« Redevenir acteur de son devenir »
Par Editeur le mardi 1 avril 2008, 22:41 - Visages de La Maison Verte... - Lien permanent
De l'accueil social à l'accompagnement des personnes dans leur projet : Hélène présente son travail à La Maison Verte.
Je m’appelle Hélène et je remplace Ibrahim depuis début Janvier à
l’accompagnement social où j’étais bénévole depuis septembre 2006. Après un
diplôme d’école de commerce et 14 ans d'expérience en entreprise (gestion de
projets, formation, maîtrise d’ouvrage…), j’ai choisi de me reconvertir pour
exercer un métier plus conforme à mes engagements extraprofessionnels et à mes
aspirations personnelles. J’ai terminé en septembre dernier un Master 2 à la
Sorbonne nouvelle : Formateur d'Adultes, accompagnateur de projets
collectifs et individuels par la recherche-action (projet professionnel et
personnel, VAE...). Pendant mes deux ans passés à Paris III j’ai travaillé sur
un projet collectif concernant l’insertion professionnelle et sociale dans le
18ème arrondissement en lien avec les acteurs déjà en place, ce qui m’a amené à
la Maison Verte.
J’ai commencé à réorganiser l’accompagnement social afin de sortir de
« l’accueil/ orientation » et de créer les conditions nécessaires à
un véritable accompagnement individuel. Au-delà du rangement et de la
décoration, il s’agit de permettre aux personnes qui le souhaitent de sortir de
l’assistanat et de redevenir acteurs de leur devenir : en un mot de
reprendre leur autonomie.
Les personnes qui se présentent à la Maison Verte viennent d’abord le plus
souvent pour stabiliser leur situation financière et de logement – pour
beaucoup il s’agit du Revenu Minimum d’Insertion et d’un hébergement à l’hôtel
ou en foyer. Une fois cette étape franchie je propose aux personnes que je
reçois de travailler à partir de leur parcours. Il s’agit de dégager un (ou
deux ou trois projets au maximum) et d’aider la personne à choisir et à mettre
en œuvre son projet. « L’important c’est de lire la
« bioscopie » pour y repérer, discerner, corréler propensions,
virtualités, potentiels, compétences, voire cumuls ou accumulations propices à
la « passion » pour un projet : le projet dont cette
« bioscopie » est prégnante, c’est-à-dire motrice et matrice… et qui
serait simultanément projet d’étude et de recherche, projet d’action, projet
d’emploi, projet, comme on dit, « de carrière » et même projet de
vie. Généralement la destinée ainsi analysée est assez unique pour que, à
l’intersection des limites objectives et des aspirations subjectives, se
configure prestement un projet unifié et unificateur (1)».
J’accompagne les personnes qui rentrent dans cette démarche au sens du
compagnonnage. Je chemine avec elles, je ne fais pas à leur place, je
n’anticipe pas mais je m’adapte en permanence proposant outils et recherches
mais n’imposant jamais, bref nous sommes dans la co-construction.
Parallèlement à mes activités à la Maison Verte, je prépare un Doctorat en
Sciences de l’éducation à l’Université Catholique de l’Ouest en cotutelle avec
l’université de Nantes. J’envisage d’effectuer une recherche sur
l’accompagnement ayant constaté que la majeure partie des livres édités en
France sur le sujet sont le fait d’universitaires et beaucoup plus rarement de
praticiens-chercheurs. L’accompagnement est un mot valise utilisé à tort et à
travers à la fois par les formateurs, les travailleurs sociaux les institutions
chargées de l’insertion professionnelle, les soignants… mais au fond presque
personne ne donne à voir ce qui ce passe dans l’accompagnement. Ce projet de
thèse me permet de rester en mouvement ce qui est indispensable pour remettre
les autres en mouvement, et ne pas leur imposer de recette toute faite. Cette
démarche me permet également de confronter ma pratique à la Maison Verte avec
des doctorants qui travaillent dans des domaines différents et complémentaires
du mien : enseignants, éducateurs spécialisés… Les apports théoriques des
séminaires mensuels de doctorat nourrissent ma pratique et réciproquement.
»
(1) DESROCHE H., 1984, Théorie et pratique de l’autobiographie raisonnée, Document OCI n°1, Québec, Université d’Ottawa, p.125