« Claude venait d’un autre monde, vivait dans un autre monde. Si nous avions tous, vraiment tous, vécu dans le sien, notre monde aurait été meilleur. Son monde, c’était le partage et le bonheur pour tous, belle utopie irréalisable. Il y restait attaché viscéralement, il souffrait, en son coeur, en sa tête, presque physiquement, la souffrance des autres, il souffrait et vivait les injustices quelles qu’elles soient. Ce n’est pas par paresse ou pour n’importe quelle autre raison, qu’il n’est plus venu à la Maison Verte ( il venait régulièrement avec sa maman Inge au vestiaire, et aussi aider à arranger la vente des livres pendant les braderies ), c’est parce qu’il ne lui était plus possible de porter cette souffrance ni de la traduire en actions, elle était trop forte pour lui. Je me souviens comme il me disait : « Mais comment peux-tu leur souhaiter “bonne journée” alors que tu sais comment ils vivent ! ». J’essayais de lui expliquer que même dans une vie très difficile, on pouvait avoir des moments de joie et que justement notre but dans notre vestiaire était d’essayer de rendre possibles de tels moments, mais il n’acceptait pas, ça lui paraissait une façon trop facile de se débarrasser de notre peine à nous, son pessimisme était trop fort. Il a traversé notre monde comme ça, sa souffrance devenant de plus en plus impossible à supporter, jusqu’au moment où il a craqué et a été hospitalisé. Il a reçu des traitements qui lui ont sans doute rendu sa vie plus “viable”, et maintenant, il nous a quittés mais il reste quelque part comme un être d’ailleurs, une sorte d’ange que nous devrions écouter plus souvent. Au revoir, Claude. »

Christine pour toute l'équipe de La Maison Verte