Esaïe 45,1-7 : Un messie idolâtre !?
Par Editeur le dimanche 26 octobre 2008, 15:45 - Prédications - Lien permanent
Prédication de Stéphane Lavignotte du 26 octobre 2008.
1. Ainsi parle l'Éternel à son messie, à Cyrus,
2. Qu'il tient par la main, Pour terrasser les nations devant lui, Et pour
relâcher la ceinture des rois, Pour lui ouvrir les portes, Afin qu'elles ne
soient plus fermées; Je marcherai devant toi, J'aplanirai les chemins montueux,
Je romprai les portes d'airain, Et je briserai les verrous de fer.
3. Je te donnerai des trésors cachés, Des richesses enfouies, Afin que tu
saches Que je suis l'Éternel qui t'appelle par ton nom, Le Dieu
d'Israël.
4. Pour l'amour de mon serviteur Jacob, Et d'Israël, mon élu, à cause d'eux,
Je t'ai appelé par ton nom, Je t'ai parlé avec bienveillance, avant que tu me
connusses.
5. Je suis l'Éternel, et il n'y en a point d'autre, Hors moi il n'y a point
de Dieu; Je t'ai mis mon centurion, avant que tu me connusses.
6. C'est afin que l'on sache, du soleil levant au soleil couchant, Que hors
moi il n'y a point de Dieu: Je suis l'Éternel, et il n'y en a point
d'autre.
7. Je forme la lumière, et je crée les ténèbres, Je donne la prospérité, et
je crée l'adversité; Moi, l'Éternel, je fais toutes ces choses.
Assurément, il y a la quantité. Ça c'est de la confession de foi costaude.
Pas de la petite confession de foi, libérale, fine, presque timide.
Dans la deuxième partie du texte sur Cyrus, que nous avons, lu il y a tout ce
qui fait la foi du peuple juif. D'abord trois fois, il est dit qu'il n'y a
qu'un seul Dieu. Il est d'abord dit qu'il n'y a que Yahvé, et qu'il n'existe
pas d'autres Dieux – au pluriel. Exit donc les collections de Dieu qui se
proménent en bus dans le firmament du proche-orient ancien.
Et c'est répété : C'est moi qui suit le seigneur, il n'y en a pas d'autre
!
Et pour que ce soit bien clair, Dieu précise les choses une troisième
fois : Le soleil, la lune, la nuit, le jour, ce ne sont pas des Dieux.
C'est lui, le Dieu unique qui les a créé. Ce ne sont pas des Dieux, ce sont des
créatures du Dieu unique.
Et il y a aussi au passage – on y reviendra – la référence à Jacob.
Tout est là. Un seul Dieu. Créateur du ciel et de la terre. La référence à
l'histoire des patriarches.
La seule difficulté, c'est que le Cyrus dont nous parlons, dont le texte dit
tant de bien, il est loin d'avoir adhéré à tout cela. Qui est-il ?
En 539 avant Jésus-Christ, ce roi de perse prend le pouvoir à Babylone, où les
juifs ont été déportés, 60 ans avant. Un an après son arrivé, il prend un
décret dans lequel il autorise les juifs à rentrer en Israël. Assurément, les
juifs lui disent merci.
Mais, pour autant, il est religieusement loin d'être casher. Il a pris le
pouvoir en renversant son prédecesseur. Son prédecesseur ne s'était pas fait
que des amis : il avait interdit les fêtes du Dieu Madrouk, qu'on appelle
souvent Baal dans la biblen, parce qu'il adorait le Dieu lune, qu'on appelle
Sîn. Cyrus a donc profité de la fronde du clergé du Dieu baal pour prendre le
pouvoir.
On est donc en pleine dispute entre idolatres, entre adorateurs de lune, de
soleil, de Dieu aux allures bizarres. Et Cyrus est un de ses adorateurs
idolatres. Et dans une bagarre entre des gens si peu fréquentables, on pourrait
se dire, on ne s'en mêle pas, qu'ils s'entretuent, Dieu reconnaîtra les
siens.
Pourtant, Dieu dans ce texte dit de Cyrus qu'il est un messie. Qu'il est son
centurion sur terre.
Dieu dit que la victoire sur son prédecesseur, c'est lui qui lui a donné. Il
a abaissé les nations. Il a défait la ceinture des autres rois : ce qui a
la signification d'obtenir leur rédition. Il prend possession des portes des
villes : une ville était considérée comme prise quand l'armée adverse
prenait la porte de la ville. Etc.
Cyrus n'est pas casher religieusement, mais Dieu lui donne la victoire. Cyrus
n'est pas un bon croyant, mais Dieu en fait son messie et son
centurion.
Dieu l'a choisit malgré son caractère d'idolâtre pour faire son oeuvre.
Celle d'intervenir d'une certaine façon dans l'histoire. On l'a dit, toutes les
images de victoire sont des images guerrières de victoire.
Mais en même temps, ce ne sont pas des images violentes. On ne parle pas de
massacre, d'ennemis mis à mort, de villes détruites comme souvent dans l'ancien
testament.
On parle de ceintures ou de portes qui s'ouvrent, de verrous de fer qui
seront fracassés, de chemins bosselés, compliqués qui devient plats. D'une
route qu'ouvre le Seigneur.
Et en arrière fond, il y a l'histoire réelle, des juifs qui retrouvent la
liberté et qui retournent en Israël, et qui vivent cela, raconteront cela comme
une sortie de l'esclavage comparable à la sortie d'Egypte. Et Cyrus deviendra
dans l'imaginaire comme un Moïse païen, excusez du peu.
Il y a comme un double message :
Un message envoyé à Cyrus : je te donne la victoire, la victoire pour une
libération pour briser les chaînes, les portes et les frontières. Sache que
c'est moi qui te la donne, qu'en faisant cela, tu fais mon oeuvre. Cyrus
libérera le peuple d'Israël, mais il ne se convertira pas.
Il y a un message envoyé à son peuple, aux croyants, à nous. Il a fait mon
oeuvre, il est mon messie, mon centurion. Même s'il n'est pas croyant. Même
s'il adore Baal. Même s'il écoute ma confession de foi de Dieu unique, de Dieu
créateur, de Dieu de Jacob sans y adhérer.
Plus fort que cela, ne pouvons-nous pas aussi entendre une autre
interpellation : Cette confession de foi, certes il ne la confesse pas en
parole et en rites. Mais ne la confesse-t-il pas en acte ?
Le refus de l'idolatrie qui est au coeur de la confession d'Israël, comment
Cyrus la traduit-il ?
Sa façon de se débarasser des idoles, ce n'est peut-être pas d'abandonner Baal.
Mais, à la différence de son prédecesseur qui ne pensait qu'au culte du Dieu
lune et en oubliait l'intérêt de son peuple, Cyrus certes, adore bien une
idole, Baal, mais lui, ne lui sacrifie pas tout. Il pense aussi au bien de
Babylone, de son peuple, de ses minorités comme les juifs. Il adore une idole,
sans être idolatre.
Et aujourd'hui, quelles sont les idoles de ce monde ?
Nous pouvons regretter que ce monde ne confesse pas Jésus-Christ. Mais la
question, comme pour Cyrus, est-il que ce monde, que nos contemporains confesse
notre confession de foi, ou que ce monde, que nos contemporains ne se laissent
plus piéger par les idoles de l'argent, du pouvoir, de la réussite, de tel ou
tel discours idéologiques, pour pouvoir penser à l'intérêt de la planète, de
ses peuples, de ses minorités, de ses petits ?
Nous sommes invités à regarder différement le monde. Qui sont les Cyrus
d'aujourd'hui ? Peut-être y-en-a-t-il parmi les puissants ? Peut-être
parmi des non-croyants, pas forcément des puissants, mais qui s'engagent pour
l'intérêt de la planète, de ses peuples, de ses minorités, de ses petits, sans
se laisser piéger par les idoles du temps, de l'argent, du pouvoir, de la
réussite, des dogmes. Qui rendent à César ce qui est à César, lui laissent
l'argent et le pouvoir, sans pour autant se désintéresser, ou plutôt, mieux
s'intéresser au monde.
Oserons-nous imaginer, sans pouvoir l'affirmer, puisque seul Dieu pourrait
le dire, imaginer qu'ils sont des messies, des centurions de Dieu ?
Oserons-nous imaginer qu'ils vivent ainsi la confession de foi à laquelle nous
croyons, même s'ils ne la confessent pas ?
Nous sommes invités à être actifs par ce changement de regard sur les
catégories croyants-incroyants, justes-injustes, eux et nous.
Mais caché au milieu du texte, il y a aussi une autre invitation à agir.
« C'est à cause de mon serviteur Jacob, oui, d'Israël, mon élu, que je
t'ai appelé par ton nom. » J'ai trouvé cette phrase énigmatique. Elle est
sans doute le rappel dans la confession de foi de l'importance des patriarches,
d'Abraham, Joseph et Jacob.
Mais elle m'a rappelé aussi, un élément que nous avions remarqué dans notre
travail en groupe biblique sur la bénédiction et qui nous avait intrigué.
Revient plusieurs fois dans l'ancien testament, que la descendance des
patriarches, de d'Abraham, Joseph et Jacob seront une bénédiction pour toutes
les nations, que par eux, toutes les nations – donc même les païennes - seront
bénies.
La descendance de Jacob, les enfants d'Israël ne seraient peut-être pas pour
rien dans ce qui se passe entre Cyrus et Dieu. C'est à cause d'eux dit le
texte, de son peuple élu, que Cyrus est appelé par son nom. Le peuple juif
reste la nation préférée, chouchoute de Dieu, et je crois que c'est toujours le
cas, qu'on ne peut pas lui enlever. Mais grâce à elle, Cyrus est appelé par son
nom.
Il est une personne face à Dieu, et pas un idolâtre. Il est quelqu'un qui est
appelé à une mission pour la libération de l'humanité, et pas un roi perse
païen. Et il l'est grâce à la descedance de Jacob.
Qu'a donc fait la descendance de Jacob ?
On pourrait juste y voir une référence historique : les juifs ont à
l'époque participé, au côté du clergé de Baal, à la victoire de Cyrus contre
son prédecesseur adorateur de la lune. Ils ont pris le risque de s'allier à un
adorateur d'idole contre un idolatre. A un païen qui avait le sens de l'intérêt
général contre un païen qui ne pensait qu'à son idole.
Mais n'est-ce pas plus profond ?
Si Israël, si la descendance de Jacob, a été une bénédiction pour toutes les
nations, une bénédiction sans pour autant les convertir, une bénédiction pour
qu'à un moment, il y ait des Cyrus, qui pensent un peu moins à leurs idoles et
un peu plus à l'intérêt du pays, du peuple, des minorités, des petits, des
Cyrus qui ouvrent des chemin de libération qui cassent les verrous des portes
et fassent tomber les portes des empires, si Israël a été un moment un
bénédiction pour ces idolatres qui font l'oeuvre de libération de Dieu sans le
savoir et sans le confesser, ne sommes-nous pas invités à être nous-mêmes une
bénédiction pour les grands et les petits Cyrus d'aujourd'hui ?
Sommes-nous bénédiction pour ce monde, comment pouvons-nous être – ou être davantage - bénédiction pour ce monde ?