17. Et si vous invoquez comme Père
celui qui juge selon l'oeuvre de chacun,
sans acception de personnes,
conduisez-vous avec crainte
pendant le temps de votre pèlerinage,

18. sachant que ce n'est pas par des choses périssables,
par de l'argent ou de l'or, que vous avez été rachetés
de la vaine manière de vivre que vous avez héritée de vos pères,

19. mais par le sang précieux de Christ,
comme d'un agneau sans défaut et sans tache,

20. prédestiné avant la fondation du monde,
et manifesté à la fin des temps, à cause de vous,

21. qui par lui croyez en Dieu,
lequel l'a ressuscité des morts et lui a donné la gloire,
en sorte que votre foi et votre espérance reposent sur Dieu.

Il est question dans ce texte de Pierre
de la façon de se comporter sur cette terre,
et de savoir ce qui plait à Dieu,
et de savoir ce qui nous sauve, nous rachète.

Comme protestants, nous pouvons être troublés par le début.
Il nous est indiqué que le Père juge chacun selon ses oeuvres.

Remarquons plusieurs choses.

La phrase exacte est qu'il juge impartialement
chacun selon ses oeuvres.
Le « selon ses oeuvres » s'oppose au impartialement.
Certaines traduction traduisent ce impartialement
en soulignant que cela veut dire
qu'il ne fait pas de distinction de personnes.
Dieu ne juge les gens en fonction de savoir
s'ils sont riches ou pauvres,
blancs ou noirs, mariés ou célibataires,
homos ou hétéros.
Il les juge selon ce qu'ils font.

L'important n'est donc pas d'être puissant ou faible,
riche ou pauvre sur cette terre.
Le rang que l'on a ou que l'on obtient sur cette terre
n'est pour rien dans le jugement qu'a sur nous le seigneur.
Cet aspect est encore accentué par la précision
sur l'argent ou l'or.
Ce n'est pas par l'argent ou l'or qu'on est racheté.
L'argent ou l'or sont mis sous l'étiquette :
choses périssables.
C'est assez offensif pour l'époque.

Il y a encore de l'esclavage à l'époque,
il y a des esclaves dans la communauté chrétienne.

Ils savent que dans ce monde,
c'est bien avec de l'argent ou de l'or qu'ils sont achetés.
Pierre leur dit que cela n'est que périssable,
et que ce n'est pas cela qui compte.
Que cet esclavage n'est qu'un passage,
n'est qu'un moment qui va périr.

Pas plus que ce ne sont l'or ou l'argent,
pas plus que ce n'est le rang dans la société
– riche ou pauvre - qui permettent d'être rachetés,
ce n'est pas non plus l'origine ou la famille.
La conduite des pères, l'héritage de cette conduite
ne permettent pas de penser qu'ils sont rachetés.
Dans la communauté à laquelle est écrite cette lettre,
il y a sans doute des juifs.
Ils pouvaient sans doute penser que faisant parti du peuple
avec lequel Dieu avait passé la première alliance,
ils étaient automatiquement sauvés.

Il y a sans doute aussi des païens dans la communauté.
C'est aussi de l'idolâtrie païenne qu'il s'agit d'être racheté.
Il leur est dit que non, non seulement ce n'est pas leur origine
qui permet de les sauver,
mais c'est de cette origine qu'ils doivent être sauvés.

Cette communauté à laquelle est adressée cette lettre
est donc invitées à ne faire confiance à un aucune réalité
de cette terre pour assurer son rachat par Dieu,
pour obtenir de Dieu qu'il lui donne la justice.

Elle est invitée à ne donner aucune importance,
en tous cas en terme de salut, de justice,
aux éléments d'identité.

A l'époque du texte, par quoi se définissait l'identité ?

Le rang social, en premier lieu le fait d'être libre ou esclave.

Le statut politique, par exemple être citoyen romain
– et avoir certains droits dans tous l'empire –
ou pas citoyen romains, dépendant des droits locaux.

Par quoi se définissait l'identité ?
Par le peuple auquel on participait, la division importante
pour les lecteurs de notre texte étant la division juif ou païen.
Et bien sûr, le statut homme-femme.

On pourrait sans doute reprendre la plupart
de ces éléments pour nous aujourd'hui.
A la citoyenneté romaine,
on substituerait français ou non,
avec ou sans-papiers.
A la différence de sexe,
on ajouterait la question de l'orientation sexuelle,
homo ou hétéro.

On comprend donc pourquoi

ils passent leur séjour sur terre avec crainte.

D'abord parce que tout ces éléments d'identité,
ce sont des éléments de repère,
de façon d'avoir une image de soi,
une image des autres.
Et donc, les perdre, c'est un peu comme perdre
ce qui leur sert comme carte et comme boussole
pour s'orienter tous les jours.

Et bien tout cela, c'est entièrement relativisés,
ce n'est plus important.
Le terme employé pour passage sur la terre
c'est passage sur une terre étrangère.
Et c'est une expression très courante chez Pierre.

Tout ces ordres du monde deviennent des ordres étrangers.
Ce n'est pas ça qui fait notre patrie, notre identité.
Il y a de quoi avoir quelques craintes à se retrouver
comme ça en terre étrangère. Sans carte, ni boussole.

Il y a ensuite de quoi avoir quelques craintes,
parce que c'est à se demander ce que sont les oeuvres
dont parle le texte au début,
oeuvres par lesquelles Dieu va nous juger. Car la plupart de nos oeuvres,
on ne peut les faire que par le biais d'éléments de notre identité.
Pour le juif de l'époque, les oeuvres,
ce sont les offrandes qu'il fait au temple,
les prières qu'il fait régulièrement.
Pour la femme à qui l'on dit en permanence
qu'être une femme c'est faire et élever des enfants,
son oeuvre ce sont ses enfants.
Pour le juge romain, son oeuvre
c'est de rendre la justice dans son tribunal romain.

Mais si toutes ces identités disparaissent, comment le juif,
la femme ou le juge romain peut-ils produire des oeuvres ?

Le texte dit que nous ne sommes pas rachetés par tout ça,
mais par le sang précieux comme d'un agneau
sans défaut et sans tâche, celui du Christ,
prédestiné avant la fondation du monde
et manifesté à la fin des temps à cause de nous.

Nous avons insisté sur le fait que
Dieu nous jugeait selon nos oeuvres.

Et nous nous sommes concentrés
sur la question des oeuvres.

Mais cette deuxième partie nous invite
à insister d'abord sur le fait que c'est Dieu qui juge.

Que le salut, le fait d'être juste, c'est d'abord
quelque chose qui ne vient pas de nos identités,
ou de nos actes, mais radicalement de l'extérieur.

Si nos oeuvres suffisaient à assurer le salut,
il suffirait d'un notaire, ou d'une liste à cocher
pour savoir si on a tout bien fait. Si Dieu intervient,
c'est bien qu'en dernier ressort,
il fait ce qu'il veut de nos oeuvres.

Il y a un jugement de Dieu, mais il est souverain,
il fait ce qu'il veut de ce que nous sommes,
de ce que nous faisons dans les fonctions sociales du monde.

C'est un salut, une purification qui est donnée
par le sang précieux comme d'un agneau
sans défaut et sans tâche, celui du Christ.

ça nous est entièrement donné.

La seule chose à faire, c'est y croire.
« Par lui – dit le texte – vous croyez en Dieu
qui l'a ressuscité des morts et lui a donné gloire,
de telle sorte que votre foi et votre espérance
reposent sur Dieu ».

Ce que nous espérons pour demain,
pour demain dans ce monde,
pour demain dans l'autre monde,
ça ne repose pas sur le fait de savoir
si on a bien travaillé ou non,
si on est dans la bonne identité ou non, mais sur Dieu.

Notre espérance, repose uniquement sur Dieu
Uniquement sur le fait, que nous avons confiance
dans le regard qu'il portera sur nos vies.

Est-ce plus facile à croire ?
Serions-nous moins dans la crainte ?
En théorie oui : ça ne dépend plus de nous,
ça nous est donné.
Ne nous soucions plus de savoir si nous avons bien travaillé
ou non, ça dépend de Dieu.
Mais comme Dieu ne nous envoie pas tous les jours un mail,
un SMS ou une carte postale pour nous confirmer cela,
ça peut nous inquiéter.

Au moins avec les oeuvres, on pouvait se rassurer.
On pouvait se dire : j'ai fait 25 bonnes actions cette semaine,
ma prière tous les jours, c'est bon, j'ai mon nombre de points.

On pouvait se dire : la famille chrétienne
– quel mot étrange vu ce à quoi ressemble la famille de Jésus –
c'est la mienne, c'est bon, j'ai le bon mode de vie, la bonne identité.

Ça c'est facile, c'est repérable.
Là, quand c'est donné, comment se rassurer ?

Pierre dans la partie que nous avons lu inquiète ses auditeurs.
Mais plus loin, il les rassure. Il leur parle en ces termes en 2,9 :

Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal,
une nation sainte, un peuple acquis,
afin que vous annonciez les vertus de celui
qui vous a appelé des ténèbres à son admirable lumière,
vous qui autrefois n'étiez pas un peuple
et qui maintenant êtes le peuple de Dieu,
vous qui n'aviez pas obtenu miséricorde,
et qui maintenant avez obtenu miséricorde.

Ce à quoi nous appelle Dieu,
c'est à un énorme travail de décomposition
et de recomposition permanent.

Le mouvement de ce texte,
c'est d'abord la décomposition.
Relativiser, ne pas donner d'importance à ce qui fait
dans notre monde l'identité sociale d'un peuple. On voudrait nous dire que le peuple français,
il est comme-ci et comme-ça.
Qu'être chrétien, c'est penser ceci ou cela.

Vivre selon telle morale, ou telle autre. Mais tout ça,
ce ne sont que de vaines manières de vivre,
des choses périssables.
Des réalités d'une époque et d'un lieu.

Nous sommes invités
à décomposer cette façon de faire peuple.

Et invités à recomposer.

A composer une race élue, un sacerdoce royal,
une nation sainte, un peuple acquis.
Et la base, de cette recomposition,
elle est fragile et forte en même temps.

C'est celle de vivre ces passages
des ténèbres à la lumières.

D'avoir vécu, de savoir que l'on va vivre,
ces passages : de nos inquiétudes, à nos nouvelles vies.

De se souvenir qu'hier,
il y a eu des moments où on allait mal.
Et que nous avons ressuscité, avec le christ.
Qu'aujourd'hui, peut-être nous allons mal,
mais que demain,
nous ressusciterons avec le Christ.

Qu'hier, on nous insultait.
Comme la communauté
à laquelle est écrite la lettre de Pierre :
rejetés par les juifs comme par les païens,
mis au banc de la société romaine
parce qu'ils refusent de participer aux jeux du cirque,
aux fêtes romaines, persécutés.
Comme nous qui refusons peut-être
les nouveaux jeux du cirque que sont la télévision,
les matchs du PSG ou que sais-je encore.

Persécutés, comme les personnes étrangères,
victimes du racisme.

Les personnes gays et lesbiennes
victimes de l'homophobie.
Hier, n'obtenant pas miséricorde.
Aujourd'hui, trouvant miséricorde,
dans des communautés comme ici,
dans une société un peu plus tolérante.
Et surtout, toujours au yeux de Dieu,
qui aime d'un amour sans condition.

Hier nous n'étions pas un peuple
et maintenant nous sommes le peuple de Dieu.
Fonctionnant avec d'autres règles.

Des règles du refus des identités fermées et fixes,

des règles de la relativisation absolue des ordres

et des choses périssables du monde.

Prenant le risque d'être à part dans ce monde.
Et donc produisant d'autres oeuvres.
Celle du coeur, de l'amour.
Celle qui ne peuvent naître que
si l'on est capable de ne pas les produire pour soi,
mais pour les autres.
Celle qui ne peuvent être produites que
si elles sont détachées de savoir
si nous sommes justes ou non
aux yeux de Dieu.

Qui ne peuvent être produites
que si nous faisons tout reposer,
si nous ne donnons d'importance
qu'à l'Espérance et la foi en Dieu,
en l'amour de Dieu, et en lui seul.

Mais ni en nos oeuvres, ni en nos forces,
ni en nos identités.