26. Ne les craignez donc point;
car il n'y a rien de caché qui ne doive être découvert,
ni de secret qui ne doive être connu.

27. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein jour;
et ce qui vous est dit à l'oreille, prêchez-le sur les toits.

28. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme;
craignez plutôt celui qui peut faire périr l'âme et le corps dans la géhenne.

29. Ne vend-on pas deux passereaux pour un sou?
Cependant, il n'en tombe pas un à terre sans la volonté de votre Père.

30. Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés.

31. Ne craignez donc point: vous valez plus que beaucoup de passereaux.

32. C'est pourquoi, quiconque me confessera devant les hommes,
je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux;

33. mais quiconque me reniera devant les hommes,
je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les cieux.

Jésus envoie ses apôtres en mission. Et voilà ce qu'il leur dit.
Il les prévient que ça ne va pas être une partie de plaisir.
Qu'il vont être persécutés, rejetés,
que ça va les fâcher avec leur famille.
Il le dit à ses apôtres.

Et ceux qui lisent le texte écrit par Matthieu,
25 ans après le moment où Jésus a prononcé ces paroles,
ils le comprennent très bien.
Ils subissent les persécutions, le rejet, la mise à l'écart.
Dans ces conditions, le repli est tentant.

Être discret pour ne pas être persécuté.
Ne plus annoncer publiquement
la bonne nouvelle de la résurrection.

Faire du message de Jésus une petite vérité
qu'on se dit discrètement au creux de l'oreille.

Dans ces conditions, croire qu'on s'est trompé est tentant.
Si nos vies sont d'une telle difficulté,
Dieu ne nous aurait-il pas abandonnés ?

Alors Jésus, dans cette interpellation leur dit de ne pas lâcher.
Il ne leur dit pas qu'il faut absolument être persécuté,
rompre avec sa famille, s'en prendre plein la figure.
Ce n'est pas un chemin obligatoire.

Mais il leur dit que ce n'est pas parce que ça leur arrive
que Dieu les abandonne.
Non, Dieu est avec eux, surtout dans ces moments là.
Il leur dit que ce n'est pas parce que ça leur arrive
que Dieu les abandonne.
D'ailleurs, c'est arrivé à son propre fil,
c'est arrivé à Dieu lui-même quand il est devenu homme.

Il leur dit : je suis là.
Ne craignez pas ce qui fait du mal à vos corps.
Moi, je suis là, je prends soin de votre âme.
De votre être. De ce qui est le plus précieux chez vous.

Et nous que craignons-nous ?
Si nous étions en Chine ou en Algérie,
nous pourrions craindre la même chose que ces disciples
des premiers siècles. La répression, l'humiliation, la prison.
Et les chrétiens d'Algérie ou de Chine sont surement
très touchés par ce texte.
Nous ne pouvons qu'espérer qu'ils y trouvent du réconfort.

Qu'ils y trouvent de quoi protéger leur âme,
leur santé psychique et morale.
Nous ne devons pas les oublier.

Mais nous que craignons-nous ?
Ce beau message qu'en faisons-nous ?
Est-ce que nous le disons dans le creux de l'oreille
ou est-ce que nous le crions sur les toits ?

Est-ce que nous le laissons dans l'obscurité
ou le mettons à la lumière ?
Voulons-nous le cacher ou le découvrir ?

Evidemment, la réponse à la question
« que faisons nous de la bonne nouvelle »,
dépend aussi de la réponse à d'autres questions.

Annoncer la bonne nouvelle
est-ce seulement vouloir convaincre
en paroles les autres qu'il faut croire en Jésus-Christ ?

Annoncer la bonne nouvelle, ça peut être aussi
faire partager à nos soeurs et frères l'idée
que la vie est plus forte que toutes les forces de mort,
que donner de la place à l'autre, au différent, à celui qui est rejeté,
est une condition de mon humanité,

Annoncer la bonne nouvelle, ça peut être aussi
faire partager la conviction que c'est par l'amour
qu'on change le monde,
et d'autres convictions encore qu'on peut faire partager
sans forcément demander que les gens adhérent au club des chrétiens.
Annoncer la bonne nouvelle,
est-ce que ça passe uniquement par l'annonce d'une parole,
ou est-ce que ça peut passer par des actes :
aider les plus en difficultés, s'engager concrétement pour la justice,
aider l'autre à se remettre debout ?

Mais qu'on voit l'annonce de la bonne nouvelle
sous la forme de la Marche pour Jésus,
d'une harangue d'une foule sur un cageot dans un marché,

ou qu'on le voit comme la participation au débat des idées,
à la bagarre pour la justice, à l'action concrète pour le prochain,
dans tout ces cas, qu'est-ce que nous craignons ?

Qu'est-ce que nous craignons pour ne pas en faire plus,
pour ne pas oser nous engager plus franchement,
plus radicalement pour les sans-papiers par exemple,

qu'est-ce qui fait qu'on est réticent à dire, oui, je suis chrétien,
oui, je crois que que la vie est plus forte que tout les forces de mort,
que c'est par l'amour qu'on change le monde,

qu'il y a de la place pour chacun dans l'église et dans la société,
quelle que soit sa couleur de peau, son orientation sexuelle,
sa conviction religieuse ?

Nous avons peur peut-être de passer pour des fous.
Pour des naïfs. Pour des rêveurs.
Que nos collègues que nos amis, voir notre famille,
nos camarades de parti, ricanent, se moquent.
Qu'on nous ridiculise.
On n'est pas pas obligé d'en passer par là.
Si Jésus est passé par là,
c'est pour que nous n'ayons plus à passer par là.

Mais devons-nous y accorder beaucoup d'attention ?
est-ce un mal si ça nous arrive ?
Après tout, même Dieu quand il s'est fait homme est passé par là.
Sa famille l'a pris pour un fou,
et voulait même le reprendre à ses disciples pour cette raison.

Les maîtres de la loi se sont moqués de lui.
Ce qui nous arrive, c'est moins grave, non ?

Nous pouvons avoir peur que cette mise en cause soit plus violente.
Verbalement. Qu'on nous insulte et par exemple
qu'on nous mette sur le dos toutes les prétentions,
les exclusions, les violences,
les discriminations qu'ont produit les églises à travers les siécles.
On n'est pas pas obligé d'en passer par là.

Si Jésus est passé par là, c'est pour que nous n'ayons plus à passer par là.
Mais devons-nous y accorder beaucoup d'attention ?
est-ce un mal si ça nous arrive ?
Après tout, même Dieu quand il s'est fait homme est passé par là.

Les soldats romains l'ont ridiculisé en lui mettant
un manteau royal et une couronne, une couronne d'épines.
Les apôtres, les premiers disciples s'en sont pris plein la figure.
Quand on nous rentre dedans, ça n'est jamais aussi dur !

Nous pouvons craindre d'avoir à faire face toujours
aux mêmes incompréhensions.
Que ce soit des chrétiens plus conservateurs ou des athés
qui n'ont pas remis leur fiche à jour depuis le catéchisme de leur enfance.
Et toujours répondre aux mêmes questions :
Non, Dieu n'est pas un vieux barbu méchant
qui punit les gens de son nuage.
Oui, les pasteurs peuvent se marier, et les femmes être pasteure.
C'est réjouissant de voir que pour certains,
5 siècles après sa création,
le protestantisme est toujours une nouveauté.
C'est fatigant de penser qu'au bout de 5 siècles,
certains le découvrent à peine.

On n'est pas pas obligé d'en passer par là.
Si Jésus est passé par là,
c'est pour que nous n'ayons plus à passer par là.

Mais devons-nous y accorder beaucoup d'attention ?
est-ce un mal si ça nous arrive ?
Après tout, même Dieu quand il s'est fait homme est passé par là.

Jésus passe tout l'évangile dans l'incompréhension générale.
Il a du convaincre les pharisiens, les sadducéens et même
ses propres disciples qu'il n'était pas le messie qu'ils croyaient.

Il ne va pas amener de son vivant le Royaume de Justice 

comme dans l'image ancienne du messie juif.
Il amène un Royaume à la fois à vivre tout de suite
et qui ne s'installera définitivement que plus tard.
Déjà là et pas encore là.

Il va mourir et ressusciter, pour mettre à mort les puissances de mort,
vaincues définitivement par la vie.
Et oui, c'est impensable pour ses contemporains :
il va être un messie qui meurt...

Finalement, on peut se demander si notre message
ne passe quand même pas mieux qu'à l'époque !

Nous pouvons avoir peur d'être bouffé par les autres
si nous nous engageons trop dans un évangile en acte,
pour les sans-abris, les familles étrangères, les exclus de l'église...
Peur d'y passer trop de temps,
peur que les émotions que nous allons y ressentir
soient trop dures pour nous.

On n'est pas pas obligé d'en passer par là.
Si Jésus est passé par là,
c'est pour que nous n'ayons plus à passer par là.
Mais devons-nous laisser la peur de cela empêcher nos engagements ?
Si ça nous arrive, pensons-nous qu'il n'y a pas un moyen
de vivre nos engagements, s'en/sans laisser ces difficultés prendre toute la place ?
?

Après tout, même Dieu quand il s'est fait homme est passé par là.
Regardez le nombre de fois où Jésus craint la pression de la foule.
Où il est assailli par des hordes de malades qui doivent être soignés.
Où il est épuisé d'avoir pris en charge trop de personnes.

Il est passé par là,
et il a su demander à ses disciples de lui préparer une barque
pour s'éloigner si la pression de la foule se faisait trop forte.

Il a su se retirer au désert, et refuser de se prendre
pour un super-héros qui pouvait transformer les pierres en pain,
et voler depuis le haut des grattes-ciels.

Il a osé s'endormir au milieu de la tempête
pendant que ces disciples avaient la trouille.

Pourquoi craindrions-nous, dans nos engagements,
de dire nous aussi : là, stop, je fais une pause. Je ne peux plus.

Ce que nous craignons dans l'annonce de la bonne nouvelle,
est-ce vraiment si grave ?

En général, ça ne va pas jusqu'à tuer notre corps.
Ce n'est jamais la fin du monde,
tout au plus un tremblement de terre,
mais souvent d'une toute petite magnitude. Jésus, les apôtres, les disciples sont passés par là.

Ils n'en sont pas tous morts !

Et vous, si vous réfléchissez, dans vos vies,
vous êtes déjà passé par là,
ou des proches sont passés par là.
Ils n'en sont pas morts !
N'en sont-ils pas sortis plus forts ?
N'en sortent-ils pas avec l'impression d'avoir eu raison
de donner la première place à leur âme,
à ce à quoi ils tenaient,
aux idées hallucinantes qui se disent par exemple
dans les évangiles, d'avoir eu raison de rester
dans l'amour plutôt que dans la vengeance ?

Dieu voit chacun de nos cheveux,
il est là avec nous à chaque fois qu'on nous fait mal,
et nous soutient à chaque fois que nous défendons notre âme.