Mathieu 21,28-32 : prostituées et collecteurs d'impôt, ne changez rien... sinon l'essentiel !
Par Editeur le dimanche 5 octobre 2008, 22:27 - Prédications - Lien permanent
Prédication de Stéphane Lavignotte du 5 septembre 2008
28. Que vous en semble ? Un homme avait deux fils; et, s'adressant au
premier, il dit: Mon enfant, va travailler aujourd'hui dans ma vigne.
29. Il répondit: Je ne veux pas. Ensuite, il se repentit, et il
alla.
30. S'adressant à l'autre, il dit la même chose. Et ce fils répondit: Je
veux bien, seigneur. Et il n'alla pas.
31. Lequel des deux a fait la volonté du père? Ils répondirent: Le premier.
Et Jésus leur dit: Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées
vous devanceront dans le royaume de Dieu.
32. Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas
cru en lui. Mais les publicains et les prostituées ont cru en lui; et vous, qui
avez vu cela, vous ne vous êtes pas ensuite repentis pour croire en lui.
Voilà donc que Jésus se met à radoter.
Il raconte une anecdote. Ses auditeurs lui disent qu'ils ont compris. Mais
ce n'est pas grave, il en raconte une deuxième. Dit-il la même chose ?
Dit-il la même chose d'une autre manière ?
En fait, en écoutant vite, on pourrait croire qu'il se contredit.
Dans la première histoire, il y a celui qui dit oui, et qui fait non :
lui n'agit pas selon l'ordre du père. Dire une chose et en faire une autre,
obeïr en parole, mais pas en acte.
Puis il y a celui qui dit non à l'ordre mais qui exécute l'ordre, qui dit
non, mais qui fait oui. Agir selon la volonté du père, dans cette première
histoire, ça passe donc par des actes. Ce sont les actes qui comptent.
Puis, Jésus raconte une deuxième, histoire.
Jean est venu, et les pharisiens, les scribres, ne l'ont pas cru. Les
prostitués et les collecteurs d'impôt, eux, ont cru. Les pharisiens et les
scribes, quel est leur marque de fabrique ? Que dit-on d'eux ? Ils
respectent toutes les règles, toutes les prescriptions. Tout ce qu'il y a
marqué comme commandement dans la bible, ils le respecte. Ils peuvent citer
n'importe quel morceau de Lévitique ou de Deutéronome et dire : j'agis
comme il faut. Comportement ? 100% parfait !
Les Prostitués et les collecteurs d'impots, eux, quelle est leur image, leur
marque de fabrique ?
On leur reproche leurs actes, de vivre en monnayant leur charme pour les
premières, de collaborer en collectant l'impôt romain pour les seconds, et de
se mettre beaucoup d'argent dans les poches pour tous.
Et pourtant, qui rentrera en premier dans le Royaume ?
Jésus dit que ce sont les prostituées et les collecteurs d'impôt. Ce ne sont
pas ceux qui ont les actes les plus « cashers ». Ce sont ceux dont les
actes sont les plus décriés.
Pire que ça. J'ai bien cherché partout :
A aucun endroit, Jésus ne demande aux collecteurs d'impôts d'arrêter ce métier.
Quand il mange avec Lévi, collecteur d'impôt, Jésus dit qu'il est venu appeler
les pécheurs – et il semble viser Lévi - à un changement radical. Mais on ne
sait pas en quoi cela consiste ce changement radical, et il n'est pas fait
mention du fait d'arrêter ce métier. Quand il rencontre Zachée, Zachée propose
d'arrêter de voler, pas de faire son métier.
A aucun endroit on ne trouve un endroit où l'on demande aux prostituées
d'arrêter d'être prostituées. Tout au plus, à la femme adultère, on dit :
va et ne pêche plus. Mais pour les prostituées, rien.
La première histoire semble nous dire que ce sont les actes qui
comptent.
La seconde nous dit que ce ne sont pas les actes les plus importants.
Alors, vous choisissez Jésus 1, ou Jésus 2 ?
Si vous choisissez Jésus 1, composez sur votre téléphone le....
Non, ça ne marche pas comme ça. Bien sûr, il n'y a pas à choisir. Peut-être
même n'y-a-t-il pas contradiction.
Ce qui est reproché au premier personnage de la première histoire, c'est son
hypocrisie. Dire oui et faire le contraire. Ce que Jésus reproche aux
pharisiens dans ses polémiques avec eux, c'est leur hypocrisie. De ne faire les
choses que pour être en règle, pour être bien vu. Mais il leur reproche de ne
pas y croire. D'appliquer des recettes, mais de ne pas y croire, et de ne faire
les choses que parce qu'il faut respecter les règles.
La question est moins de savoir si ce sont nos actes ou nos pensées qui
comptent, que de savoir si nous sommes hypocrites ou sincères.
Et de savoir si nous savons regarder les autres ou pas, et si nous savons
apprendre de cela.
Que présentent les pharisiens au Seigneur ? Sur quelle base
espèrent-ils être aimés du Seigneur ?
Ils présentent leur comptabilité. J'ai fait tant de prières à telle moment,
j'ai fait tant d'offrandes. Ils présentent leur normalité, leur bonne moralité.
J'ai bien respecté tout ce qui était marqué dans Deutéronome et Lévitique. Je
suis bien vu. J'ai une bonne réputation. Je ne fais peur ni à l'Eglise réformée
de France, ni à la Fédération protestante de France, etc.
Ils présentent leur bonne image.
Mais finalement, eux-mêmes, à quel moment se présentent-ils ?
A quel moment présentent-ils leurs doutes ? A quel moment présentent-ils
leurs joies ?
A quel moment présentent-ils leurs hésitations ? A quel moment
présentent-ils leur parcours ?
Peut-être ne croient-ils pas assez au Seigneur pour oser présenter leur
faiblesses ? Peut-être ne croient-ils pas assez au Seigneur pour penser
qu'il les aimerait même avec leurs doutes, leurs hésitations, leurs ratages
?
Dans ces conditions, croient-ils au Seigneur vivant, qui est le seul à dire
«tu es juste » ?
En mettant tout, dans leur capacité à eux-mêmes respecter les règles, les
rites, la morale, ne croient-ils pas qu'ils vont se sauver eux-mêmes ?
Finalement, ils se cachent, continuent à ne pas présenter qui ils sont
vraiment.
C'est aussi cela l'hypocrisie.
Les collecteurs d'impôt, les prostituées, eux savent qu'ils sont rejetés par
la société.
Ils savent que les bons croyants les considèrent comme des voleurs, des
dépravés, des débauchés – débauchés, fornicateur, impudique, ont dans le
nouveau testament la même racine grecque le même mot que prostituées :
porno, qui a donné pornographie. Mais ils se présentent à Dieu.
Ils osent se présenter, croire, demander la compagnie de Dieu, demander que
Dieu les accompagne dans leur vie, malgré tout ce que la morale dominante, et
même certains textes bibliques si on les lit d'une certaine façon, considère
comme n'allant pas chez eux.
A la différence des pharisiens, ils ne se présentent pas en pensant qu'ils
seront sauvé par leurs actes. Ils se présentent eux-même, avec tout ce qu'ils
sont. Et avec leurs actes décriés. Avec leur honte, avec tout ce qu'ils ont
accumulé de rejet, de désamour d'eux-mêmes. Ils ne se cachent pas derrière des
actes. Ils se présentent eux-mêmes, dans leur fragilité et leur
difficulté.
C'est peut-être pour cela que Jésus ne leur demande pas de changer de
comportement.
D'arrêter d'être collecteur d'impôt ou d'être prostituées.
Car se présenter à Dieu, tel qu'on est, sans se cacher à soi-même et à Dieu ses
limites et ses hontes, n'est pas déjà le changement radical qu'attendait
Jésus ? Le changement, ce n'est pas qu'ils arrêtent d'être prostituées ou
collecteurs d'impôt. Ce n'est pas forcément pour nous d'arriver à nous
débarrasser de tout ce qui ne va pas ou de ce qui nous fait honte. C'est d'oser
sortir de la honte, du rejet, qui nous empêche de nous présenter devant Dieu
avec tout ce nous sommes. Sans hypocrise. Sans les cache-sexe des actes rituels
ou des apparences sociales.
Oser se présenter devant Dieu avec tout ce que certains considèrent comme de
l'impudeur, de la débauche, de l'abomination.
« Les prostituées et les collecteurs de taxe eux, ont cru » dit le
texte.
Ils ont cru que ce n'était pas les actes qu'ils faisaient ou qu'ils ne
faisaient plus qui leur rendrait jute, mais juste l'amour de Dieu.
Et les pharisiens, où serait leur changement ?
« Ce sont les collecteurs d'impôts et les prostituées qui ont cru, et vous
qui avez-vu cela, vous n'avez pas eu de remord par la suite : vous ne
l'avez pas cru davantage ». Quand nous voyons que des personnes rejetées, des
personnes que nous n'aimons pas, des personnes dont nous pensons qu'elles ne
respectent pas les commandements de Dieu se mettent à croire, passent par
dessus la honte et les rejets, viennent demander à Dieu de les accompagner,
sommes-nous capable de changer de regard ?
De revenir sur ce que nous pensions d'elles ?
De changer de regard sur nous-mêmes ?
Seigneur, nous sommes des prostituées et nous sommes des pharisiens.
Aide nous à dépasser nos hontes et à nous présenter devant toi avec tout ce que
nous sommes.
Aide nous à changer de regard sur les autres quand nous les voyons croire en
toi, et se présenter devant toi tels qu'ils sont. Amen.