René Gallissot, professeur émérite à l'université Paris VIII, dirige la série Maghreb du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier (Le Maitron). Il est l'auteur, engagements sociaux et questions coloniales (Les Editions de l'Atelier, 2007) qui constitue l'assise de son dernier ouvrage en présentant la biographie de près de 500 militants qui ont marqués l'Algérie de 1830 à 1962. Dernier ouvrage paru de René Galissot : La République française et les indigènes : Algérie colonisée, Algérie algérienne, 1870-1962, Editions de l'Atelier.


Les élections présidentielles se sont achevées par la victoire de Nicolas Sarkosy dont l’une des propositions principales est la constitution d’un « ministère de l’Immigration et de l’identité nationale ». En amont de ce projet, deux idées majeures : l’identité nationale de la France serait menacée par les populations issues de l’immigration postcoloniale et par les revendications dites mémorielles concernant la reconnaissance du rôle de la France dans la traite négrière et la colonisation. Dénonçant les velléités de « repentance », l’ancien ministre de l’Intérieur s’est attaché à défendre une vision de l’histoire de France qui assimile celle-ci à l’épopée glorieuse d’un peuple « gaulois », blanc et chrétien, chargé d’une mission universelle : apporter les Lumières au monde. Cette histoire idéalisée, destinée à réaffirmer la « fierté d’être français », est au fondement d’une conception fermée de l’identité nationale. Elle contribue à l’exclusion de ces nombreux Français originaires de pays qui ont eu au contraire à souffrir de l’esclavage et de la colonisation et qui demeurent confrontés au racisme et à la discrimination. Restaurer la complexité de l’histoire française, la réinsérer dans l’histoire du monde, redonner leurs places aux histoires multiples de tous ceux qui aujourd’hui vivent ici ou, en d’autres termes, dénationaliser et décoloniser l’histoire de France, apparaît à de nombreux militants de l’antiracisme comme l’une des conditions d’un « vivre ensemble » égalitaire et pacifié, débarrassé des crispations identitaires. C’est de cela dont il s’agira de débattre le 25 mai prochain à la Maison verte avec Ze Belinga (Site Afrikara), René Gallissot (historien) et le Mouvement des indigènes de la république.