12. Rendez grâces au Père, qui vous a rendus capables d'avoir part à l'héritage des saints dans la lumière,

13. qui nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour,

14. en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés.

15. Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création.

16. Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui.

17. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui.

18. Il est la tête du corps de l'Église; il est le commencement, le premier-né d'entre les morts, afin d'être en tout le premier.

19. Car Dieu a voulu que toute plénitude habitât en lui;

20. il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix.



Voilà un texte bien compliqué !

On retrouve là le Paul dont parfois on lit des textes et on se dit : on ne comprend rien.

Il y a pourtant quelque chose qu'on retrouve, habituel dans les lettres de Paul, et même fréquent dans tout l'évangile.

Il y a un chemin, qui va de la puissance des ténèbres - au verset 13,
jusqu'à la paix grâce à la croix du Christ, à la fin - au verset 20.

Mais habituellement, dans les évangiles, dans les récits de Jésus, ses récits de miracle par exemple,
sur ce chemin des ténèbres à la résurrection, que se passe-t-il ?
Souvent, quelqu'un qui était malade, quelqu'un qui était rejeté, qui se trouvait dans les ténébres,
cette personne va vers Jésus, et il se passe quelque chose qui le fait sortir des ténèbres,
et le fait avancer dans un chemin de paix.

Mais ce texte ne nous parle d'aucune des paroles de Jésus, d'aucun de ces actes, d'aucun de ses miracles.
En fait, il ne nous parle pas de la vie de Jésus.

Le Jésus dont on nous parle semble être un autre, dans un autre temps.
Jésus, bien avant sa naissance. Jésus, bien après sa mort.

Le même terme revient deux fois : premier né. Jésus est le premier né dans sa famille. Il est le premier enfant de Marie et Joseph. Il aura des soeurs et des frères, nous dit la bible.

Partant de cela, Paul donne un sens spirituel à cette idée qu'il est un premier né.

La première idée, est que non seulement il est le premier né de sa famille, mais il est le premier né de toute créature. Et Paul ne se contente pas de dire « premier né de toute créature ».
Comme à son habitude quand il veut insister sur une idée, il se lance dans des listes, et ne se gêne pas pour faire des répétitions.
Jésus n'est pas seulement arrivé en l'an 0, il était déjà au tout début, au moment de la création.
Il était au commencement. En lui ont été crées toutes choses, lui était avant tout chose, et toute choses en lui subsistent.

Jésus était bien avant, il était déjà là à la création...
Mais premier né, veut dire aussi autre chose : Il est le premier né d'entre les morts.
Qu'est-ce que cela veut dire ? On n'est plus hier, au début. On est à la fin des temps. Demain. A ce moment là, il y aura la résurrection des morts. Ce sera comme une nouvelle naissance.
Jésus, lui est déjà ressuscité. Il est donc le premier né dans cette nouvelle naissance. Jésus n'est pas seulement quelqu'un qui est né en « 0 » pour mourir en « 33 ». Il était là bien avant... et il est déjà bien après, il est déjà dans le futur.

Nous dans nos vies, nous avons une vision du temps simple. Hier est passé, aujourd'hui c'est en ce moment, demain ce n'est pas encore arrivé. On a déjà du mal à être aujourd'hui, à se souvenir d'hier, à se projeter dans demain, alors être les trois à la fois, impossible. Jésus il est dans tous les temps à la fois. Il embrasse (tendre les bras) tous les temps en même temps. Il n'est pas aujourd'hui, il n'est pas hier, il n'est pas demain. Il est tout en même temps.

Cette façon d'embrasser le temps de manière large, c'est aussi une manière d'embrasser notre réalité d'une manière spéciale.

Quand on fait des prédications sur les évangiles, de quoi parle-t-on ? Des humains. De nos maladies et nos difficultés d'humain.
Mais dans ce texte, Jésus embrasse plus large. Il a une vision plus large.. de la création. Ce texte ne nous dit pas qu'il est le premier des hommes et des femmes. Il nous dit pas seulement que tous les hommes et le femmes ont été créés en lui. Non, il parle de toutes les créatures, dans les cieux et sur la terre qui ont été créés en lui. Toutes choses par lui et pour lui ont été crées. Jésus était le premier né de ses frères et soeurs, de notre humanité... mais il était aussi le premier né des animaux, des oiseaux voir des plantes, des arbres et des pierres.

Quand on fait des prédications sur les évangiles, de quoi parle-t-on ?
Des humains. Du salut des hommes et des femmes. Mais dans ce texte, Jésus embrasse plus large.
Il a une vision plus large que nous, non seulement de la création, mais aussi de la résurrection. Par lui, ce ne sont pas seulement les hommes qui seront réconciliés entre eux et avec Dieu.
Non, toutes choses seront réconciliés par lui et pour lui. Par la croix, il n'a pas établi la paix seulement pour les humains.
Il a établi la la paix pour tous, sur la terre et dans les cieux dit le texte.
Jésus est le premier des ressuscités, le premier à connaître la résurrection du Royaume, celle que connaitrons les humains, vous et moi, nos soeurs et frères... mais comme il est le premier né de toutes les créatures, cela ne aussi que les animaux, les oiseaux voir les plantes, les arbres et les pierres connaîtront la résurrection, une nouvelle naissance.

Ce texte nous rappelle que l'histoire du cosmos qui va de la création au Royaume avec comme pointe la mort et la ressurection ne concerne pas que les humains, mais toutes les créatures de cette planète.

Le salut, la résurrection, le Royaume, cela concerne aussi la nature, les animaux, les plantes.

Si Dieu donne cette place à la nature, aux animaux, aux plantes, alors cela signifie que toute création a une valeur infinie devant Dieu, et qu'elle a un droit au respect de sa vie et de sa dignité. Que ce respect ne concerne pas seulement l'homme, mais aussi la nature.

Dans notre monde, régne la séparation, l'isolation, les humains se divisent et s'opposent entre races et peuples, les humains font la guerre à la nature, la detruise, ne la respecte pas... et le lion quand il le peut bouffe l'humain, le loup ne se gêne pas quand il rencontre l'agneau.

Ça c'est la réalité simple et dure. Mais par la mort de Jésus et sa résurection, sa nouvelle naissance, nous sommes tous réconciliés, entre humains et entre humains et monde naturel.

Toutes les créatures – les animaux et les plantes - et pas seulement les humains reçoivent la promesse d'être accueillie dans une communauté nouvelle.

Cette promesse de demain nous invite à essayer de préparer dès aujourd'hui ce demain, à préparer les chemins de ce royaume.

Là où régnait la destruction, la séparation, la violence, l'injustice, prend place une communauté de paix.

Une paix qui est plus que l'absence de guerre, une paix qui est plus que l'arrêt des conflits. Car c'est une réconciliation dit le texte.
Nous avions des sentiments qui nous divisaient et nous séparaient, nous sommes invités à passer à des sentiments positifs, des sentiments qui nous attachent les uns aux autres, et nous attachent, nous et la nature.

Nous ne sommes plus les uns et les autres, les à côtés ou contre les autres, mais Nous sommes les uns avec les autres, les uns pour les autres, les uns dans les autres.

Nous passons à une vie d'échange réciproque.

Plus concrétement encore, comment essayer de préparer dès aujourd'hui ce demain de réconciliation, préparer les chemins de ce royaume ?
Juste une piste pour terminer cette prédication. J'ai commencée en parlant de ce Jésus qui embrasse très largement.
Qui embrasse très largement le temps, qui est dans l'aujourd'hui, le hier et le demain en même temps. J'ai continué en parlant de ce Jésus qui embrasse très largement toutes les créatures de cette terre, prenant dans ses bras les animaux, comme les plantes ou les animaux.

Si ces deux dimensions sont présentes dans ce texte, ce n'est pas un hasard.
Car ce qui nous divise, ce qui nous oppose en particulier à la nature, ce qui oppose l'humanité et la nature, n'est-ce pas en partie un rapport au temps ?

Le temps de la nature, son évolution, se déroule sur des millénaires : les millénaires de la dérive des continents, de l'évolution des espèces... Le temps de l'homme est rapide et s'accélère : voyez tout ce qui s'es passé depuis un siècle, voyez combien nous avons tranformé la nature en un siècle.
Le temps de la nature est cyclique : les saisons reviennent année après année, les cycles se répètent sur des décennies, des siècles. L'histoire de l'humanité est faite au contraire de ruptures et de relévements, de révolutions et d'endormissements.
L'urgence de mon mode de vie me fait prendre la voiture. Ça dure un instant. Mais le gaz carbonique libéré par la voiture est piégée pour des millénaires dans l'atmosphère. On construit une centrale nucléaire pour que je puisse utiliser un ordinateur qui me permet de jouer à des jeux plus rapides. Cela va peut-être défigurer un paysage qui a mis des siècles à se créer. Il va être produit des déchets qui resteront dangereux plusieurs millions d'année.

Je ne dis pas que le temps lent et cyclique est meilleur que le temps rapide et innatendu de l'humain.
Parfois la bible donne l'impression, dans les psaumes par exemple, que le monde cyclique est celui de Dieu. Au contraire dans l'histoire d'Israël, l'histoire de Jésus, nous avons des histoires humaines, avec un début, des hauts et des bas et l'espoir d'un demain.
Il n'y a pas à choisir l'un ou l'autre. Il faut admettre qu'il y a contradiction. Et faire quelque chose de la contradiction, dans l'esprit auquel nous invite ce texte.

Jésus réconcilie les trois temps : hier, aujourd'hui et demain. Mais il ne les fusionne pas, il ne fait pas disparaître leurs différences. Il fait l'effort de les tenir en même temps.

Nous-mêmes, ne sommes nous pas invités, nous pas à faire disparaître les différences entre le temps humain et celui de la nature, non pas à soumettre notre temps à celui de la nature, ou soumettre le temps de la nature à notre temps.
Mais à tenir compte du temps de la nature dans nos façons de vivre, de produire, de construire nos sociétés. A maîtriser notre force pour ne pas imposer notre temps à la nature.

Et pouvoir avancer vers la paix, sur la terre comme dans les cieux.