21. Si le méchant revient de tous les phttps://blog.gandi.net/post.php Nouveau billet - Cercle de silence Paris - Gandi.net blog - 2.0.2échés qu'il a commis, s'il observe toutes mes lois et pratique la droiture et la justice, il vivra, il ne mourra pas.

22. Toutes les transgressions qu'il a commises seront oubliées; il vivra, à cause de la justice qu'il a pratiquée.

23. Ce que je désire, est-ce que le méchant meure? dit le Seigneur, l'Éternel. N'est-ce pas qu'il change de conduite et qu'il vive ?

24. Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, s'il imite toutes les abominations du méchant, vivra-t-il ? Toute sa justice sera oubliée, parce qu'il s'est livré à l'iniquité et au péché; à cause de cela, il mourra.

25. Vous dites: La voie du Seigneur n'est pas droite. Écoutez donc, maison d'Israël! Est-ce ma voie qui n'est pas droite? Ne sont-ce pas plutôt vos voies qui ne sont pas droites ?

26. Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, et meurt pour cela, il meurt à cause de l'iniquité qu'il a commise.

27. Si le méchant revient de sa méchanceté et pratique la droiture et la justice, il fera vivre son âme.

28. S'il ouvre les yeux et se détourne de toutes les transgressions qu'il a commises, il vivra, il ne mourra pas.

29. La maison d'Israël dit: La voie du Seigneur n'est pas droite. Est-ce ma voie qui n'est pas droite, maison d'Israël ? Ne sont-ce pas plutôt vos voies qui ne sont pas droites ?

30. C'est pourquoi je vous jugerai chacun selon ses voies, maison d'Israël, dit le Seigneur, l'Éternel. Revenez et détournez-vous de toutes vos transgressions, afin que l'iniquité ne cause pas votre ruine.

31. Rejetez loin de vous toutes les transgressions par lesquelles vous avez péché; faites-vous un coeur nouveau et un esprit nouveau. Pourquoi mourriez-vous, maison d'Israël ?

32. Car je ne désire pas la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur, l'Éternel. Convertissez-vous donc, et vivez.

Le peuple entend Ezechiel et il proteste : « La voie du seigneur n'est pas au point ». Le peuple proteste : ça ne marche pas ! On ne ne peut pas fonctionner comme ça.

Qu'est-ce que le peuple peut bien reprocher au raisonnement qu'on vient d'entendre ?

Le juste qui a été juste tout sa vie, si sur la fin, il devient méchant, il est considéré comme méchant. Le méchant qui a été méchant toute sa vie, si au contraire, sur la fin il devient juste, toute ses fautes seront oubliées. Le peuple compare le sort fait au juste devenu méchant et celui fait au méchant devenu juste et il trouve que ça ne marche pas. Si on eu beaucoup de justice dans sa vie, un tout petit peu de méchanceté à la fin ça annulerait tout ?

Au contraire, beaucoup de méchanceté dans la vie serait annulé par un tout petit peu de justice, du moment que c'est à la fin ?

Est-ce qu'il ne vaudrait mieux pas faire des comptes. Alors, monsieur, combien de kilo de méchanceté, combien de kilo de justice ! Ah il y a plus de bien que de mal, c'est bon, vous étes sauvé. Le contraire ? Vous étes éliminés.C'est sans doute cela que voudrait le peuple, et c'est qu'a mis en place l'église au Moyen Age en mesurant les mérites et les fautes, de manière précise avec un tarif, et donc des possibilités de racheter les fautes pour aller au paradis.

Le peuple a-t-il forcément tort ? C'est vrai qu'on peut détourner la proposition d'Esaïe, comme à l'époque de la christianisation de la Gaule où certains chefs barbares sont devenus chrétiens. Ils attendaient le dernier moment pour se baptiser. Comme ça jusqu'au dernier moment, ils pouvaient massacrer, violer, piller, et hop, sur la fin, baptême et sauvé.

Si on regarde cette logique du point de vu comparatif entre la personne juste toute sa vie, et celle juste seulement sur la fin de sa vie, si on regarde les choses par le petit bout de la lorgnette, si on les regarde avec du « il a plus que moi », « j'ai moins que lui, c'est pas juste », si on cherche les moyens de truander le raisonnement à son avantage, c'est sûr « la voie du seigneur n'est pas au point ».

Ce que propose Ezechiel, ce n'est pas un camisole de force pour petit malin voulant trouver la voie la plus efficace et la moins fatigante pour vivre. D'ailleurs Ezechiel, il sait que les camisoles de force, les lois qui interdisent tout et prévoient toutes les exceptions, ça ne marche pas : il est un prophète en exil à Babylone, il a vu Israël s'être donnés une loi camisole qui avait tout prévu pour éviter les dérapages, et ça n'a pas empêcher Israël de quitter les voies du Seigneur et de se retrouver déporté en Babylone.

Le raisonnement ne marche pas du point de vu comparatif entre individus, mais marche-t-il à d'autres niveaux ? Du point de vu de la société, comment cela se traduit-il ? Si le fait d'être sauvé était compté au kilo, quelqu'un qui est facilement juste pourrait surveiller son niveau de justice, et se dire : aller, je peux me lancer dans la méchanceté : j'ai déjà 10 kilos de juste, je peux aller jusqu'à 9,99 kilos de méchanceté. Dans le raisonnement d'Ezechiel, ça ne marche pas. Même si on a 10 kilos de juste, hop, trois gramme de méchanceté et les les 10 kilos de juste sont oubliés : Quelqu'un qui est juste, a donc intérêt à rester juste.

Mais quelqu'un de méchant ? Imaginons quelqu'un qui a été méchant toute sa vie. Si on lui dit : vous avez été tellement méchant toute votre vie, rien que vous fassiez ne vous permettra de redevenir juste... il n'a alors aucun intérêt à changer son comportement. Quelqu'un qui est en prison. Si on lui dit : quel que soit la façon que vous avez de vous comporter, vous ferez votre peine jusqu'au bout, il n'y aura aucune remise de peine. A-t-il alors intérêt à bien se comporter ? Quelqu'un qui est condamné à la prison et à qui on dit : de toutes façons, vous étes condamné à perpétuité, vous ne sortirez jamais de prison. Il n'a aucun intérêt à bien se comporter : de toute façon, il ne lui arrivera rien de pire que ce qui est déjà prévu.

La loi d'Ezechiel peut donc paraître injuste si on la regarde du point de vue d'une comparaison entre : un juste toute sa vie qui fait une bétise à la fin et d'un méchant toute sa vie qui se repent sur la fin. Mais elle est juste d'un point de vu plus général de l'intérêt de la société : elle pousse le juste à rester juste et le méchant à devenir juste. Et donc au bout du compte à faire qu'on ailler vers plus de personnes justes et moins de personnes méchantes.

Le niveau inter-individuel, le niveau de l'intérêt général, et alors d'un point de vu individuel ? D'un point de vu individuel, il faut faire l'effort de revenir au début du texte.

Avant cette histoire de qui est juste, qui est injuste, il a cette histoire de guetteur.

Ezechiel invite le peuple et invite chacun à être un guetteur. Il invite chacun à prévenir l'autre quand il voit que s'il continue à faire ce qu'il fait, il va y avoir des catastrophes. Il y a une une responsabilité du guetteur : celui qui voit qu'un malheur peut arriver est autant responsable du malheur que celui qui l'a commis s'il ne prévient pas de ce qu'il voit. Le guetteur doit aussi prévenir le méchant, celui qui est train de produire du malheur.

Il y a une responsabilité. Elle est forte : ne pas alerter que ça ne va pas, même si on ne le commet pas soi-même, c'est autant punis que de le faire soi-même. On voit bien qu'on ne peut pas se contenter de soi-même être juste, gentil, bon chrétien en laissant le malheur continuer à détruire le monde.

C'est une responsabilité forte. Mais en même temps limité.

On doit prévenir l'autre. Mais s'il ne change pas de comportement, on a fait ce qu'on avait à faire. On n'est pas responsable du fait qu'il change ou pas : Notre responsabilité, c'est de prévenir. Car la responsabilité, elle est aussi renvoyée à la personne avertie : il faut être capable de se laisser avertir dit le texte. Trop facile de dire comme dans le texte : « c'est à cause d'eux que nous pourrissons ».

Trop facile de dire : ah, mais non, je n'avais pas entendu, vous ne m'avez pas dit assez fort que ma voiture détruit la planète ; vous n'avez pas mis en assez gros sur les paquets de cigarette que ça rend aveugle, que je n'aurai plus de spermatozoïdes et que les filles ne voudront plus m'embrasser parce que j'ai les dents jaunes.

Il y a la responsabilité d'avertir et la responsabilité de se laisser avertir. C'est une responsabilité en même temps forte et limitée, parce que c'est une responsabilité partagée.

Au bout du compte, c'est une éthique qui ne peut pas paraître juste si on la regarde avec un oeil d'épicier. Mais, c'est une éthique optimiste et dynamique. Une dynamique productrice de vie pour chacun. Elle fait le pari que si les gens sont méchants, ce n'est pas par nature. C'est parce qu'ils n'ont pas été prévenu que leurs actes étaient méchants, ou c'est parce qu'ils ont entendu, mais qu'ils n'ont pas voulu se laisser prévenir.

Dans l'idée qu'il ont entendu mais qu'ils n'ont pas voulu changer, il a aussi l'espoir qu'une autre fois où ils seront prévenus, peut-être feront-ils le choix inverse de changer. Il y a l'espoir que chacun peut changer s'il est prévenu, « pourquoi devriez-vous mourir, Maison d'Israël », et il y a l'invitation à toujours prévenir, interpeller, et recommencer s'ils n'ont pas voulu se laisser prévenir.

Il y a l'idée que personne n'est jamais perdu. Que personne n'est jamais arrivé à ce stade, où – parce qu'il a été trop méchant – on ne pourrait plus rien faire pour lui.

On prend les gens là où en sont. Même s'ils sont très méchants. Et on les interpelle, encore et encore. On n'est pas dans l'échec s'ils ne changent pas. Ça c'est leur responsabilité. On est dans l'échec si on cesse de les prévenir, si on renonce parce qu'on croit qu'ils ne peuvent pas changer.

On prend les gens là où ils en sont, en se disant qu'il peut toujours y avoir un déclic, qu'ils peuvent toujours répondre à un appel. Et on leur dit que ça vaut le coup. Car même s'ils ont été très méchants – et souvent aussi très malheureux, s'ils choisissent maintenant un autre chemin, cela peut effacer leur méchanceté.

Dieu ne les regarde pas en comparaison à des gens plus juste, mais le texte dit : « chacun est jugé selon ses voies ». Dieu les prend là où ils sont, et il regarde d'abord leur capacité, non pas à être aussi juste que les plus juste, mais à commencer à changer de voie : il juge chacun selon là d'où il vient, là où il en est, là où il va.

Ce que veut Dieu, « ce n'est pas que le méchant meurt, c'est qu'il revienne de la vie méchante, et qu'il vive ». Le texte dit qu'ils peuvent encore vivre. Certes, cela commence à une interpellation qui ressemble à un jugement mais il y a une réhabilitation et à vrai dire une nouvelle création de la personne. Même s'ils ont tué pendant toute leur vie, même s'ils ont tué, toute leur vie, toute la vie qui étant en eux, même s'ils se sont tués eux-même, ils peuvent revenir sur cela et vivre.

L'ensemble de cette vision, pourrait se réunir en un seul mot. Alliance.

Alliance que nous sommes invités à reprendre dans nos relations humaines, dans la société, dans les couples, dans les familles, dans nos associations, ne jamais nous laisser tomber les uns les autres, même si l'autre commet les pires horreurs, toujours le prendre là où il ou elle est, pour l'interpeller et la faire avancer plus loin. Une alliance possible parce qu'au départ de tout, il a Dieu qui a passé lui-même alliance avec son humanité.

Dieu qui ne la lâche pas, même quand elle commet les pires horreurs, Dieu qui prend toujours son humanité là où elle est, pour l'interpeller et la faire avancer plus loin.

« Ce que je désire, ce n'est pas que le méchant meure, c'est qu'il revienne de la vie méchante et qu'il vive ».