Dans le ParisObs de cette semaine (jeudi 18 Octobre), un dossier est consacré aux lieux secrets de la capitale ayant abrité la résistance. Page 18 de cette édition numérique téléchargeable sur le net, un article évoque le rôle joué par la Maison Verte et le pasteur Joussellin, en venant en aide à des enfants juifs. Voir ce lien et ci-dessous.


Les lieux de la Résistance

Paris

Anne Thoraval

Éd. Parigramme

127-129, rue Marcadet, sauvetage d'enfants juifs. 1942-1944

Le pasteur Jean Jousselin est nommé courant 1942 directeur de la Maison verte, mission populaire évangélique de la rue Marcadet. Ce patronage accueille les enfants après l'école, leur propose des jeux, les aide à faire leurs devoirs. Si les familles juives sont nombreuses à Montmartre, elles ne se sentent pas particulièrement traquées jusqu'à la grande rafle de juillet.

À partir du 16 juillet, il ne fait cependant plus aucun doute pour personne que l'État français ne protège nullement ces citoyens. La détresse gagne. Comment partir, comment se cacher avec de jeunes enfants ?

Jean Jousselin mesure l'ampleur du drame. Nombreux sont les parents qui connaissent la générosité et le courage du pasteur pour avoir déjà confié leurs enfants à la Maison verte. L'accueil des enfants juifs se poursuit. Afin de fournir aux parents des hébergements plus aisés chez des particuliers, on trouve en mai 1943 le moyen d'éloigner de Paris les plus jeunes : sous couvert d'un Comité protestant des colonies de vacances, Jean a réussi à obtenir toutes les autorisations nécessaires pour ouvrir un centre dans l'Oise, au château de Cappy.

Les enfants y sont conduits pour les vacances. Mais en septembre, les parents demandent au pasteur de ne pas les faire revenir à Paris. Tous les enfants envoyés à Cappy y demeurent.

Rue Marcadet, Jean Jousselin continue d'accueillir, puis d'évacuer, par la gare du Nord, les jeunes persécutés. Les parents donnent ce qu'ils peuvent pour la pension, tandis que la mairie du 18e arrondissement continue, sans sourciller, de fournir des tickets d'alimentation sur présentation des cartes « J » d'enfants déjà évacués.

À l'été 1944, cent trente-cinq personnes dont quatre-vingt-sept enfants et adolescents juifs, séjournent au château de Cappy. Tous sont sauvés.

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SEMAINE DU JEUDI 18 Octobre 2007

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Planqués au milieu de la foule

Dans les quartiers populaires, les caches sont nombreuses : chez l'habitant, dans une boutique ou encore au sein d'une institution religieuse. Récits.

18e Pasteur Joussellin

L'abri du 127 rue Marcadet

Le 16 juillet 1942, Paris bascule dans l'horreur : 9000 policiers parisiens arrêtent près de 13 000 juifs. C'est la rafle du Vél' d'Hiv. A Montmartre, où résident de nombreuses familles juives, le pasteur Joussellin mesure l'ampleur de la tragédie. Nommé début 1942 directeur de la Maison verte, une mission populaire évangélique logée au 127-129 rue Marcadet, il accueille en secret des enfants, avant de mettre sur pied, en mai 1943, une véritable filière de sauvetage. Sous couvert d'une colonie de vacances protestante, il ouvre un centre dans l'Oise, au château de Cappy. A l'été 1944, 135 personnes dont 87 enfants et adolescents juifs y habitent. Tous seront sauvés.

10e 131, bd de la Villette, l'arsenal du PC

En 1941, la possession d'armes est interdite, les Parisiens jettent revolvers, pistolets et fusils de criasse dans les caniveaux et les égouts de la capitale. Précieux rebuts, que récupèrent les combattants issus du Parti communiste, les premiers à choisir la lutte armée. Les «ramasseurs» arpentent les sous-sols de Paris et confient leurs trouvailles à Paul et Marie-Thérèse Lefèbvre. Le couple tient un atelier de réparation de cycles au 131 boulevard de la Villette. La boutique ne désemplit pas : les Parisiens circulent de plus en plus à bicyclette. La couverture est parfaite, elle favorise les discrètes allées et venues et le camouflage du matériel. Chaque soir, Paul remet en état les armes enrayées et fabrique des explosifs. Efficace mais éphémère.

Dès la fin de l'année 1941, les inspecteurs de la Brigade spéciale pénètrent au numéro 5 de l'avenue Debidour, dans le 19e et découvrent le principal laboratoire clandestin d'explosifs de l'Organisation spéciale (communiste). Les policiers décident de filer les chefs. Qui les conduiront tout droit au dépôt d'armes de la Villette. En novembre 1941, Marie-Thérèse et Paul Lefèbvre sont arrêtés, ainsi que 25 de leurs compagnons. Le couple échappe à la condamnation à mort.


17e 66, rue Truffaut

La planque des soeurs Benoît

Prisonniers de guerre évadés, aviateurs alliés, juifs, dès 1941, Paris fourmille de têtes traquées. Et de planques. Pas simple : l'occupant a réquisitionné bon nombre d'immeubles et les bombardements réduisent encore davantage les possibilités d'hébergement discret. Quant aux hôtes, ils risquent gros : la torture et la déportation. Les soeurs Benoît n'ont pas froid aux yeux. Etudiantes, elles font de leur appartement situé au 66 rue Truffaut un véritable refuge pour pilotes et résistants en fuite. Début 1944, Francine et Denise abritent un Canadien et deux Américains lorsque débarquent chez elles deux responsables du réseau SOE (Spécial Opération Executive, service britannique spécialisé dans la guerre subversive en Europe occupée). Après plusieurs tentatives d'exfiltration malheureuses, ils retournent chez les soeurs Benoît. Au printemps 1944, l'un des deux hommes les prévient de l'arrivée imminente de la Gestapo. Elles se sauvent de justesse.


Louise Couvelaire

Paris Obs