1. Lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Ma
rie, mère de Jacques,
et Salomé, achetèrent des aromates, afin d'aller embaumer Jésus.

2. Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre,
de grand matin, comme le soleil venait de se lever.

3. Elles disaient entre elles:
Qui nous roulera la pierre loin de l'entrée du sépulcre?

4. Et, levant les yeux, elles aperçurent que la pierre,

qui était très grande, avait été roulée.

5. Elles entrèrent dans le sépulcre,
virent un jeune homme assis à droite vêtu d'une robe blanche,
et elles furent épouvantées.

6. Il leur dit: Ne vous épouvantez pas; vous cherchez Jésus de Nazareth,
qui a été crucifié; il est ressuscité, il n'est point ici; voici le lieu où on l'avait mis.

7. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée:
c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit.

8. Elles sortirent du sépulcre et s'enfuirent.
La peur et le trouble les avaient saisies;
et elles ne dirent rien à personne, à cause de leur effroi.

Il y a de fortes chances que l'Evangile de Marc n'aille pas plus loin
que ce que nous avons lu. Sans doute, dans sa première version, ça s'arrétait là.
Les fins que l'on trouve dans nos bibles, ont sans doute été ajoutées ensuite,
justement parce que cela se termine d'une manière bizarre.
Peut-être aussi parce que cela donne le dernier mot aux femmes.

Enfin, le dernier mot n'est peut-être pas la bonne expression,
puisque justement les femmes ne disent rien.

La semaine dernière avec le groupe biblique de la Maison Verte,
nous avons essayé de comprendre ce texte. En jouant ce texte,
en le lisant, et en discutant, nous avons en particulier essayé
de comprendre ce que ressentais les femmes.
Cette prédication est le résultat de ce travail.

Marie la Magdalène, Marie celle de Jacques et Salomé se retrouvent.

Elles se retrouvent entre femmes, sans les hommes.
D'ailleurs les hommes, les disciples, peu courageux, se cachent.
Elles vont s'occuper d'un proche, qu'elles aiment. Jésus.
Etonnement, il y a de la joie dans leurs retrouvailles.
Les préparatifs ressemblent à celles d'un pique-nique.
Elle s'agitent beaucoup, vont dans un sens, dans un autre.
Cette joie, cette façon de s'affairer, de faire milles petites choses,
est-ce une façon de se consoler ?

De cacher leur tristesse ?

Elles sont entre-elles, et elles échangent la seule phrase
qu'elles prononceront de toute la scène :
qui nous roulera la pierre qui est à l'entrée du tombeau ?
Tout le reste se passera en silence.

Et au bout du compte, le texte nous dit qu'elle ne diront rien
à personne de ce qu'elles ont vu.
Ce silence est lourd, pesant.

Le joie, l'affairement des préparatifs sont vite emportés
par ce silence qui fait remonter la tristesse de la mort de Jésus,
qui laisse la place à l'inquiétude d'évènements difficiles à comprendre.

Elles s'inquiétaient de qui leur roulerait la pierre
de l'entrée du tombeau.
Elles arrivent et voient que la pierre a déjà été roulée.
Cela devrait les soulager de voir ce problème résolu.
Non, ce n'est pas le cas.
Rien de qui va se passer ne va se passer comme elles s'y attendaient.
Chacune des choses qui devait les rassurer,
les rendre joyeuses... va les inquiéter.

Si c'est déjà ouvert, c'est peut-être dangereux ?
Il y a peut-être des soldats ?
Des inconnus qui pourraient leur vouloir du mal ?
Elles y rentrent avec inquiétude.

Marie Madeleine rentre-t-elle avec le même sentiment ?
Qu'est-ce qui a le dessus en elle :
sa peur face à cette arrivée qui ne ressemble pas
à ce à quoi elles s'attendaient ?

Ou son espoir, son coeur de femme aimante,
qui ne peut se résoudre à voir partir l'être aimé,
qui a toujours l'espoir de le retrouver.
Elle attend quelque chose, un miracle.

Si la porte est ouverte, qui est là ?
C'est le boulot de femme de venir le troisième jour.
C'est prévu par la tradition qu'elles viennent mettre des aromates
sur ce corps qui commence à sentir un peu fort. Elles ont le droit d'être là.
Et pourtant, elle rentrent comme des intruses
Comme si elles n'avaient pas le droit d'être là.
Comme des voleuses. Des voleuses de corps ?
Elles rentrent donc avec inquiétude.

Le personnage qu'elles voit devrait les rassurer.
Un jeune homme en blanc, avec des allures d'ange,
de séraphins, il a l'air tranquille.
Il sait pourquoi il est là.
Il savait que quelqu'un viendrait,
et que si la tradition était respectée, ce serait les femmes.
Cette présence belle et tranquille devrait les rassurer, non ?

Mais elles restent loin. Non, elles ne sont pas rassurées.
D'abord, parce qu'elles ne savent pas où regarder.
Où est le corps ?
Où est le tombeau ?
L'ange est-il assis sur le tombeau ?
Et puis l'ange parle.
Un discours qui leur paraît très long, trop compliqué.
Il y a trop d'info,
trop de choses à comprendre en même temps.
Trop d'émotion, leur cerveau est saturé.
De tout le discours, elles ne retiennent que ces phrases.
« Comme il vous l'a dit ». « Il vous attend en Galilée ».

On vient de leur apprendre
que celui qu'elles aimaient était vivant à nouveau.
Qu'il était déjà rentrée à la maison.
Ce message devrait les faire sauter de choix, lancer des Allleluïa.

Mais ce n'est pas le cas.

Elles ne s'attardent pas dans le tombeau.
Arrivées comme des voleuses,
elles s'enfuient comme des voleuses.
Elles qui avaient le droit de venir, elles qui n'ont rien volé.

Et se retouvent dehors, tremblantes et bouleversées.
Elles n'échangent pas un mot sur ce qu'elles ont vu.

Qu'y a-t-il dans leur tête ?

Pourquoi ne vont-elles rien dire,
alors qu'on leur donne la mission d'annoncer cette nouvelle ?

Peut-être dans leur tête y-a-t-il cela :
Rien de ce qu'elles ont vu n'a de sens.
Elles venaient trouver un corps, elles ne l'ont pas trouvé.
Peut-être s'inquiètent-elles que le corps ait été volé.
C'est choquant d'aller voir le corps mortel
de quelqu'un qu'on voulait revoir,
de ne pas le trouver, de s'inquiéter de ce qu'il est devenu.

On leur dit que Jésus est ressuscité,
alors qu'elles arrivaient à peine à réaliser qu'il était mort.
Tout ça est insensé pour elles.
Comment voulez-vous qu'elles porter, annoncer ce message aux autres alors qu'elles n'arrivent pas
à en trouver le sens pour elles-même ?

« Bonjour, nous sommes allés chercher le corps de Jésus,
il n'y était pas, on nous a dit qu'il était en Galilée ».
C'est déjà un message difficile à croire.
Mais en plus, elles savent qu'à cette époque,
le témoignage d'une femme,
lors d'un procès par exemple n'était pas accepté.

Elles sont comme dans un piège.

Imaginez qu'elles le disent à ceux qui croient en Jésus,
qui aiment Jésus.
Ceux-là n'ariveront pas à les croire.

Imaginez qu'elles aillent le dire à ceux qui détestent Jésus,

ceux qui ont voulu sa mort.

Vont-elles prendre le risque de se découvrir
comme amis de Jésus, auprès d'eux ?
Elles risquent pour elles-mêmes.
Et les ennemis de Jésus, que vont-ils dire ?
Soit, ils vont les traiter de menteuses
qui veulent encore faire de la pub pour leur messie.
Soit, ils vont les croire et essayer de trouver Jésus pour le tuer...
et pour de bon cette fois-ci.

Qu'y-a-t-il dans leur tête ?
Ce que leur a dit l'ange a fait naître en elles un espoir.
Arrivent-elles à y croire ?
C'est difficile.
Mais si elles y croient un peu,
elles n'ont pas envie que ce ne soit pas vrai.
Elles ont à la fois peur d'y croire,
et peur d'être déçue si c'est faux.
Elles voudraient y croire, mais cette croyance est si fragile,
qu'elles ont peur d'être contredites dans leur conviction.
Ne pas le dire, c'est une manière de ne pas être contredites,
et de conserver comme un bien précieux mais fragile cette nouvelle.

Ne pas le dire, c'est aussi éviter d'avoir mal.
Elles qui s'occupent des autres, qui soignent les autres qui ont mal,
qui voulaient soigner le corps de Jésus,
elles ne veulent pas que par leur scepticisme, leurs moqueries,
les autres leur fasse mal.

Qu'y a-t-il dans leur tête ?
Dans une des finales qui a été proposée à l'évangile de Marc,
Marie la magdalène va prendre le risque d'aller le dire.
Et, comme prévu, elle ne sera pas crue.
L'aimante qui n'a pas pris peur quand elle a vu le tombeau ouvert,
celle dont le coeur cognait à la nouvelle
que celui qu'elle aimait était encore en vie,
peut-être a-t-elle pris différemment l'annonce que les autres femmes.

C'est une importante mission qu'il y a là à accomplir.
Elle l'a peut-être pris au sérieux.
Elle se dit qu'elle va le faire.

Qu'ont-elles retenue du message ?
Peut-être ces deux phrases.
« Comme il vous l'a dit ». « Il va vous attendre en Galilée ».
Mais à quel moment a-t-il dit cela aux femmes ?
A quel moment dans le début de l'évangile ?
Cela se passe deux chapitres avant, en Marc 14,28.
Jésus annonce à Pierre qu'il va le trahir.
Pierre proteste et dit que ce n'est pas vrai.
C'est tout un débat sur la fidélité et la trahison.
Et perdu au milieu de ce débat,
un peu comme n'ayant rien à voir,
il y a cette phrase :
« Après mon réveil, je vous précèderai en Galilée »

Pierre ne relève pas la phrase.
La phrase semble comme perdue,
tombée dans l'oreille d'un sourd.
En Marc 14,28, il n'est pas fait mention des femmes.
Pourtant, cette phrase leur aurait été dite, à elles.
Etaient-elles là ? Servaient-elles le repas ?
On ne parle pas d'elles dans le texte,
mais peut-être étaient-elles là, discrètement,
mais ne perdant pas une miette des échanges,

(les miettes et les femmes, c'est une vieille histoire...)
et retenant la phrase importante,
que Pierre n'avait lui pas entendu.

La phrase importante.
Qui paraissait insignifiante quand elle a été prononcée.

Mais qui maintenant prend toute son importance.
Un peu comme quand on regarde un film policier.
A la fin, on a le coupable.
Et on repense à tout le film en se disant :
Mince, quels sont les indices que j'ai loupé tout au long du film.

Les renvoyer en Galilée, 

c'est donc les renvoyer dans leur passé.
Les renvoyer dans tout ce qui s'est passé en Galilée.
Les renvoyer dans ces moments où Jésus,
accompagné des femmes, des disciples,
a soigné, accueilli, donné à manger...

Les renvoyer en Galilée
c'est aussi les renvoyer à leur quotidien,
à leur chez eux, à l'endroit où elles sont nées et
moureront sans doute. Un endroit rassurant.
C'est très flou comme lieu de rendez-vous.
« Retrouvez-moi en Ile-de-France ! »
Le 127 rue Marcadet ou devant la mairie de Longjumeau ?
Devant l'Arc de triomphe à la Gare RER Evry Courcouronnes ?
Et puis c'est un long voyage, plus de 120 kilomètres
pour retourner de Jérusalem en Galilée.
Un si long voyage, pour peut-être être déçus à l'arrivée,
ne pas arriver à le trouver.

En tous cas, Jésus ne leur donne pas rendez-vous au ciel,
ou dans un temple.
Mais dans leur vie quotidienne,
là où elles ont vécu et là où elles vivront.
Elles accueillent dans leur vie
une nouvelle difficile à croire, impossible à raconter,
mais il leur fait au moins ce cadeau
de leur donner rendez-vous dans un lieu familier,
qu'elles aiment, au pays.

Il nous faut remercier les femmes.
A force de célebrer, tous les ans,
depuis à peu près 1860 ans la résurrection de Jésus,
nous avons peut-être oublié
combien c'est une nouvelle étrange,
difficile à croire, exceptionnelle.

En ressentant les difficultés des femmes face à cette nouvelle,
peut-être pouvons-nous laisser une place à nos propres difficultés

ou celles de autres face à cette nouvelle.

Face à cette nouvelle, comment sommes-nous ?
Peut-être sommes nous partagés entre
la joie de cette résurrection
et la peur que ce soit une fausse espérance.
Peut-être avons-nous parfois aussi du mal à réaliser,
à vraiment accueillir
combien c'est exceptionnelle cette résurrection.

Nous avons peut-être comme les femmes
du mal à l'expliquer aux autres
à ceux qui ne croient pas Jésus Christ.

Nous avons peut-être peur qu'ils ne nous croient pas,
qu'ils se moquent de nous.
Et que leur scepticisme mette en danger notre foi.

Si les femmes elles-mêmes, eurent du mal à croire,
à accueillir cette nouvelle, nous devons être attentif,s
patients, à l'écoute de ceux qui ont du mal,
qui sont sceptiques devant cette nouvelle.

Mais face aux difficultés,
Jésus nous donne la clé pour avancer,
pour ne pas rester bloqués, coincés,
tremblants et bouleversés,
comme le sont les femmes au sortir du tombeau.
Il va vous attendre en Galilée,
c'est là qu'il vous attend comme il vous l'a dit.

C'est dans nos Galilées qu'il nous attend.
Nos Galilées, c'est quand nous repensons à nos vies d'hier,

à ce que nous avons vécu,

aux moments de résurrection, de guérison,
d'amour et de pardon que nous avons vécu,
Nos Galilées
ce sont les combats et les difficultés que nous avons vécus.
Il était à nos côtés, il nous a soutenu.
Comme les femmes relisent le début de l'évangile
avec comme lunettes l'évènement de la résurrection,
nous sommes invités nous mêmes à relire nos vies avec ces lunettes.

Nos Galilées, ce sont les chemins que nous allons prendre,
pas en nous cachant dans des temples,
ou en nous retirant dans des déserts,
mais dans notre quotidien,
nos combats de tous les jours,
dans nos vies de famille, dans nos vies d'église,
dans notre travail, dans nos combats pour les autres.
Là, cachée au milieu des joies et des peines,
des cadeaux et des combats,
Jésus est au milieu de nous,

ressuscité pour nous offrir sa résurrection dans nos vies,
et dans les vies de nos soeurs et frères en ce monde.

Jésus va vous attendre en Galilée,
c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit.