20. Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse ce
lle des scribes et des pharisiens,
vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.

21. Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point;
celui qui tuera mérite d'être puni par les juges.

22. Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère
mérite d'être puni par les juges; que celui qui dira à son frère :
Raca! mérite d'être puni par le sanhédrin; et que celui qui lui dira: Insensé!
mérite d'être puni par le feu de la géhenne.

23. Si donc tu présentes ton offrande à l'autel,
et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi,

24. laisse là ton offrande devant l'autel,
et va d'abord te réconcilier avec ton frère;
puis, viens présenter ton offrande.

25. Accorde-toi promptement avec ton adversaire,
pendant que tu es en chemin avec lui, de peur qu'il ne te livre au juge,
que le juge ne te livre à l'officier de justice, et que tu ne sois mis en prison.

26. Je te le dis en vérité, tu ne sortiras pas de là que tu n'aies payé le dernier quadrant.


Bienvenus aux 24 heures du refus du pêché.
Trois équipes vont concourir.
Chacune essaiera d'être plus forte que la voisine.
Elles ont déployé des efforts de technologie
pour avoir le plus gros moteurs
afin d'arriver la première sur la ligne d'arrivée de la sainteté.
mais aussi les meilleurs pneus anti-dérapants,
les meilleurs freins pour ne pas aller dans le décor avant.

Première équipe, l'équipe « Maître de la loi »,

ou aussi appelés les sadducéens.

Côté freins et pneux anti-dérapants, on est servis.
Il faut respecter toutes les lois du Deutéronome,
l'important, c'est le texte
et appliquer à la lettre tout ce qui y est écrit.

Aucun arrangement n'est possible.
Au centre, il y a le texte, et pour lire le texte, il y a les prêtres,
et pour le lire, il y a un lieu, le temple.
Il faut bien faire ses offrandes,
il faut respecter le temple et en faire le centre de sa vie spirituelle.
Il y a écrit : tu ne tueras pas. Si tu tues, tu iras au tribunal.
Point, c'est simple et précis.
Ne vous faites d'illusion :
vous simples croyants, vous n'y arriverez jamais.
Ce ne sont que les prêtres qui peuvent être purs,
s'approcher du centre du temple et être vraiment saints.
Vous, faites ce que vous pouvez et surtout,
payez au temple pour expier vos péchés.

C'est simple et c'est carré.

Comment voulez-vous faire véhicule plus efficace
dans la course du refus du pêché ?
La deuxième équipe, les pharisiens ont regardé ça de près.
Et ils ont relevé le défi.
La sainteté, ce n'est qu'au temple ?
Ce ne sont que les prêtres ?
Les pharisiens mettent la gomme.
Nous pouvons chacun être un temple,
chacun être des prêtres.

Chacun peut accéder à la sainteté.

C'est un mouvement de démocratisation.

Chacun doit faire l'effort de suffisament se tenir bien
pour être aussi fort que les prêtres.
Chacun doit l'appliquer dans la vie quotidienne.

Ah, évidement, comme c'est plus difficile pour un hébreu moyen
que pour un athlète de la foi comme un prêtre,
il faut prendre des précautions.
Pour éviter de violer les commandements écrits, ceux de la bible,

dressons autour une « haie », « une barrière » autour de la loi écrite,
qui pourraient être fait de commandements oraux.
Si on évite de violer les commandements oraux,
on sera sûr de ne pas violer les commandements écrits
qu'ils protègent.

Pour ne pas être amené à tuer,
évitons de nous fâcher avec quelqu'un,
pour éviter de le traiter fou,
évitons d'avoir commencé par le traiter d'imbécile.

Un homme ne doit pas être condamné à plus de 40 coups de bâtons
car au delà de quarante, il en perdrait son honneur ?
Pour être sûr de ne pas dépasser les 40, rajoutent les pharisiens,
disons alors que le maximum est de 39...

Comment peut-on faire plus fort que les pharisiens ou les saduccéens ?
Avoir des interdits,
et créer des interdits pour éviter de violer les interdits, c'est déjà très fort.
On pourrait créer des interdits qui empêchent de violer les interdits,
qui empêchent de violer les interdits.

Pour éviter de tuer quelqu'un en voiture, ne pas rouler trop vite,
pour ne pas rouler trop vite, ralentir, tellement ralentir,
qu'on laisse sa voir au garage... et qu'on prend le bus.
Ça tient la route - si je puis dire.

Dans un certain islam, ça marche comme ça.
Les amoureux n'ont pas le droit aux relations sexuelles
avant le mariage ?
Pour préserver cette règle,
disons qu'ils doivent éviter des désirs trop puissants qui
– quand ils sont seuls - pourraient les pousser
à des relations sexuelles avant le mariage.

Pour éviter qu'ils ne succombent à ces désirs,
disons qu'il leur est interdit de se retrouver seuls.
Pour éviter qu'ils ne se retrouvent seuls,
disons qu'une fille doit toujours être accompagnée
d'une troisième personne quand elle rencontre un garçon.

Soulignons au passage que les inventeurs de cette règle

– règle réelle dans l'Islam conservateur – 

ont oublié qu'il pouvait se passer aussi des choses à trois...

Et la dernière équipe alors ?
Comment voulez-vous faire plus fort que ça ?
Comment voulez-vous que l'équipe Jésus arrive première

aux 24 heures du refus du pêché,

première sur la ligne d'arrivée de la sainteté ?

J'aimerais vous dire que Jésus envoie balader tout ça.
J'aimerais vous dire que Jésus dit :
l'important c'est l'amour, c'est la responsabilité de chacun,
de faire ce qui est le plus vivant.
J'aimerais vous dire ça.

Et on pourrait aller chercher des interrogations de Jésus comme :
est-ce le sabbat qui est fait pour l'homme ou l'homme pour le sabbat ? .

Qu'il dit que l'important, c'est de faire le bien,
même si on viole le sabbat.

Mais là dans le texte qu'on a lu, ça n'est pas ça.
Jésus ne dit pas ça.
Là, ce n'est pas Jésus le grand libéral qui refuserait la course
pour choisir la trottinette de l'amour contre la formule 1 de la loi.

Non, ça n'est pas ça.

Dans le texte qu'on a là, Jésus essaie de faire plus fort
que les pharisiens et les sadduccéens.
Les sadduccéens interdisaient des actes en conformité avec la loi écrite.
Les pharisiens créaient une loi orale qui interdisait des actes
qui évitaient de violer les actes de la loi écrite.

Jésus dresse une troisième barrière encore avant.
Il interdit non seulement les actes, mais les sentiments.
Il n'interdit pas seulement de tuer, d'insulter,
mais aussi de se mettre en colère.
Dans la suite de l'évangile,
il n'interdit pas seulement l'acte d'adultère,
mais aussi l'adultère du coeur :
regarder une femme de façon à la désirer.

Ça vous semble vivable ?
On est tenté de marcher violemment sur le pieds de son voisin

dans le métro quand il nous bouscule, 

on fait tout pour ne pas le faire,
mais voilà que Jésus nous dit que ça ne sert à rien,
puisque comme on y a pensé c'est comme si on l'avait fait.
On résiste déjà difficilement aux jolies filles
qui vous draguent ouvertement,
mais voilà qu'il nous est dit que ça ne sert à rien,
puisque le seul fait d'avoir regardé un décolleté,
c'est comme si on avait trompé sa femme.

On abouti donc à ce que dit Paul :
plus il y a de lois, plus il y a de pêché.

Et dans les les églises pendant des siècles,
qu'est-ce que ça a donné ?
Et ça nous a produit une humanité névrosée,
qui ne savait plus quoi faire de ses sentiments.

Une humanité qui s'est mis à donner plein de sous
et de prières à l'église catholique pour essayer de racheter
quand même son paradis malgré ses tonnes de pêchés.

Et quand il n'y avait plus d'église pour acheter les péchés,
les gens se sont mis à donner tout leur temps, leur désir, l
leur énergie, pour le travail, la réussite, le conformisme,

bref le salut nouvelle manière...
Une manière de se racheter comme une autre.
Ça a donné quoi d'autres encore cette hantise
des mauvais sentiments et des conflits ?

Des églises qui ont évité les conflits,
évité de mettre en avant les désaccords.

Ou pire que ça : des gens qui vous font d'atroces crasses
en étant persuadées que c'est pour votre bien

– et c'est en général pour leur plaisir -, 

on appelle cela des pervers.

Et qui en général vous disent ça avec un beau visage de gentillesse.

Jésus nous demande-t-il cela ?
Vous êtes libres de le penser.
Vous pouvez vous torturer de culpabilité.

Vous pouvez essayer de devenir des athlètes de la foi,
qui grâce à la prière, à la méditation, à la manière des bouddhistes
et des hindouistes, devenez tellement détachés de tout,
que vous ne vous énervez jamais, n'avez plus de désir, plus d'envies.

Vous pouvez devenir un pasteur, un prêtre,
un évêque onctueux qui expulse de sa communauté
en tout bonne conscience et charité chrétienne,
celui qui le contredit, qui fait tache, qui n'est pas dans la morale.

On peut aussi se demander, si Jésus ne fait pas autre chose,
quelque chose qu'il fait souvent.

Pousser jusqu'au bout un raisonnement, être plus « réglo »
que ceux avec qui il est en polémique, pousser ce raisonnement
jusqu'à ce qu'il devienne intenable et le faire se retourner en son contraire.

On commence dans le texte par dire qu'il faut s'interdire

les sentiments – la colère – qui mène à l'acte interdit – de tuer.

Et là, on est dans la course en avant.

On a interdit les sentiments, pour éviter les actes interdits de la loi orale,
afin d'éviter les actes interdits de la loi écrite.

Mais on est passé aussi à autre chose. On est passé aux sentiments.
Et il se passe autre chose.
Que voit-on dans les deux exemples ?
Un homme laisse son offrande et va se réconcilier avec son frère.
Il s'est donc fâché ?
Un autre qui se met d'accord son adversaire.

Il n'étaient donc pas d'accord ?

On l'a vu, dès qu'on passe aux sentiments, dès qu'on durcit la loi,
quand on pousse le raisonnement jusqu'au bout,
le péché abonde au lieu de s'amenuiser.
Il est impossible d'être juste avec l'exigence que pose Jésus.
On a toujours envie d'insulter celui qui nous empêche

de descendre de la rame de métro.

Oui, on se fâche et on se fâchera avec son frère.
On sera en désaccord avec son adversaire.
Normal, c'est l'adversaire.

Et bien c'est comme ça.
Oui, nous sommes pécheurs.
Notre faute, ce n'est pas de notre faute, après tout :
c'est le serpent qui nous a embrouillé,
et Dieu qui nous a punis en nous rendant imparfaits.

Notre faute, ce n'est pas de notre faute, après tout :
c'est Jésus qui en mettant l'interdit au niveau des sentiments
nous le fait transgresser en permanence.

Il ne nous reste plus que trois choses à faire.

Première chose :

Accepter les conflits,
les désaccords et nos sentiments de méchanceté,
d'égoïsme, de désir.
C'est nous. C'est notre humanité.
Au moins, ça a un avantage concret : on les ressent, on y fait attention, à ces satanés sentiments,
et au moins ça nous signalera que si on ne freine pas,
on risque là de passer à l'acte.
Ça à l'avantage de nous rendre attentif aux signaux avant-coureurs,
comme les stop arrière d'une voiture.

Deuxième chose :

Et si on ne freine pas avant l'insulte, l'acte malheureux,
et bien on répare.
Remarquez qu'au passage,
on est passé du soucis de nous-mêmes au soucis de l'autre.
La question est moins : est-ce que je suis pur, saint, juste etc.
Mais : que ressens mon frère, mon adversaire.
Et ça, c'est un progrès.

On se soucie de l'autre - ce que je viens dire, comme de soi-même -
ce que j'ai dit juste avant.

Troisième chose :

Accepter les conflits,
les désaccords et nos sentiments de méchanceté, d'égoïsme, de désir.
Les accepter c'est se rappeler que notre faute, ce n'est pas de notre faute.
Mais qu'être pardonné de cette faute, ce n'est pas de notre ressort non plus :
c'est notre frère qui accepte ou non notre demande de pardon,
notre tentative de réconciliation.

A nous de proposer, à lui de la réaliser.
Et plus fondamentalement :
nous sommes en permanence pécheur,
parce que nous sommes humains.
C'est Dieu qui nous fait juste et aucun de nos efforts.
A nous de proposer – dans la prière - à lui de la réaliser.
Il nous lave de notre péché en permanence.
C'est à lui de se débrouiller avec ça.

La foi, c'est de réussir à le ressentir, à le vivre, à l'accepter.
La foi, c'est la légèreté qui nous permet de ne pas ajouter l
e mauvais sentiment de la culpabilité aux mauvais sentiments
qui nous plongent déjà en permanence dans le péché.

J'ai dit.