2 timothée 1,6-14
C'est pourquoi je t'exhorte à ranimer le don de Dieu que tu as reçu par l'imposition de mes mains.
Car ce n'est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d'amour et de sagesse.
N'aie donc point honte du témoignage à rendre à notre Seigneur, ni de moi son prisonnier. Mais souffre avec moi pour l'Évangile,
par la puissance de Dieu qui nous a sauvés, et nous a adressé une sainte vocation, non à cause de nos oeuvres, mais selon son propre dessein, et selon la grâce qui nous a été donnée en Jésus Christ avant les temps éternels,
et qui a été manifestée maintenant par l'apparition de notre Sauveur Jésus Christ, qui a détruit la mort et a mis en évidence la vie et l'immortalité par l'Évangile.
C'est pour cet Évangile que j'ai été établi prédicateur et apôtre, chargé d'instruire les païens.
Et c'est à cause de cela que je souffre ces choses; mais j'en ai point honte, car je sais en qui j'ai cru, et je suis persuadé qu'il a la puissance de garder mon dépôt jusqu'à ce jour-là.
Retiens dans la foi et dans la charité qui est en Jésus Christ le modèle des saines paroles que tu as reçues de moi.
Garde le bon dépôt, par le Saint Esprit qui habite en nous.
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N'ai pas honte, n'ai pas honte mais souffre avec moi. Dit Paul au début l'épite. Puis il redit un peu la même idée plus loin :Je souffre, mais je n'ai pas honte. N'ai pas honte, n'ai pas honte mais souffre avec moi. Dit Paul au début l'épitre. Puis il redit un peu la même idée plus loin :Je souffre, mais je n'ai pas honte.
Ce sont de bien troublants appels. La souffrance serait donc à préferer à la honte ?
Drôle de choix me direz-vous. La peste ou le choléra serait-ce donc le seul choix qui nous soit laissé ?
Qu'est-ce que la souffrance, qu'est-ce que la honte ? Pourquoi l'une serait-elle préférable à l'autre ?
La honte est selon le dictionnaire le sentiment pénible venant de la crainte du déshonneur ou d'une humiliation.
Quand on a honte, on a d'abord peur du regard de l'autre sur soi à cause de quelque chose dont on se dit que ce n'est pas « normal ». La personne âgée qui oublie les prénoms de ses amis va éviter les lieux qu'elle fréquente habituellement. L'ado que sa mère a obligé à s'habiller ou se couper les cheveux d'une façon qu'il juge ringarde va essayer d'esquiver ses copains. La honte entraîne la peur de ne pas être accepté, elle nous fait couper le contact avec les autres.
On ne veut plus sortir. On s'isole.
Avons-nous un bouton sur le bout du nez – ou quelque chose de pire, un handicap, une couleur de peau différente – nous pensons que les autres ne voient que cela de nous. Nous pensons qu'aux yeux des autres, nous ne sommes plus que cette particularité honteuse. Et nous mêmes, en nous, nous pensons petit à petit que nous ne sommes que cette particularité honteuse.
Le regard des autres nous fait ne plus nous accepter nous-mêmes.
Nous avons pour nous mêmes du mépris, de la détestation, voir de la haine.
La honte nous fait nous refermer sur nous-mêmes. Nous nous bloquons de plus en plus, sans voir de porte de sortie.
La honte est sans doute pour cela le pire des sentiments : parce qu'elle ferme toutes les portes pour s'en sortir. Parce que la personne n'a plus de ressource pour faire l'effort d'aller vers qui que ce soit et dire : à l'aide !

Qu'à donc l'Evagile à répondre à cette situation ?

Dans le Nouveau Testament, Jésus rencontre beaucoup de gens qui ont honte. Parce qu'ils sont malades, parce qu'ils font des activités honteuses – la prostitution, la collecte de l'impôt – parce qu'ils sont des étrangers considérés comme des humains de seconde zone comme les samaritains.
Ces personnes se referment sur elles mêmes. Zachée le collecteur d'impot se cache dans un arbre, la samaritaine ne pense pas qu'un juif comme Jésus puisse lui demander quelque chose.
Alors Jésus fait le premier pas. Il va vers ceux que la honte empêche d'aller vers qui que ce soit. C'est la première réponse : aller vers ceux qui ne vont plus vers les autres.

L'autre chose qu'a l'évangile a répondre à la honte, c'est dans ce texte qu'on le trouve. De quoi semblent avoir honte ceux à qui est adressé le texte ? « N'ai pas honte de rendre témoignage à notre seigneur » dit le texte. La honte de croire à Jésus.
Je crois que ce n'est pas la peine de développer ce que cela pouvait vouloir dire à cette époque ou aujourd'hui : la honte de ne pas être normal en raison d'une croyance, d'une façon de vivre considérés comme pas « normale » parce que minoritaire.

Pourtant, avoir honte de Jésus, c'est se couper de ressource, de munitions pour combattre justement la honte.
Le texte dit : le seigneur ne nous a pas donné un esprit de crainte, mais de puissance et d'amour et de modération
Un esprit d'amour. L'amour de Jésus, de Dieu, quel que soit notre différence, notre handicap, quoi que nous imaginions de négatif dans le regard de l'autre. Il y a un amour, celui de Dieu, de Jésus qui nous est toujours attaché. Le texte rappel que cet amour, cette grâce cela n'a rien à voir avec nos bonnes et nos mauvaises actions, c'est Dieu qui le donne.
Cet amour-là aucune normalisation sociale ne peut nous l'enlever. Et si Dieu lui-même nous aime, il y aura bien des gens et au moins une partie de ses disciples pour nous aimer.
Des disciples qui essaient de vivre cet esprit d'amour, celui qu'on reçoit de Dieu, celui qu'on donne aux autres humains, aux autres êtres vivants.
Une esprit non pas de crainte, mais de modération. La modération, pour ne pas nous laisser entraîner dans le fond des sentiments extrême : la désespérance ou la haine de soi ou des autres. La modération pour nous dire que nous ne sommes pas si vilain, que les autres ne sont pas si méchant, que tout ça n'est pas si grave. Après tout, nous respirons et le soleil se lève chaque jour.
Un esprit de puissance dit le texte. La puissance, pour se dire que parce qu'il y a de l'amour, celui de Dieu, celui de sans doute quelques humains ; parce qu'il y a la modération qui nous empêche de sombrer, nous pouvons faire, pouvons repartir, faire une reprise sur nos vies. Nous avons de la puissance, un peu de puissance pour nous relancer dans le monde. Pour prendre notre courage à demain et dire : allez, j'y vais !


La souffrance plutot que la honte. Voilà donc quelques raisons pour ne pas aimer le sentiment de honte, ne pas l'accepter, se battre contre lui et aider les autres à le combattre. Voilà des munitions que nous offre l'évangile pour le combattre.
Pour autant, en quoi la souffrance serait-il un sentiment préférable à la honte ?
Il y a des souffrances qui sont aussi terrible que la honte, des hontes qui font atrocement souffrir. Là aussi, on peut se replier sur soi, se detester, detester les autres.
Le terme en grec, le verbe souffrir, je souffre est « pasko ». Je ne sais pas si la sonorité vous dit quelque chose. Cela ressemble à passion, comme la passion du Christ. Et d'ailleurs, passion vient du latin passio qui vient sans doute du grec et qui veut dire souffrir.
Et en grec il y a un mot très proche de pasko, c'est paska qui veut dire, Pâques, la fête de pâque pendant laquelle Jésus a souffert la passion. Et l'auteur du texte que nous avons lu pense très certainement à cela. Paul souffre comme le Christ. C'est une fierté d'apotre de savoir donner sa vie comme le Christ l'a donné.

Mais ni vous ni moi, nous n'avons envie de terminer cloué sur une croix, les membres brisés, sous le soleil de Judée. Alors, en quoi la souffrance peut-être être une sentiment préférable à la honte ?
Le verbe grec « pasko » peut avoir ce sens très haut et puissant que nous venons d'évoquer. Mais il a un sens plus commun, plus courant.
Pasko veut dire aussi supporter, éprouver, ressentir, faire l'expérience de. La vie de Jésus se termine par la pâque, la passion, la souffrance.
Mais la vie de Jésus, c'est aussi une vie à éprouver, à ressentir, à faire des expériences avec une diversité d'être humain.
C'est aller vers ceux qui sont dans la honte, la souffrance, la difficulté et prendre le risque de supporter leur présence, de ressentir les sentiments qu'ils provoquent en nous, de ressentir de la tristesse, de la douleur pour eux. Faire l'expérience de cette relation de partage des sentiments.

De la passion, on passe à la compassion : sentir ensemble la souffrance. On peut ainsi comprendre differement l'appel de Paul à Timothée quand il lui demande : souffre avec moi.
Un appel à aller vers ceux qui sont dans la honte, la souffrance, pour sentir ensemble, les aider à sortir de cette isolement de souffrir seul.
Voilà pour chacun de nous face à celui qui souffre.

Et pour celui qui souffre ? Si la honte entraîne une souffrance qui peut être tout aussi enfermante que la honte, n'y-a-t-il pas parfois des souffrances positives ? La personne qui a honte peut combattre sa honte par la bravade, la frime, le « je suis comme ça et je t'emmerde », qui prend une forme d'agressivité. Les jeunes de banlieue transformés en moins que rien, pointés du doigt, stigmatisés, ne sont-ils pas dans ce cas ?

Cette bravade, cette agressivité peut entraîner des représailles et des souffrances. Il peut y avoir l'enfermement dans un cercle vicieux souffrance/agressivité/souffrance.
Mais il peut aussi y avoir là, le retournement de la honte, des stigmates, en revendication de soin, la base d'une fierté, d'une révolte qui fait repartir, se relancer dans le monde. ////
Je vois une autre possibilité d'une souffrance positive. La honte, c'est finalement, donner tout le pouvoir au regard de l'autre, donner tout le pouvoir au sentiment de dégout qu'il a ou qu'on imagine qu'il a envers vous.
Souffrir, cela peut aussi vouloir dire sentir à nouveau ses propres sentiments, expérimenter qu'on leur donne de l'importance. Et peut-être entrer sur un chemin où l'on se redonne de l'importance, où l'on redonne de l'importance à ses propres sentiments contre les sentiments de l'autre. Pour le coup, un repli protetecteur contre la haine de l'autre, la haine de soi qu'induit l'autre en vous, le regard et la parole de l'autre. Se replier mais pour se relancer, comme le coureur de sprint s'écrase au début de la piste pour se lancer avec force. Accumuler de la puissance musculaire pour se relancer dans la course.


Au coeur du texte, il y a une formule comme on les trouve souvent dans les textes de Paul. Une formule qui ramasse ce en quoi il croit, le coeur de son message.
Dans cette lettre c'est celle-ci : C'est Christ qui a détruit la mort, a fait brillé la vie, et fait brillé la bonne nouvelle comme impossible à corrompre.
Une formule que nous pouvons brandir, sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour combattre la honte et la souffrance, et aider nos soeurs et frères humains à les combattre.