Quelques-uns des sadducéens, qui disent qu'il n'y a point de résurrection, s'approchèrent, et posèrent à Jésus cette question:

Maître, voici ce que Moïse nous a prescrit: Si le frère de quelqu'un meurt, ayant une femme sans avoir d'enfants, son frère épousera la femme, et suscitera une postérité à son frère.
Or, il y avait sept frères. Le premier se maria, et mourut sans enfants.
Le second et le troisième épousèrent la veuve;
il en fut de même des sept, qui moururent sans laisser d'enfants.
Enfin, la femme mourut aussi.
A la résurrection, duquel d'entre eux sera-t-elle donc la femme? Car les sept l'ont eue pour femme.
Jésus leur répondit: Les enfants de ce siècle prennent des femmes et des maris;
mais ceux qui seront trouvés dignes d'avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts ne prendront ni femmes ni maris.
Car ils ne pourront plus mourir, parce qu'ils seront semblables aux anges, et qu'ils seront fils de Dieu, étant fils de la résurrection.
Que les morts ressuscitent, c'est ce que Moïse a fait connaître quand, à propos du buisson, il appelle le Seigneur le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob.
Or, Dieu n'est pas Dieu des morts, mais des vivants; car pour lui tous sont vivants.
Quelques-uns des scribes, prenant la parole, dirent: Maître, tu as bien parlé.
Et ils n'osaient plus lui faire aucune question.



Et voilà donc encore une dispute !

Habituellement, c'est entre Jésus et les pharisiens.

Cette fois-ci, c'est entre Jésus et les Saduccéens.

On peut se demander pourquoi ils se disputent :

après tout Les saducéens s'appuient sur Moïse pour justifier leur point de vue.

Après tout, Jésus, aussi, s'appuie sur Moïse pour justifier son point de vue.

La dispute entre Jésus et les Sadducéens prend donc la forme d'une dispute entre Moïse... et Moïse.

Entre le Moïse saduccéen et le Moïse de Jésus.

Allons à la rencontre de ces deux Moïse.

Moïse sadducéen d'abord.

Les sadducéen c'est une tendance, un courant du judaïsme.

Pas n'importe lequel : ce sont les grands patrons.

Ils gêrent le temple,ce sont eux seuls qui peuvent décider de ce qui est pur ou impur,

ils collaborent avec les romains.

Pour eux, Dieu et la religion, ça rime avec l'ordre et le pouvoir. Pour eux, dans la Bible, tout ce qui compte, ce sont les cinq premiers livres. Pas la peine de parler des prophètes, l'important, ce sont toutes les lois.

Et leur Moïse leur ressemble. C'est le Moïse de la loi.

Dans notre texte,

Jésus évoque Moïse qui parle au buisson ardent. La parole c'est vivant, ça s'envole.

Dans le début du texte, les sadducéens eux évoquent Moïse qui a écrit, écrit la loi. C'est écrit, c'est figé, ça ne doit plus bouger. Et tout leur raisonnement vient de là.

Ils contestent la résurrection, ils pensent que ça ne peut pas exister, car si la loi était appliquée à la résurrection, on aboutirait à des situations absurdes – voir ridicule – comme cette femme qui aurait plusieurs maris en même temps.

Entre la loi et la réalité, ils choisissent la loi. Si une réalité ne cadre pas avec la loi,

il ne vont pas essayer de réfléchir comment transformer la loi,

la faire évoluer, mais ils vont dire : la réalité n'existe pas, ne devrait pas exister, ou n'existera pas.

Si une réalité ne cadre pas avec la loi, pour les sadducéens, il ne faut pas transformer la loi, mais tranformer la réalité.

Le Moïse de Jésus est bien différent.

Moïse est évoqué au buisson ardent. Moïse y parle. Il appelle le seigneur nous dit le texte. C'est vivant, c'est un échange avec Dieu. Ce n'est pas figé comme l'écrit. C'est sur cet épisode du buisson ardent que Jésus s'appuie pour défendre la réalité de la résurrection.

Et plus particulièrement sur cette idée : On peut croire en la résurrection car ce Dieu est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Pourquoi ? L'idée principale c'est que si Dieu est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, cela signifie qu'Abraham, Isaac et Jacob continuent à vivre pour Dieu, devant Dieu, avec Dieu. Ils sont rescusités à ses côtés.

Mais surtout, c'est une autre image de Moïse qui apparaît au buisson ardent.

Certes, c'est le Moïse qui va collecter les lois qui vont encadrer la vie des israéliens. Le Moïse qu'aiment bien les sadducéens.

Mais ce que va faire Moïse juste après le buisson ardent, ce n'est pas d'installer des lois. C'est annoncer à son peuple que Dieu va les faire sortir d'Egypte et les amener vers un bon et vaste pays, ruisselant de lait et de miel. C'est la même promesse que Dieu avait fait à Abraham et à sa descendance : Isaac et Jacob.

Le Moïse de Jésus, ce n'est pas le Moïse sadducéen de la loi, le Moïse de la loi immuable ou demain sera comme aujourd'hui, Le Moïse de Jésus, c'est le Moïse de la promesse. De la promesse d'un autre demain. Demain sortir d'Egypte alors qu'aujourd'hui on est en esclavage. Demain connaître la résurrection, la vie dans le royaume de Dieu quand aujourd'hui on est dans la pauvreté, l'oppression politique romaine, la division de la société en castes.

Jésus nous propose un Moïse de la promesse plutôt que de la loi...

Mais la promesse, même de lait et de miel, ce n'est pas forcément rassurant....

Au buisson ardent, Moïse dit à Dieu qu'il hésite à aller voir son peuple pour lui annoncer ce que veut Dieu pour lui. Il craint que son peuple préfère la certitude, les habitudes de l'esclavage ; la certitude, les habitudes de la loi, même d'une loi injuste. Moïse craint que son peuple préfère la loi injuste à la prise de risque de se lancer dans la fuite d'Egypte, la fuite dans le desert, le départ vers un pays lointain. Lors de ce chemin dans le désert, les hébreux vont se transformer. Ils vont acquerir leurs lois, leurs habitudes, ils vont vraiment devenir le Peuple d'Israél.

Mais quand Moïse va leur proposer cette aventure, ils vont hésiter. Car ils ne savent pas ce qu'ils vont devenir dans le désert, ils ne savent pas comment ils vont se transformer. Ils préfèrent la certitude de ce qu'ils sont, même si leur identité c'est : esclave en pays d'Egypte ; Ils préfèrent la certitude de ce qu'ils sont, à la prise de risque de devenir autre chose. Mais Moïse va insister.

Et c'est ce Moïse de la promesse, de la transformation, de la prise de risque, du départ vers l'inconnu que choisit Jésus contre les saduccéens et leurs Moïse de la loi. Cette hésitation des hébreux, ce choix des sadducéens, c'est facile pour nous de nous en moquer aujourd'hui. On peut critiquer ces saduccéens qui préfèrent rester dans le passé de la loi immuable plutôt que de sauter la pas de la nouveauté absolue du Christ et de la résurrection.

Mais n'est-c'est pas spontanément, le choix que chacun de nous fait la plupart du temps, au moins dans un premier temps ?

Quand on est enfant, souvent on a envie, mais on peut avoir peur, de devenir adolescent. On tarde à lacher son doudou, son pouce, on laisse la déco d'enfant de la chambre. On sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on gagne.

N'est-ce pas ensuite la même chose, de l'adolescence à l'âge adulte, de l'âge adulte à la retraite ?

On craint cette transformation qui nous touche, car on ne sait pas où elle va nous mener. Plutôt que la promesse de demain, d'un demain différent, où nous ne serons plus les mêmes, on peut préferer garder les anciennes rêgles, les anciennes lois avec lesquels on était, bien, sûr, tranquille.

Continuer à fonctionner comme un enfant quand on est adolescent, se comporter comme un adolescent alors qu'on est adulte, voir devenu parent. Continuer à 200 à l'heure comme quand on travaillait, alors que la retraite nous invite à autre chose.

Mais comment ne fonctionnerions-nous pas comme cela, alors que notre monde a souvent le même travers.

On s'accroche à nos églises dans leurs formes actuelles alors que tout change en elles.

Les hommes politiques continuent à dire « immigration zéro », comme... en 1974, alors que le monde entier n'est devenu qu'une vaste migration dans tous les sens. Les gouvernants continuent accumuler des lois, toujours dans le même sens, toujours comme hier, pour refuser que des étrangers puissent être ici légalement, toujours, encore des lois, pour tenter que rien ne change, plutôt qu'admettre qu'il y a et y aura de plus en plus d'étranger, et que notre pays s'est déjà transformé, se transformera encore.

Quel choix faisons-nous : Resté coincé sur les vieilles lois, sur l'illusion que tout pourrait continuer comme avant, ou accepter la promesse d'une transformation, même si ça nous inquiète, même si on ne sait pas bien où cela va nous mener ?

Le texte de l'évangile, lui, prend de vrais risques.

Cette transformation, il en parle sur un des sujets de tout temps les plus sensible : la famille.

Un sujet chaud ces dernières années, avec les droits des familles recomposées, l'égalité des hommes et des femmes, la simplification des divorces, le mariage et l'adoption pour les personnes gays et lesbiennes. Et ce texte des évangile présente un futur de la famille, il présente un avenir de la famille dans le Royaume, qui décoiffe, bien plus décoiffant que le divorce ou le mariage homosexuel.

Dans le Royaume, Ni les hommes ni les femmes ne seront plus mariés.

Ils seront semblable à des anges, c'est à dire qu'on ne sait même pas si dans le Royaume, il y aura encore une différence entre les hommes ou les femmes.

Excusez du peu ! Comme promesse, comme transformation, c'est loin d'être rassurant... Et c'est pourtant la promesse que fait Jésus.

Voilà donc le choix que nous propose ce texte aujourd'hui. Un choix pas si facile.

Le choix du Moïse des saducéens.

Celui où la femme appartient aux hommes de son vivant, où elle appartient encore aux hommes après sa mort. Les hommes et les femmes appartiennent d'abord à la famille, ils appartiennent d'abord à la descendance biologique, à une vision du peuple éternelle, à une forme de famille que rien ne pourrait faire évoluer, même pas quelque chose d'aussi nouveau et radicale que la résurrection. Les hommes et les femmes appartiennent d'abord à la loi.

A une loi immuable, quoi qu'il arrive. Loi légale, loi symbolique, loi religieuse. De tout temps à jamais la même. Ce choix est rassurant. Mais est-ce le nôtre ?

Ou alors, il y a le choix du Moïse de Jésus, qui là n'est pas rassurant, mais c'est le sien.

Appartenir d'abord à la promesse de Dieu, appartenir d'abord à un chemin qu'il nous montre, vers quelque chose qu'on ne connait pas, une transformation dans laquelle il nous guide, une transformation qui peut nous inquiéter mais où nous rencontrerons, vivrons,

les principes que nous rencontrons dans la bible :

l'amour, la justice, le respect de chacun dans sa dignité et sa différence.

La prise en compte de chacun là où il en est sur son chemin.

Même si ce n'est pas rassurant, accepter que ces principes, ces simples principes plutôt que des lois figées, éternelles, des lois d'airain, accepter que ces simples principes nous guident dans ce mouvement vers l'inconnu,

ce mouvement dans lequel nous entraîne son Royaume, Royaume que nous voulons préparer, mais surtout, Royaume nous atire et nous aspire.