loin de leur famille, ils pensent à cette petit famille, Jésus, Marie, Joseph, qui va devoir fuir des massacres, se réfugier à l'étranger. Eux qui se sentent abandonnées de tout, et de tous, ils pensent à ce Dieu qui rejoint son humanité dans le plus petit, le plus faible, le plus abandonné.

Il y a ce rêve , et il y a tous les rèves des textes que nous avons lu et que nous lirons pendant ce culte. Souvenirs de plusieurs millénaires, plus vieux rêve du monde.

Opium du peuple écrivait Marx à propos de la religion ? Mais Marx n'écrivait pas que ça, c'est une citation tronquée.

"La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans coeur, comme elle est l'esprit des conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple."

Rajoutons avec Ernst Bloch qu'elle est le plus vieux rêve du monde. Et ayons plaisir à raconter nos histoires. Ce qu'Ernst Bloch appelait des rêves evéillés.
Comme un anti-douleur – certes opium ou morphine – quand on a décidemment trop mal.
Racontons nos histoires pour aider les créatures opprimées à soupirer, à respirer ; dire à ce monde sans coeur, qu'il peut retrouver une âme ; faire advenir l'esprit dans les pire conditions sociales ; réveiller les rêves de ce monde quand on nous assomme avec la religion de la réalité, du fait, ce qu'Ellul dénonçait comme le « faitalisme ».

Lire et raconter les histoires de notre livre, les faire entendre, non pas du côté de l'acceptation de ce monde, comme un narcotique à côté des opium télévision, consommation, réussite. Mais les faire vivre, du côté, rêve, utopie, respiration, esprit, âme. Les faire vivre y compris pour transformer la sur-consommation en Myrhe et en encens, la réussite, en réussite collective et en remise debout des plus cassés, la télévision, en occasion de moments partagés et de boite à connaissance et en rêve. Faire vivre nos histoires dans ce monde, du côté, rêve, utopie, respiration, esprit, âme. Bref, résurrection. Résurrection dans ce monde.