Philippiens 2, 1-11 (2) : La réussite c'est l'échec et inversement ?
Par Editeur le dimanche 14 septembre 2008, 22:15 - Prédications - Lien permanent
Prédication du dimanche 14 septembre 2008 de Stéphane Lavignotte
Philipiens 2, 1-11
1. Si donc il y a quelque consolation en Christ, s'il y a quelque
soulagement dans la charité, s'il y a quelque union d'esprit, s'il y a quelque
compassion et quelque miséricorde,
2. rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même
âme, une même pensée.
3. Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l'humilité
vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes.
4. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère
aussi ceux des autres.
5. Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus Christ,
6. lequel, existant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à
arracher d'être égal avec Dieu,
7. mais s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en
devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme,
8. il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même
jusqu'à la mort de la croix.
9. C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom
qui est au-dessus de tout nom,
10. afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre
et sous la terre,
11. et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de
Dieu le Père.
Notre paire quiète, ô yeux !
que votre "non" soit sang (t'y fier ?)
que votre araignée rie,
que votre vol honteux soit fête (au fait)
sur la terre (commotion).
Donnez-nous, aux joues réduites,
notre pain quotidien.
Part, donnez-nous, de nos oeufs foncés,
comme nous part donnons
à ceux qui nous ont offensés.
Nounou laissez-nous succomber à la tentation
et d'aile ivrez-nous du mal.
Ce Notre-père a été publié par Robert Desnos en 1930 dans son recueil
Corps et biens. Peut-être vous a-t-il choqué. En tout cas à l'époque,
cela a sûrement choqué une partie de ses contemporains. Et la lettre de Paul,
tout à l'heure, vous-a-t-elle choquée ? Et bien pourtant, elle aurait du.
En tous cas, à l'époque où elle était écrite, ce qu'elle racontait choquait les
juifs comme les grecs. Et bien plus que Robert Desnos en son temps. Bien plus
que les carricatures de Charlie-Hebdo à l'occasion de la visite du pape.
Jésus était de condition divine, dit le texte. Dans le judaïsme, le
prophète, le Messie sont des hommes. Les juifs sont d'un montotheisme stricte,
un dieu et un seul, tout seul. Rien ne peut être de même condition que Dieu.
Quel scandale pour les juifs de dire d'un humain qu'il pourrait avoir quelque
chose de divin !
Il n'a pas utilisé son pouvoir divin, il s'en est dépouillé pour se faire
égal aux hommes, dit le texte. Pour les grecs, il y avait des demi-dieux, des
hommes avec un pouvoir divin. Et ils l'utilisaient sur terre. Quelle idée
étrange de s'en séparer, de s'en dépouiller ! Voilà les grecs qui trouvent
cela un peu fou.
Il prend la condition d'esclave, dit le texte. Mais quelle drôle
d'idée ! Du Messie, le peuple juif attend qu'il fasse tomber le pouvoir –
en l'occurence le pouvoir romain - pas qu'il abandonne ses pouvoirs ! Il
attend qu'il libère les esclaves, pas qu'il en devienne un !
Ce messie, il est mort, torturé, sur une croix, dit le texte. Le vrai messie,
dans le judaïsme, on le reconnaît à ce qu'il amène la fin des temps. Les faux
messie, c'est facile à reconnaître pour les juifs, et il y en a eu des kilos
dans l'histoire du judaïsme : ils n'amènent pas la fin de l'histoire et en
général, mais leur histoire à eux finit mal. Alors, Jésus, un messie ?
Impossible à croire pour un juif, puisqu'il a fini par été tué !
Son nom sera élevé au-dessus de tout les noms dit le texte.
Allons-donc ! Dans le judaïsme, le nom de Dieu est tellement saint, qu'on
ne doit pas le prononcer. Quand on rencontre les quatre lettre qui dans
l'ancien testament signifient Dieu, on ne les prononce pas. On dit « le
nom ». Et voilà que Paul dit que le Nom de Jésus sera mis au-dessus de tous les
noms. De tout les noms ? Y compris au-dessus du « nom », celui
imprononçable de Dieu ?
Si le Notre Père de Robert Desnos est scandaleux, alors que dire de cette
confession de foi de l'apôtre Paul !
Il faut dire que l'apôtre Paul qui écrit cette confession de foi est un bien
étrange apôtre. A l'époque, les apôtres de différentes tendances du judaïsmes,
de différentes sectes juives, dont celle de Paul qu'on appelle pas encore les
chrétiens, ça circule dans tout les sens. A quoi reconnaître que l'apôtre est
un vrai ? Par exemple à ce qu'il a du succès, qu'il parle bien, qu'il
arrive à développer son influence. Si ça marche, c'est que le Seigneur doit
l'accompagner. Or, là, la mission de Paul, ça marche aussi bien – selon les
critère de l'époque – que ça a marché pour Jésus selon les critères du judaïsme
qui permettent de reconnaître un vrai messie. C'est à dire que Paul s'en sort
aussi... mal que Jésus :
Il ne parle pas très bien. Il est sans doute handicapé.
Quand il écrit cette lettre à la communauté de Philippie en Grèce, il est sans
doute en prison.
La plupart des communautés qu'il a fondé sont visitées par des concurrent
:
- Des courants de religions bizarre et très exaltées.
- Des juifs de stricte obédience qui veulent qu'elles reviennent au judaïsme
stricte. - Des chrétiens d'origine païennes qui pensent que pour devenir
chrétiens ils faut passer par la case judaïsme et se faire circoncire.
La plupart des communautés que Paul a fondé sont visitées par des concurrent.
Et sont perdues par Paul et récupérées par la concurrence.
Ainsi, quand il dit : comportez-vous entre vous comme on le fait en
Jésus Christ, il dit aussi : vous avez peut-être l'impression que ma
mission est un échec, mais regardez, je passe par les mêmes tourments que le
Christ.
Je suis certes le contraire de ce que vous pensez que doit être un apôtre qui
réussit. Mais Christ n'est-il pas le contraire de ce que vous pensiez être un
Messie qui réussit ?
Mais comment le suivre sur ce chemin ? Devrions, nous aussi, faire
comme lui ?
On voit venir à grand pas ce dont on n'a aucune envie : la vie de
chrétiens comme un chemin de croix ? Passer en permanence par des
épreuves, des malheurs, se flageller, se faire du mal ? Etre toujours
serviteurs, en réprimant nos propres sentiments, nos propres envies ?
Le texte dit : comportez-vous entre vous comme on le fait en Jésus
Christ.
Cela pourrait aussi se traduire ainsi : Comportez vous dans votre façon
d'être un humain comme le Messie divin s'est comporté dans l'humain
Jésus.
Paul marque une rupture avec la façon d'être apôtre. Jésus marque une
rupture avec la façon d'être Messie.
Nous ne sommes ni apôtre, ni Messie.
Quelle rupture devons-nous marquer avec la façon traditionnelle d'être
humain, d'être avec nos soeurs et frères ? Comment réussir au sens de
Jésus et de Paul ? Quelle rupture avec les façons de réussir, avec les
images dominantes de la réussite pour un humain, sachant qu'elle peut faire
scandale, choquer les conceptions traditionnelles d'être humain ?
Qu'est-ce que réussir ? La conception la plus courante est assez
simple. Tout sacrifier à sa réussite professionnelle. Ses sentiments, sa
famille, ses rêves. Viser un plan de carrière le plus diagonal possible :
du bas vers le haut, en gagnant plus d'argent à chaque contrat. Etre le plus
fort possible, ne faire confiance qu'à sa propre puissance.
A d'autres, les femmes en particulier, et souvent les compagnes des
premiers, on propose autre chose. Tout sacrifier à sa vie de famille. Tout
donner pour ses enfants. Ecraser là aussi ses rêves, ses envies, serrer les
dents si on ne reçoit pas assez d'amour. Une autre réussite diagonale, mais
diagonale du haut vers le bas, pour le mari, les enfants puissent eux prendre
la diagonale ascendante.
On me dira qu'on en est plus là. Que les gens cherchent aujourd'hui leur
épanouissement personnel. Et tant mieux. Mais ne tombe-t-on pas souvent dans
une nouvelle norme du « être heureux » ? On pense surtout à son
bonheur à soi. On se fait obligation d'être heureux, bien dans sa peau, cool.
Et on est très malheureux dès qu'on se trouve imparfait. On devient malheureux
de ne pas être totalement heureux.
Tout ça est bien sûr carricatural. Personne n'est tout l'un ni tout l'autre.
Mais quelques traits de ces carricatures ne nous ressemblent-ils pas
?
Comment être humain avec la même distance à ces carricatures que Jésus
prenait de la distance avec être messie ?
- Jésus se vidait de sa prétention divine – alors que lui, l'était vraiment,
et nous, pas du tout.
Ne nous laissons-nous pas souvent piéger à cette prétention divine – parfois
même pour la bonne cause : nous allons tout régler, tout dépend de nous,
le bonheur des membres de notre famille, de notre communauté, de nos
employés ? Le temps va s'arrêter, les méchants vont être noyés dans la Mer
rouge. Le monde doit être sauvé, et si je ne fais pas cinq réunions par semaine
c'est que je le laisser tomber.
- Alors qu'il devrait être le chef de la révolte contre les romains, Jésus
prend la forme d'esclave, il devient similaire aux humains.
N'y-a-t-il pas une contradiction entre prendre forme d'esclave et devenir
humain ? Le traitement fait aux esclaves était particulier inhumain. On a
évoqué ces personnes qui sont tellement au service des autres qu'elles écrasent
leur propre humanité. On connaît des gens qui sont des chefs, mais qui le font
en devenant esclave de leur rang, de leur image, des impératifs de rendement,
d'efficacité. Sont-ils encore humain ?
Que cela signifie-t-il de devenir plus humain en se faisant serviteur ?
Cela rejoint ce que j'ai dit lors du culte de jeudi dernier, quand j'ai fait la
prédication sur le début du texte. J'ai souligné que les mots compassion,
réconfort, amour, unité avaient des double sens en grec. Il signifient
également : appel, exhortation, solidarité, magnanimité. Le texte prend à
la fois au sérieux que nous sommes des être de sentiments, qui avons besoin de
réconfort, d'amour de compassion. Mais que ces sentiments, ils peuvent aussi
être la base d'une action : appeler, exhorter, être magnanime. Une action
sur les sentiments. Une action où l'on aime toujours suffisement l'autre pour
penser qu'il est encore toujours humain. Une action où l'on fait l'effort
d'écouter les sentiments des autres. Où on fait également l'effort d'exprimer
ses propres sentiments. Où peut s'engager un dialogue entre deux
sincérités.
Etre serviteur, c'est être au service des autres pour les rejoindre dans
leur humanité, notre humanité, notre humanité commune.
Je me fait serviteur de l'autre pour rejoindre son humanité, dans ce qu'elle a
de plus fragile, de plus inquiète. Dans ses sentiments, ses besoins, ses
inquiétudes.
Lui montrer que je suis à son service, à son écoute, c'est l'aider à baisser
la garde, à ne plus sentir menacé par moi. Lui dire mes propres sentiments, mes
inquiétudes, lui montrer que moi aussi, je suis fragile, c'est l'inviter à
changer de registre, à venir sur celui de ses propres inquiétudes et besoins,
puisque je ne le menacerai plus, puisque j'aurais montré que j'était moi-même
fragile.
Le mouvement qui nous est proposé n'est pas celui de la diagonale vers le
haut de la réussite sociale ou de la diagonale vers le bas du sacrifice de soi.
Comme dans ce qui est décrit pour Jésus : elle est descente puis remontée.
Descente de nos prétentions de réussite ou de sacrifice, descente des murailles
de nos protections, mourir à nos faux semblants de puissance, pour rencontrer
nos soeurs et frères. Cela nous permet de nous découvrir nous-mêmes, de
découvrir nos soeurs et frères. Pour ensuite grandir, remonter vers le haut,
grandir et monter vraiment, en vérité, en sincérité.
Cela nous permet de nous enrichir. De rencontrer Jésus, qui a pris la forme
d'humain. Qui se trouve présent dans tout humain, humain brisé ou torturé à la
rencontre de qui nous allons, de tout humain mis en croix par les morts
sexistes, culturelles, sociales ou économiques.
De rencontrer Jésus, dans tout humain qui écoute et accueille avec la même
sincérité qu'accueillait Jésus. Dans tout humains qui cherche le plus possible
à devenir humain. Nous grandissons alors pour aller vers notre humanité.
Et dans, ce mouvement, c'est bien ce nom d'humain que nous acquérons. Un nom
tout à fait prononçable, à la différence de celui de Dieu.
Un nom que Dieu a prononcé et nous a donné.
Un nom auquel Dieu donne de l'importance et qu'il fait remonter aux côtés de
son nom.
Humain, trop humain, rien qu'humain.
Alors, vous faites quoi dans la vie ?
Et à ceux qui ne vous estimeront que si vous leur dite que vous gagnez beaucoup
d'argent, répondez :
Moi, dans la vie, j'essaie d'être humain. Je vous assure, c'est le scandale
assuré.