Quand on ne représente que 2 % de la population française, difficile de faire valoir une influence… Sans doute est-ce d’abord pour cette raison que l’impact du protestantisme dans les milieux écologistes est difficile à évaluer en France, à l’inverse de l’Allemagne ou des pays du Nord où ce lien est largement reconnu (Lire La Croix du 01/09/2007). La sensibilité des milieux protestants à l’écologie est pourtant réelle.

« Les protestants sont deux fois plus nombreux que les Français pris dans leur ensemble à être membre d’une association environnementale ou à être prêt à s’y engager » souligne le sociologue Claude Dargent, spécialiste du protestantisme . « Ce n’est pas négligeable, même si on est sur de petits chiffres. »

« S’il existe des liens entre les milieux protestants et les milieux écologistes, ce sont des liens liés à des personnalités et à des intellectuels », souligne de son côté Jean-Luc Bennahmias, député européen écologiste, lui-même fils et frère de pasteur. Celui qui fut fondateur des Verts en 1984, se souvient néanmoins d’une enquête réalisée au sein du parti dans les années 1990 qui « montrait une surreprésentation des protestants parmi les militants ». « Entre 5 et 7 % se définissait comme d’origine protestante, alors que les protestants ne sont que 2 % dans la population française. » Le protestant "Ellul fut mon maître", affirme Mamère L’influence du protestantisme français, ce fut d’abord l’influence de grandes figures intellectuelles et militantes, Jacques Ellul et Joseph Charbonneau. Des militants écologistes comme José Bové ou Noël Mamère reconnaissent aujourd’hui leur dette envers avec Ellul et sa critique de la société technicienne. « Ma sensibilité écologique vient de Jacques Ellul, philosophe et théologien protestant, qui fut mon maître », a déclaré Noël Mamère dans Témoignage chrétien en 2002. Ellul m’a enseigné l’engagement au sens large. Il m’a appris à rester un homme debout. »

Les relations ne furent pourtant pas toujours simples entre le « prophète » Ellul et les écologistes français. « Beaucoup lui reprochaient son hostilité au communisme et sa méfiance envers le politique, rappelle Olivier Abel, professeur de philosophie à l’Institut protestant de théologie. Mais après une période d’incompréhension, beaucoup reconnaissent aujourd’hui qu’Ellul fut le pédagogue de leur protestation et de leur résistance. »

C’est pourtant peut-être dans les familles protestantes qu’il faut aller observer les liens entre protestantisme et écologies. D’abord par une passion partagée pour la théologie et les sciences naturelles. « Il est assez frappant de voir, du XVIe siècle jusqu’à aujourd’hui, la différentiation des tâches dans les familles protestantes, les uns devenant pasteurs, les autres naturalistes, remarque Otto Schäfer, botaniste et pasteur. On trouve très souvent les cas suivants : un père pasteur dont le fils devient naturaliste, ou, de deux frères, l’un qui devient pasteur, l’autre naturaliste, avec des trajectoires qui sont perçues comme complémentaires. » Un groupe de réflexion monté par de jeunes pasteurs De même l’enthousiasme pour des modes de vie alternatifs dans les années 1960-1970 qui conduisit de nombreux jeunes protestants dans des communautés de vie en Ardèche ou en Ariège a laissé sa trace dans les familles protestantes. « Il n’y a pas une famille protestante où je ne puisse trouver quelqu’un qui est parti dans ces communautés-là, raconte Olivier Abel. Un fils Ricœur ou un fils Casalis sont ainsi partis, toutes les familles protestantes ont été concernées.

Aujourd’hui, les fils de la rencontre entre protestantisme et écologie ne sont pas rompus, même si l’impact réduit des Églises dans la société française rend cette présence plus ténue. « L’un des lieux de rencontre entre le protestantisme et l’écologie a été et reste le scoutisme » souligne d’une même voix, Otto Schäfer et Jean-Luc Bennahmias, lui-même ancien éclaireurs de France où il a appris le sens de l’engagement.

Mais les trajectoires ne sont pas à sens unique : elles peuvent aussi aller de l’écologie au protestantisme. Stéphane Lavignotte, ancien responsable des jeunes Verts est devenu pasteur réformé, aujourd’hui en poste à la Maison verte, à Paris. Autour de lui, un groupe d’une vingtaine de jeunes pasteurs s’est créé pour réfléchir aux liens entre Bible, création et écologie.

Elodie MAUROT