Philippiens 2, 1-11 (1) : Mais pourquoi tant de conflits...
Par Editeur le jeudi 11 septembre 2008, 22:01 - Prédications - Lien permanent
Prédication du jeudi 11 septembre 2008 de Stéphane Lavignotte
Philipiens 2, 1-11
1. Si donc il y a quelque consolation en Christ, s'il y a quelque
soulagement dans la charité, s'il y a quelque union d'esprit, s'il y a quelque
compassion et quelque miséricorde,
2. rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même
âme, une même pensée.
3. Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l'humilité
vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes.
4. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère
aussi ceux des autres.
5. Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus Christ,
6. lequel, existant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à
arracher d'être égal avec Dieu,
7. mais s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en
devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme,
8. il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même
jusqu'à la mort de la croix.
9. C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom
qui est au-dessus de tout nom,
10. afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre
et sous la terre,
11. et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de
Dieu le Père.
Vous ne trouvez pas que ça fait du bien cette lettre à la rentrée ?
Vous, je ne sais comment s'est passé votre rentrée, mais moi, ça a été comme
ça : d'abord, les gens se voient et ils sont contents de se
retrouver.
Et puis, comme il n'y a pas eu de miracle pendant les vacances, les vieilles
habitudes, les vieux conflits, les vieilles incompatibilités d'humeur
reprennent le dessus.
Je ne sais pas vous, mais moi, en comptant rapidement, j'ai compté au mois 7
situations proches où des gens sont en conflits, où il y a désaccord, et où je
me retrouve peu ou prou, soit être une des parties du conflit, soit être
attendu comme médiateur ou témoin du conflit.
Alors cet appel au réconfort en Christ, à l'encouragement de l'amour, à la
communion de l'esprit, l'appel à l'amour et à l'unité, à ne pas se comporter en
vaine gloire et rivalité, à l'humilité....
alors tout ça, ça sonne comme un joli bruit de ruisseau dans un monde de
fracas.
Ça sonne comme un joli bruit de ruisseau, mais si on s'arrête à ce bruit
bucolique, juste à un appel au « soyez gentil », j'ai peur que - au mieux
- ça ne serve pas à grand chose, au pire, que ça entretienne, soit ma mauvaise
conscience de ne pas être assez gentil, soit mon désespoir qu'un jour on
aboutisse à un monde plus doux.
Et je pense que le texte, nous donne des pistes, deux grandes pistes en tout
cas,pour que cet appel de l'apôtre Paul ne se limite pas à de l'eau
tiède.
Première piste.
Regardons d'un peu plus près les expressions du début du texte.
Si quelqu'un a réconfort en Christ. La bible de Louis Segond traduit le mot
par consolation. Mais plusieurs traduction le traduisent par appel, dans
d'autres contextes, ce mot le sens d'avertissement, d'exhortation,
d'encouragement. S'il y a un encouragement de l'amour. Là encore, le mot peut
avoir le sens d'exhortation. Mais Louis Segond le traduit par soulagement et il
peut l'être par réconfort. S'il y a une communion de l'esprit. Louis Segond
parle d'unité de l'esprit. On peut aussi le traduire par solidarité. S'il y a
un élan d'affection et de compassion. Le mot utilisé pour affection est
entrailles, certains traduisent tendresse. Pour compassion, certains traduisent
magnanimité.
Le texte nous prend finalement comme nous sommes.
En lisant le texte, on a le sentiment que des autres, de Christ, y à la fois
quelque chose qu'on reçoit, de doux, de gentil, d'agréable, qui nous invite à
nous reposer et à être rassuré. Quelque chose – soulagement – qui nous invite
en même temps à lâcher. Il y a du pur sentiment, qu'on ne maîtrise pas, qui
nous vient, qu'on ressent. Nous avons des sentiments, et ils nous viennent
souvent « comme ça », on ne les contôle pas. Le texte nous prend aussi
avec notre envie d'être rassuré, cajolé, réconforté, ayant besoin d'affection.
Nous avons besoin de nous sentir aimé et comme faisant partie d'un groupe,
d'une communauté. Paul ne fait pas l'impasse sur le fait que nous avons des
sentiments.
Mais le texte fait le choix de prendre des mots à double sens, à double
sensibilité. Ces même mots qui parlent des sentiments, nous disent aussi qu'il
nous faut agir.
Les mêmes mots nous disent qu'on est mit en garde, invité à réagir, à
répondre. Nous sommes invités à agir, à faire preuve de solidarité. Magnanimité
invite à un certain volontarisme dans la façon de considérer les choses, à
tolérer, comprendre ce qui a priori nous choque.
Cela rejoint ce texte de Martin Luther King sur l'amour des ennemis dont je
vous parle souvent et que j'aime beaucoup. Martin Luther King ne nie pas que
nous avons des sentiments, et des sentiments envers nos ennemis. Quand il parle
d'amour envers eux, ce n'est pas que nous nous mettions à les apprécier. A
trouver qu'ils sont gentils et sympas. Non, il nous invite à appliquer une
méthode qui soit celle de l'amour.
Comme cela pourrait se traduire avec ce texte ?
On parle d'un réconfort en Christ qui a aussi le sens d'un appel, d'une
exhortation. Le mot a comme racine le défenseur, avocat, consolateur. Si nous
mêmes nous recevons du réconfort de Christ, si nous nous sentons défendus par
lui, peut-être sommes nous appelés, exhortés à être réconfortant à notre tour.
Peut-être que l'autre est agressif car il se sent en danger, quelque chose
l'inquiète.
Pouvons-nous l'aider à dire ce qui l'inquiète ? Pouvons-nous lui demander
ce qui pourrait le rassurer ? Comment nous pourrions le rassurer ?
Quand on parle de parle d'encouragement de l'amour, de communion dans
l'esprit, peut-être pouvons ressentir que l'autre ne se sent pas aimé, a
l'impression qu'il n'a pas de place, ou une place secondaire dans la
communauté.
Pouvons-nous lui offrir l'occasion d'exprimer cette tristesse ?
Pouvons-nous lui demander quels gestes, quels mots lui permettraient de se
sentir partie prenante ?
C'est cela ma première piste : un volontarisme des sentiments, une
action de l'empathie.
Est-cela l'invitation à ne rien faire par rivalité et gloriole ? À
faire les choses avec humilité mais en considérant les autres comme supérieur à
soi ? En ne regardant pas à soi seulement, mais aussi aux autres ?
Mais pour faire cela réellement, il faut d'abord avoir pris la peine de
vraiment écouter les sentiments des autres ainsi que les siens.
C'est ma deuxième piste.
Trop souvent, en voulant faire passer les autres d'abord, ne prenons-nous pas
des décisions en imaginant ce que pensent ou ressentent les autres mais en
sachant pas vraiment ce qu'ils ressentent réellement ? « Untel est
vieux ou étranger, oh, il a été ou il sera surement choqué par cela ».
« Unetelle est jeune et branché, bien sûr, pour elle, aucun problème ».
Nous enfermons les gens dans ce que nous imaginons d'eux. Et nous loupons ce
qui fait le plus riche d'une relation où nous donnons de l'importance à
l'autre : lui permettre d'exprimer lui-même ce qu'il ressent et lui offrir
le réconfort d'avoir quelqu'un qui écoute ses sentiments et ses besoins.
Et nous loupons ce qui fait le plus riche d'une relation : découvrir
l'autre pour ce qu'il est vraiment et qui nous surprend souvent.
Si on s'arrêtait là, il y aurait encore un danger. Nous serions repartis
dans cette maladie très chrétienne de porter non seulement sa croix, mais aussi
celle des autres. Le texte nous dit de ne pas regarder à soi seulement mais
aussi aux autres.
Pas à soi seulement, ça ne veut pas dire, pas à soi du tout. Aimer son prochain
comme soi-même, ce n'est pas oublier de s'aimer soi-même. Dans cette échange,
où l'on fait place à l'expression des sentiments, il ne s'agit pas de faire
passer l'autre d'abord, sans échange et en s'oubliant soi.
Notre relation avec l'autre ne sera-t-elle pas plus riche, les choses ne
tourneront-elles pas differement si nous sommes capable de dire nous
aussi : il s'est passé cela, j'ai ressenti cela par ce que j'ai besoin de
cela ou cela est important pour moi.
Si nous faisons d'abord l'effort d'écouter l'autre, de s'intéresser à ses
sentiments et à ses besoins, sans doute ressentira-t-il moins nos propres
sentiments, nos propres inquiétudes, nos propres frustrations comme un reproche
ou une agression. Parce que nous l'avons écouté, il sentira peut-être quelqu'un
qui ne le met pas en danger, un frères, une soeur, qui l'aime.
Mais cela peut aussi marcher dans l'autre sens. Si nous faisons l'effort de
dire d'abord nos propres sentiments, blessures, besoins frustrés, alors il
sentira que nous sommes fragiles comme lui, qu'il n'a rien à craindre de nous,
que nous ne le mettons pas en danger. A son tour, pourra-t-il exprimer ses
propres sentiments, blessures, besoins frustrés.
On n'est plus dans la rivalité, mais dans le compagnonage. On n'est plus
dans la vaine gloire, mais dans la franchise sur soi. La compassion ou la
magnanimité ne sont plus des hypocrisie mais une vrai travail d'empathie,
d'écoute de l'autre. La communion ou la solidarité ne sont plus des
volontarismes abstraits et artificiels, mais une construction de chaque
instant. On considère les autres comme supérieur, on regarde aussi aux autres,
mais sans s'oublier soi.
Les sentiments ne sont pas opposés aux volontarisme. Il y a comme dit le
texte un encouragement dans l'amour.
Et après, tout nous redecouvrons là ce qui a été dit bien des fois : le
contraire de l'amour, ce n'est pas tant la haine, que la fainéantise à faire
vivre l'amour.