Homophobie…il s’agit bien-sûr de la peur, la phobie, inspirée par les homos, entendez les homosexuels. Mais étrangement ce mot, pris au sens littéral, semble nous dire autre chose. Homo-phobie… ce n’est autre que la peur, la phobie, toujours, mais inspirée par le semblable, le même. Ce n’est certes pas ce que voulaient dire ceux qui ont construit le mot, mais c’est pourtant ce qu’il dit de lui-même.

Serait alors homophobe celui qui aurait peur de ses semblables, de ceux qui, au final, lui ressemblent, plus qu’ils ne diffèrent de lui. Tiens donc, idée étrange a priori que celle-là : la peur et la haine de l’autre qu’elle engendre pourrait donc provenir de ce que cet autre est un peu trop semblable à moi, qu’il n’est pas assez différent, au point qu’on risque de me confondre avec lui, au point que je puisse, si je n’y prend garde, me reconnaître en lui, ou pire encore me découvrir au travers de lui. Tiens donc… étrange idée ? Peut-être pas si étrange que cela. Mais continuons notre cheminement. S’il s’agit bien d’une haine des semblables, l’homophobie devrait se manifester surtout à l’égard de tout ce qui risque de confondre les homosexuels, pardon les homos, les semblables, avec le reste de la population. Et, a contrario, les homos qui acceptent de rester à une place suffisamment distincte du reste de la société, à la marge, seraient finalement relativement bien tolérés.

Mais n’est-ce pas effectivement ce que nous constatons ? L’homosexualité est relativement bien tolérée tant qu’il s’agit du fait d’individus marginaux avec lesquels il n’y a pas de risque pour la majorité d’être confondus. Une procession de chars défilant bruyamment dans les rues avec à son bord un aréopage folklorique de jeunes gens à moitié nus se déhanchant lascivement sur de la techno, cela peut encore choquer quelques braves gens, mais c’est finalement assez rassurant, y compris et surtout pour ces mêmes braves gens. Cela permet à chacun de se dire que nous vivons dans une société ouverte et intelligente qui accepte la différence, ou tout au moins qui la laisse s’exprimer… pour peu qu’elle reste justement, une différence.

Mais si ces mêmes homos (ou plutôt non, d’autres, plus pervers) se mettent à porter des costumes-cravates, ou des tailleurs, commencent à se fondre dans la masse, revendiquent les mêmes droits que de la majorité (la bénédiction d’union, le mariage, le droit à l’adoption d’enfant, …), ou pire, sont autre chose que des individus créés ex-nihilo, et ont des ascendants et des velléités de descendance… c’est la panique et la masse prend peur.

L’homophobie est là, quand ceux qui sont à la marge, qui ont été jetés hors du général, commencent à vouloir refuser de porter leurs signes distinctifs, leur étoile jaune, ou plutôt arc-en-ciel, pour oser dire : nous ne sommes pas si différents de vous. La société est certes prête à tolérer, car on tolère ce qui est différent, et finalement pour tolérer, nul n’a réellement besoin de se remettre en cause soi-même. Mais cette même société n’est pas prête à accepter, car pour cela, il faut écouter, débattre, comprendre, poser des questions qui dérangent l’ordre des choses, il faut savoir accueillir, être prêt à inclure, et donc repenser son identité… Il en va sur ce point des homosexuels comme des étrangers. Une société qui tolère n’est pas une société qui accepte. Ne parlons même pas d’une société qui face à tous les semblables dont elle voudrait à tout prix se distinguer, prise d’une peur panique contre tous ceux qui tentent de lui dire ce qu’elle n’est pas prête à entendre, se mure dans la tolérance zéro.

Quand puis-je savoir qu’il fait jour, interroge le Talmud. Est-ce quand je peux distinguer le figuier de l’olivier ? Non. Est-ce alors quand je peux distinguer le chien de la brebis ? Non plus. La réponse est à la fois plus simple et plus dérangeante : car c’est bien au contraire quand toute distinction s’estompe, et que dans l’autre, celui que je ne connais pas et qui s’approche de moi, je reconnais un frère, une sœur, bref un semblable. En d’autres termes, il commence à faire jour quand je cesse d’être homophobe…

Jean-Loup Othenin-Girard

Dessin de Catherine Letienne illustrant le livret du 17 mai. Amoureuse de la vie et des femmes, Catherine a rejoint le Dieu d'Israël le 11 novembre 2005.