4. Le Seigneur, l'Éternel, m'a donné une langue exercée, 

Pour que je sache soutenir par la parole celui qui est abattu ;
Il éveille, chaque matin, il éveille mon oreille,
Pour que j'écoute comme écoutent des disciples.

5. Le Seigneur, l'Éternel, m'a ouvert l'oreille,
Et je n'ai point résisté,
Je ne me suis point retiré en arrière.

6. J'ai livré mon dos à ceux qui me frappaient,
Et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe ;
Je n'ai pas dérobé mon visage
Aux ignominies et aux crachats.

7. Mais le Seigneur, l'Éternel, m'a secouru ;
C'est pourquoi je n'ai point été déshonoré,
C'est pourquoi j'ai rendu mon visage semblable à un caillou,
Sachant que je ne serais point confondu.

Ce texte est très court, mais il est très troublant.
Car il est difficile à comprendre
comment les deux parties qui le composent s'articulent.

La première partie nous parle de comment

les disciples parlent et écoutent pour soutenir le faible.

La deuxième nous parlent des violences qu'endurent les disciples,
qu'ils ne doivent pas se soustraire aux violences
qu'ils risquent de subir, que Dieu va leur venir en aide.

Et ce ne sont pas deux passages sans rapport
qui ont été collés comme cela,
sans rapport comme cela se passe parfois dans la bible.
Il y a une phrase au milieu
qui articule fortement les deux idées :
« Le Seigneur Dieu m'ouvre les oreilles,
et je ne lui résiste pas, je ne recule pas ».

Mais comment passe-t-on de l'un à l'autre ?

Est-ce que le faible que l'on aide
qui peut devenir méchant e
t qu'il ne faut pour autant renoncer à l'aider ?
Est-ce que le faible qu'on écoute
dit des choses méchantes à notre égard ?

Ce pourrait être cela.
Il y a des personnes qu'on aide dans le travail social,
dans nos vies familiales
et qui à un moment se retournent contre nous,
deviennent violentes à notre égard
– violentes verbalement ou physiquement -
sans parfois qu'on sache pourquoi.
Parfois l'aide est ressentie comme une violence
par la personne aidée.

Parfois, il nous reproche de ne rien faire de concrets pour eux,
de ne pas réussir à les sortir des difficultés.
Leur propre difficulté à se sortir de leur situation
est retournée contre nous.

Est-ce que le disciple se met dans la peau du faible
qu'on aide et donc dans l'écoute et le soutien
il ressent ce que le faible a lui-même subit ?
Est-ce que ce qu'entend le disciple
quand il tend l'oreille serait trop dur ?
Ce serait tellement dur, qu'écouter cela ce serait
comme se faire battre ou se faire arracher la face ?

Cela pourrait être cela.
Quand on accompagne des personnes en difficulté,
qu'on écoute leur histoire,
on se sent parfois soi-même violenté par ce qu'on entend,
ce qu'a subit la personne.

Ce sont des choses trop dures à entendre,
on se sent trop impuissant,
incapable de faire quelque chose
pour la personne dans la difficulté,
et on ressent tout cela violemment.

Est-ce que ce passage signifierait
que se mettre dans l'état d'esprit du début,
mettre en avant l'écoute du plus faible,
la parole qui vient du plus faible, la faire éduquée,
éveillée par le seigneur,
se mettre dans cet état d'esprit permet ensuite
de subir les coups ?
Cela pourrait être cela.

Parfois, la présence, l'écoute des situations difficiles
nous fait relativiser les coups,
les autres difficultés qu'on peut endurer.

La richesse d'un échange de vraie écoute,
de vrai soutien, parfois nous épuise.
Mais parfois elle nous donne une vraie énergie,
et nous permet de tout affronter.

Est-ce que ce passage pourrait signifier
qu'être à côté des plus faibles, les écouter les soutenir,
peut nous faire prendre des risques,
et qu'on doit accepter de prendre des risques
pour les plus faibles ?
Cela pourrait être cela.

Esaïe est un prophète.
Il interpelle les puissants
pour dénoncer les injustices qu'ils commettent.

Pour dénoncer les violences que subissent les pauvres,
les petits. Il dénonce leur obsession du pouvoir,
de la puissance armée,
de la volonté de faire la guerre à leurs voisins
plutôt que de s'occuper des injustices dans leur pays.
En faisant cela, il prend des risques.
Ce sont les mêmes risques
qu'ont pris les Martin Luther King, les Gandhi,
les gens courageux d'aujourd'hui,
d'Afrique en Amérique du Sud, du Kosovo en Birmanie.

Les bonzes birmans
qui ont défié la dictature politique birmane
ont suivi le chemin que décrit le texte.

Etre à l'écoute de leur peuple qui souffrait de la pauvreté
et de la malnutrition parce que les prix explosaient.
D'abord les écouter et leur apporter des paroles de réconfort.
Puis, oser se mettre à défiler dans les rues,
sans craindre les coups de policiers
et l'enfermement dans les prisons de Birmanie.

Toutes ces possibilités peuvent être comprises dans le texte.

Si on lit les passages avant et après ce texte, 

on n'a pas d'indice pour essayer de démêler les solutions.

Alors, je ne chercherai pas à trancher
entre toutes ces possibilités.
Je ferai quelque remarques sur
l'Etat d'esprit général du texte.

1 – le Dieu de l'Ancien Testament n'est pas toujours
celui qu'on croit.
On oppose souvent le Dieu de l'Ancien testament
et celui du nouveau.
Celui de l'Ancien serait prompt à punir le peuple d'Israël,
à noyer des soldats Egyptiens,
à raser une ville pécheresse.
Ce serait un Dieu dur, un Dieu puissant,
Dieu des armées.

Au contraire,
on dit que le Dieu de Jésus serait un Dieu d'amour,
de tendresse, de non-violence.

Dans le texte d'aujourd'hui, ce n'est pourtant pas
un Dieu de puissance qui se manifeste.
Mais un Dieu attentif,
un Dieu qui est là dès le matin,
pour nous accueillir à notre réveil,
qui éveille notre oreille,
qui nous donne une langue
pour aider les plus faibles,
qui nous vient en aide
quand nous sommes martyrisés.