20. Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts.

21. Car, puisque la mort est venue par un homme, c'est aussi par un homme qu'est venue la résurrection des morts.

22. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ,

23. mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement.

24. Ensuite viendra la fin, quand il remettra le royaume à celui qui est Dieu et Père, après avoir détruit toute domination, toute autorité et toute puissance.

25. Car il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait mis tous les ennemis sous ses pieds.

26. Le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort.

27. Dieu, en effet, a tout mis sous ses pieds. Mais lorsqu'il dit que tout lui a été soumis, il est évident que celui qui lui a soumis toutes choses est excepté.

28. Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous.

Deux figures me semblent dominer l'actualité.

D'un côté le SDF, le SDF qui meurt de froid dans les Bois de Vincennes. De l'autre le Super-président Nicolas Sarkozy.

Le SDF qui meurt dans le bois de Vincennes, c'est la figure de la fatalité. Celui de la chute. Un jour on allait bien. Puis on perd son boulot, ou on divorce, ou est surendetté. Ou l'un entraîne l'autre. Et on chute, d'une manière qu'on pense inéluctable. On arrive plus à remonter. C'est foutu, pense-t-on. C'est la mort qui attend au bout, dans le froid et la sollitude. C'est le pouvoir implacable de la mort, qui s'insinue un jour dans la vie et qui prend toute la place, jusqu'à enlever la vie.

Le Super-président Nicolas Sarkozy, c'est le contraire. La montée en puissance d'un jeune avocat d'affaire ambitieux. Il est tellement ambitieux, qu'à un moment il veut prendre un raccourcis, soutient le mauvais candidat à la présidentielle – Balladur et pas Chirac – et on le dit mort politiquement. Mais il ressuscite.
Il prend le pouvoir au sein du parti du président, devient président, épouse une belle chanteuse top modele, il devient président de l'Euroe, presque du monde. Rien ne lui est impossible. On ne la lui fait pas. Il sait. Il va tout bousculer, des inerties europénnes, au géant chinois, en passant par notre feignatise à travailler le dimanche. J'ai parlé de Sarkozy, mais je vous laisse le soin de mettre d'autres noms derrière ce portrait. Les exemples ne manquent pas. La resurrection est alors synonyme de la super-puissance, presque la vie éternelle puisque - il en est persusadé – le super-puissant laissera son nom dans l'histoire.

Il n'y aurait dans ce monde que le choix entre être SDF ou Sarkozy ? Comme le dit la chanson que vient de mettre en ligne sur internet Noir Désir, on ne pourrait qu'être des gagnants ou des perdants ? Qu'entre d'un côté la fatalité de la mort sociale qui mène à la mort physique, et de l'autre celle de la toute puissance, de la vie débordante qui écrase le monde ?

Les chrétiens de Corinthe qui lisaient cette lettre n'avaient pas sous les yeux les SDF et Sarkozy.

Ils s'intérrogeaient. Jésus était mort une vingtaine d'année plus tôt. A sa mort, ses disciples pensaient qu'il allait revenir vite. Et une vingtaine d'année après, il n'était toujours pas revenu. Les premiers chrétiens commençaient à mourir, et la fin des temps n'était toujours pas là.

D'où une grosse angoisse : et si la résurrection c'était des bobards ? Si on allait mourir sans ressusciter après ?

Ils sont nombreux à contester Paul sur ce point.

Il y a les pessimistes. Eux se disent : On n'échappe pas à la fatalité. Nous sommes nés mortels. Nous allons souffrir dans ce monde : et ça a commencé puisque les conflits commencent avec les juifs. Ils ne le savent pas encore, mais ils vont être expulsés de la synagogue, avant d'être pourchassés par les romains. La résurrection, pensent-ils, si elle avait du avoir lieu, elle aurait déjà eu lieu. Nous n'y croyons, plus, c'est la mort qui va dominer notre vie. Ils sont dans une spirale de l'exclusion. Ils risquenent de devenir des SDF de la foi.

C'est la contestation pessimiste de Paul. Et il y a de l'autre côté, la contestation optimiste.

La résurrection, ce n'est pas un truc pour demain. Ils accusent Paul de ne donner qu'une version faible de la resurrection. Mal ficelée. Eux regardent du côté des gnostiques, de religions qui ont une grosse influence à l'époque. Dans ces religions, on est persuadé qu'il y a des secrets, des mystères, qu'on est initié à cela lors de cérémonies secrétes. Il faut avoir pour cela les bonnes relations. Et quand on est initié, on est un maître. On est déjà ressuscité dans ce monde. On est sur puissant, on sait, on n'a pas de limite. On peut tout faire. Ils sont dans une spirale, non pas de l'exclusio, mais du pouvoir. Ils risquent de devenir, non pas des SDF, mais des super-présidents de la foi.

Et Paul se retrouvent face à eux. Face aux SDF, comme aux super-présidents de la foi. Quelle est la résurrection que leur propose Paul ?

Il tacle d'abord les sur-puissants. Il leur répète que la résurrection, ce sera plus tard. Ce n'est pas maintenant. Qu'ils ne peuvent pas faire comme si tout était déjà fini. Certes, Christ est ressuscité, mais il faut qu'il revienne. Et c'est là que tout sera accompli. Et surtout, ils se trompent quand ils parlent de la résurrection, ils se trompent dans l'image qu'ils ont de la vie que propose christ. Cete vie qu'oppose Christ à la mort.

D'abord, la résurrection ne fait pas d'eux des Dieux. Christ reviendra en premier, et ensuite les humains. Ils sont des humains, ils ne sont pas Christ. Et d'ailleurs, même Christ est soumis : il l'est à Dieu. Ils sont donc doublement, soumis : à Christ et à Dieu. Ils doivent cesser de se prendre pour des Dieux. De vouloir tout décider, tout régenter, tout sauver, tout arranger. Vouloir régner sur tout, sans aucune limite, sans cadre et sans aucun contre-pouvoir.

Paul les tacle plus durement encore. Paul parle des autorités, des pouvoirs et des puissances. Le texte ne dit pas que Christ va régner sur elle, il ne dit pas qu'il va les limiter. Mais carrément les détruire.

Dans le texte, autorités, pouvoirs et puissances sont clairement du côté de la mort, pas de la vie. Autorités, pouvoirs et puissances, c'est ce que Christ détruira juste avant de détruire la mort. Ils croyaient qu' autorité, pouvoir et puissance, c'était la vie. Ils se trompent : à la limite c'est une forme de vie tellement exubérante, tellement sans limite, qu'elle est une forme de mort puisqu'elle en arrive à écraser les autres.

Paul tacle donc les super-puissants, les ultra-optimistes de la foi. Et il s'adresse aussi aux pessimistes. Aux SDF de la foi. A ceux qui ont l'impression que la résurrection n'a aucun sens dans leur vie, que la mort y domine.

Peut-être d'ailleurs que ce sont les mêmes que le premiers. On passe tous par des phases de super-puissance, puis par des phases de super-pessimisme.

Parfois même, on est super-puissant dans un lieu – le boulot, la famille, l'église... - et super-pessimiste dans un autre. Ça peut nous équilibrer. Mais alors, ne fait-on payer à certains par notre super-puissance, le super-pessimisme qu'on a devant d'autres, et inversement ? Super puissant au boulot et super pessimiste auprès de nos proches, ou inversement ? Est-ce vivable pour nous et pour notre entourage ?

Que répond Paul aux super-pessimiste ? Comment répond-il à leur sentiment que la mort domine ? Aux super puissants, il disait : Certes, Christ est ressuscité, mais il faut qu'il revienne. Et c'est là que tout sera accompli Et seulement là. Aux super-pessimiste, il dit la même chose, tournée différement. Certes, tout ne sera accompli que lorsque Christ sera revenu, et seulement là. Mais il est déjà ressuscité.

La mort est venue par un homme – Adam, le premier humain, donc mortel. La résurrection vient par un autre homme. Le temps de ce verbe est important : La résurrection vient. La resurrrection, ce n'est pas au futur. Ce n'est pas non plus exactement au présent. La résurrection vient, cela signifie, qu'elle ne sera installée définitivement que demain. Mais qu'elle a commencé à venir, qu'elle a commencé à s'installer. Elle est dans un présent qui nous amène vers l'avenir où elle sera complétement là.

Aux super-pessimistes, à ceux qui ne voient dans ce qu'ils font que le raté, le verre à moitié vide, les erreurs et les limites, il leur rappelle que la perfection, c'est pour demain. Il arriveront à la perfection. Mais c'est normal de ne pas y arriver aujourd'hui, puisque c'est pour demain. Mais c'est normal de ne pas y arriver en tant qu'humains, puisque c'est seulement l'action de Dieu qui l'accomplira à la fin des temps.

Aux super-pessimistes, à ceux qui sont enfermés dans la fatalité, il dit que la fatalité, ça n'existe pas. Demain, la mort sera définitivement vaincue : il n'y a donc pas de fatalité. Mais il leur dit aussi, que la résurrection, ça commence aujourd'hui. Qu'aujourd'hui, la vie commence à faire reculer la mort. La lumière fait reculer la nuit. C'est cela la force de la résurrection, qui a commencé hier avec la résurrection de Jésus, qui a même commencé par la faiblesse de la naissance d'un enfant au milieu de la misère et de l'oppression romaine. C'est cela la force de la résurrection, qui s'achévera demain. La résurrection qui a commencé hier, nous pousse. La résurrection qui s'achévera demain, nous tire. La résurrection qui vient, qui s'insinue aujourd'hui petit à petit dans nos vies, nous nourrie pendant tout ce temps, ce temps du « déjà venu » et du « pas encore » de la résurrection.

C'est ce que nous sommes invités à vivre et à dire. Dire aux super-puissants, nous dire à nous nous-même quand nous nous faisons superpuissants, que la vie, ça n'est pas la puissance, la résurrection, ça n'est pas la puissance.

Parler à ceux qui croient qu'on ne peut échapper au pouvoir implacable de la mort, d'une mort qui s'insinuerait un jour dans la vie pour prendre toute la place, jusqu'à enlever la vie.

Au contraire, savoir accueillir et aider les autres à accueillir cette sève de la resurrection qui irigue petit à petit notre vie, pour nous faire vivre de multiples printemps, jusqu'à au printemps final, qui s'appelera, Royaume de Dieu.