Exode 17,8-13
Amalek vint combattre Israël à Rephidim.
Alors Moïse dit à Josué: Choisis-nous des hommes, sors, et combats Amalek; demain je me tiendrai sur le sommet de la colline, la verge de Dieu dans ma main.
Josué fit ce que lui avait dit Moïse, pour combattre Amalek. Et Moïse, Aaron et Hur montèrent au sommet de la colline.
Lorsque Moïse élevait sa main, Israël était le plus fort; et lorsqu'il baissait sa main, Amalek était le plus fort.
Les mains de Moïse étant fatiguées, ils prirent une pierre qu'ils placèrent sous lui, et il s'assit dessus. Aaron et Hur soutenaient ses mains, l'un d'un côté, l'autre de l'autre; et ses mains restèrent fermes jusqu'au coucher du soleil.
Et Josué vainquit Amalek et son peuple, au tranchant de l'épée.

Moïse lève la main et les hébreux sont les plus forts, grâce à cela à la fin, ils gagnent la bataille.///
C'est fou ce qu'arrive à faire Moïse avec ses mains : Juste avant, Moïse a frappé un rocher avec le bâton de Dieu, et de l'eau a jailli. Au début de l'Exode, Moïse a levé le bâton, et la mère rouge s'est ouverte.
Ces trois gestes sont-ils les mêmes ? Avons-nous de la part de Moïse, dans l'épisode que nous avons lu, un miracle, un acte de puissance comme les deux dont je viens de parler ? Ou alors autre chose.
Car ce qui se passe dans cette scène est assez étonnant. On voit Moïse, non pas triomphant, pas comme dans les superproductions américaines : sur la montagne, majestueux et puissant, faisant obeïr les éléments de son seul geste.
Non, on le voit avec le bras, plus exactement les deux bras, lourds, fatigués.
On voit qu'à cause de la fatigue, il baisse le bras, et à ce moment là, les hébreux ne sont plus les plus forts.
On le voit qui doit s'asseoir parce qu'il est fatigué. On le voit, et la scène paraît un peu étonnante, voir cocasse ou pathétique, c'est selon, on le voit, avec Aaron d'un côté, Hour de l'autre, qui lui tiennent chacun un bras.
On voit Moïse se fatiguer.
Mais Moïse l'avait prévu. Cela le gêne-t-il ? Il ne se plaint pas, ne s'excuse pas. Il ne se lamente pas auprès du Seigneur.
Aucun mot n'est échangé, mais on voit Aaaron et Hour réagir comme si tout avait été prévu. Et avant même de monter sur la montagne, c'est comme si Moïse - pas sûr de son coup - avait pris ses précautions, des précautions très concrètes.
D'abord, il ne compte pas seulement sur son geste pour assurer la victoire. Il demande à Josué de choisir des hommes capable de les défendre. Il faut des hommes qui assurent, il ne pourra pas tout prendre sur lui. Ensuite, il ne monte pas seul. Il prend avec lui Aaron et Hour. Il a prévu qu'il allait avoir besoin d'aide. Moïse est fatigué, et il l'avait prévu. ///
On ne voit pas cela habituellement dans un miracle. Un miracle c'est, deux-temps-trois-mouvements et hop, je vous transforme une grenouille en boeuf.
Mais peut-être, cette scène du bras levé, n'est-ce pas un miracle.
Il y a une grande différence entre la scène que nous venons de lire et les deux scènes dont j'ai parlé au début, qui ressemblent bien plus à des miracles opérés par Dieu.
Dans les cas cités au début - de l'eau qui jaillit et de la mer rouge qui s'ouvre - les choses sont rédigées de la même façon. Dieu parle. Il dit à Moïse : frappe le rocher et l'eau sortira ou il dit lève ton bâton, étends ta main et la mère s'ouvrira. Et Moïse exécute l'ordre.
Là, rien de tout ça. Certes, Moïse lève la main, comme devant la Mer Rouge. Mais deux choses manquent :
Le bâton Il a prévenu Josué qu'il se tiendrait sur la montagne, avec le bâton Il ne dit pas ce qu'il va en faire, il ne dit pas qu'il va l'utiliser. Et quand il étend la main, on n'entend plus parler du bâton de Dieu. Peut-être le tient-il quand il tend la main – ce qui expliquerait la fatigue – mais le texte n'insiste pas sur le bâton de Dieu.
Ensuite, à aucun moment de la scène, Dieu ne parle. Il ne dit pas à Moïse de faire une chose ou l'autre. Dieu ne répond pas à Moïse. Tout est de la seule initiative de Moïse.
La scène semble donc être très différente des miracles, des actes de puissance de Dieu où l'homme n'est qu'une marionnette de l'Eternel, où Dieu agit promptement.
Mais si ce n'est pas un miracle, qu'est-ce que c'est ? Jean-Paul Morley, ancien pasteur de La Maison Verte, est venu à la rencontre des pasteurs proposants il y a quinze jours à laquelle je participais, et il nous a parlé de ce texte.
Pour lui, Moïse qui tend ainsi la main, c'est une prière, une façon pour Moïse de prier Dieu.
Je crois que si l'on fait cette hypothèse, cela dit beaucoup de choses sur la prière. En tous cas, cela me dit beaucoup de chose à moi qui suis un apprenti en la matière. Moi qui confiais récemment à certains d'entre vous que je ne savais pas prier, moi qui ait encore du mal à le faire régulièrement.
__J'ai donc noté 8 choses que me disait ce texte,
8 idées sur le mode : « la prière pour les nuls ».__ Je m'excuse pour les athlètes de la prière, j'espère qu'il ne s'endormiront pas. En tous cas, ils ont déjà quelque chose sous les fesses, et un peu plus confortable que le caillou de Moïse.

Première idée : Prier, ce n'est pas faire un acte de miracle, c'est une demande ou un merci. C'est une demande. Cela peut même être une demande précise. A ma grande surprise à la lecture du texte, cela peut même être une demande de défaite ou de victoire.
Encore que si dans le texte, il est évident que « les bons » ce sont les hébreux, dans le monde d'aujourd'hui, il serait bien difficile de dire qui sont les bons ou les méchants. Mais une femme battue, un peuple écrasé, un prisonnier torturé peuvent demander que la force soit de leur côté et pas du côté des bourreaux.
Prier, ce n'est pas faire un acte de miracle. Moïse tend sa main, pas le bâton de Dieu. Ce n'est pas Dieu qui agit par le bâton tendu par l'homme. Mais le bâton est là, il est avec Moïse dit le texte. Cela veut dire aussi, que ce n'est pas la prière qui agit directement. Elle est une demande à Dieu pour qu'il agisse. C'est une demande que je fais car Dieu est avec moi.

Deuxième idée : Ma prière peut prendre des formes très simple. Lever la main vers le haut, vers le Seigneur, c'est déjà prier. Je peux donc utiliser des mots très simples, des mots de tous les jours. Merci. S'il te plaît. Veux-tu. Peux-tu. Je te demande.

Troisième idée : je peux me fatiguer. Je peux me fatiguer, puisque même Moïse se fatigue. Au bout que quelques minutes de prière, je peux avoir l'impression de ne plus savoir quoi dire. Après quelques jours ou plusieurs semaines à prier régulièrement, je peux avoir une fatigue, une panne. Mon habitude de prière peut me paraître lourde, comme les bras paraissent lourds à Moïse.

Quatrième idée : Je n'ai pas à avoir honte de la simplicité ou de la fatigue de ma prière. Moïse n'en a pas honte. Il ne s'excuse ni auprès de ceux qui l'accompagnent. Il ne s'en excuse pas auprès de Dieu.

Cinquième idée. Je n'ai pas à avoir honte... mais j'accepte d'être aidé. Je n'ai pas à avoir honte d'être aidé. Parce que je n'ai pas honte, je peux demander de l'aide. Moïse se fait aider par Josué, par Aaron, par Hour. J'ai moi-même été aidé par certains dans cette assemblée, pas d'autres jeunes pasteurs. J'ai demandé lors des rencontres des proposants qu'on parle de la prière car je ne savais pas prier. Et la dernière fois, c'était au programme, et c'est Jean-Paul Morley qui est venu faire une intervention sur le sujet.

Sixième idée : Je n'ai pas honte... mais je me prépare des béquilles. Je sais que mon bras peut se fatiguer, que ma prière peut se fatiguer. Je prépare des béquilles, des Aaron et des Hur pour m'aider. Cela peut être le petit livre « parole pour tous » ou les livrets des « Miettes de la table » qui m'offrent une méditation tous les jours ou toutes les semaines. Cela peut être de recevoir un e-mail tous les jours, ou en tous cas régulièrement comme le fait la Communion Béthanie. Ça me relance dans mon envie de prière si j'avais oublié.
Mes béquilles à moi, ce sont d'avoir trouvé des moments tranquille, chez moi avant de venir à La Maison Verte. Sous ma douche, je présente devant le Seigneur les différents moments qui vont rythmer ma journée. Je présente ensuite au Seigneur différentes personnes. Puis après déjeuner, alors que Léonie vient de partir de l'école et que Véronique n'est pas sortie de la douche – là il y a 15 minutes de creux – je lis un chapitre de l'ancien testament, une histoire du Nouveau puis je termine par le Notre Père.
Ce sont mes béquilles. Elles évolueront sans doute. A chacun d'inventer des béquilles. Il n'y en a aucune de ridicule.

Septième idée : Dans la prière c'est tout le corps qui est concerné. Moïse ne dit rien. Il prie avec son corps, avec son bras. Il ne prie pas qu'avec une main, mais avec les deux. Même avec la gauche pour laquelle il y avait des interdits particulier dans le judaïsme. Pour la prière, il l'utilise. Quand je prie, je peux le faire avec tout mon, corps.
Il n'y a pas de mauvaise partie de mon corps ni de mauvaise position pour prier. Jean-Paul Morley prie à genoux. Dans ma douche je suis debout. Sur mon lit quand je lis la bible, je suis assis en tailleur. Quand j'ai la chance d'être seul sur une pelouse, je prie couché sur le dos les yeux dans les nuages. Toutes les positions sont bonnes, à chacun de trouver les siennes. Et déjà la position de mon corps, déjà la main vers Dieu ou les yeux vers le divin, c'est déjà une prière.
Et quand Moïse est fatigué, c'est tout son corps qui est fatigué. On lui tient les bras, il s'assoie. Si je sens que ma prière fatigue, c'est peut-être tout mon corps qui fatigue. Comme Moïse s'assoit, je peux m'asseoir, changer de position.

Quand ma prière fatigue, c'est peut-être tout mon corps, tout mon être qui fatigue. Est-ce que je n'en fais pas trop ? Est-ce que je n'ai pas besoin de prendre des vacances, de faire une pause ?

Huitième et dernière idée et qui vaudra conclusion : La durée plutôt que la perfection. Comme le bras de Moïse, même s'il est soutenue par des béquilles, même si elle fatigue, ma prière n'en est pas moins ferme. Parce qu'elle est ainsi soutenue, elle peut durer, comme le bras de Moïse reste tendu tous le jour.
Même si c'est une persévérance avec des béquilles, même si c'est une persévérance avec des gestes et des mots simples, même si c'est une persévérance qui fatigue, c'est la persévérance qui donne la victoire, qui donne des fruits.
Les fruits n'arrivent pas d'un coup. La bataille du récit dure tout le jour.
Les fruits n'arrivent pas d'un coup et n'arrivent pas tout seuls : il ne suffit pas demander. Josué a choisi ses meilleurs hommes. Ils se battent tout le jour. Il y a sans doute eux de nombreux morts.
La prière, ce n'est pas la perfection et des résultats d'un coup. C'est la persévérance et la modestie dans la façon de prier.

Sans doute Dieu ne nous parlera pas plus qu'il ne parle à Moïse pendant ou après la bataille. Pourtant, il a été là, c'est lui qui a permis qu'il y ait du fruit.
Dans nos prières, ne nous inquiétons donc pas de son silence. Il est là, et il y aura du fruit.
Amen.