Actes 15,6-21 : Un pas en arrière, deux pas en avant ?
Par Editeur le mardi 15 mai 2007, 23:48 - Prédications - Lien permanent
Respecter la loi à la lettre, tolérance zéro... ou interdit d'interdire ? Prédication de Stéphane Lavignotte du 13 mai à La Maison Verte sur Actes 15,6-21.
Actes 15
5. Alors quelques-uns du parti des pharisiens, qui avaient cru, se levèrent, en
disant qu'il fallait circoncire les païens et exiger l'observation de la loi de
Moïse.
6. Les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette
affaire.
7. Une grande discussion s'étant engagée, Pierre se leva, et leur dit:
Hommes frères, vous savez que dès longtemps Dieu a fait un choix parmi vous,
afin que, par ma bouche, les païens entendissent la parole de l'Évangile et
qu'ils crussent.
8. Et Dieu, qui connaît les coeurs, leur a rendu témoignage, en leur donnant
le Saint Esprit comme à nous;
9. il n'a fait aucune différence entre nous et eux, ayant purifié leurs
coeurs par la foi.
10. Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou des
disciples un joug que ni nos pères ni nous n'avons pu porter?
11. Mais c'est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés,
de la même manière qu'eux.
12. Toute l'assemblée garda le silence, et l'on écouta Barnabas et Paul, qui
racontèrent tous les miracles et les prodiges que Dieu avait faits par eux au
milieu des païens.
13. Lorsqu'ils eurent cessé de parler, Jacques prit la parole, et dit:
Hommes frères, écoutez-moi!
14. Simon a raconté comment Dieu a d'abord jeté les regards sur les nations
pour choisir du milieu d'elles un peuple qui portât son nom.
15. Et avec cela s'accordent les paroles des prophètes, selon qu'il est
écrit:
16. Après cela, je reviendrai, et je relèverai de sa chute la tente de
David, J'en réparerai les ruines, et je la redresserai,
17. Afin que le reste des hommes cherche le Seigneur, Ainsi que toutes les
nations sur lesquelles mon nom est invoqué, Dit le Seigneur, qui fait ces
choses,
18. Et à qui elles sont connues de toute éternité.
19. C'est pourquoi je suis d'avis qu'on ne crée pas des difficultés à ceux
des païens qui se convertissent à Dieu,
20. mais qu'on leur écrive de s'abstenir des souillures des idoles, de
l'impudicité, des animaux étouffés et du sang.
21. Car, depuis bien des générations, Moïse a dans chaque ville des gens qui
le prêchent, puisqu'on le lit tous les jours de sabbat dans les
synagogues.
5. Alors quelques-uns du parti des pharisiens, qui avaient cru, se levèrent,
en disant qu'il fallait circoncire les païens et exiger l'observation de la loi
de Moïse.
6. Les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette
affaire.
7. Une grande discussion s'étant engagée, Pierre se leva, et leur dit:
Hommes frères, vous savez que dès longtemps Dieu a fait un choix parmi vous,
afin que, par ma bouche, les païens entendissent la parole de l'Évangile et
qu'ils crussent.
8. Et Dieu, qui connaît les coeurs, leur a rendu témoignage, en leur donnant
le Saint Esprit comme à nous;
9. il n'a fait aucune différence entre nous et eux, ayant purifié leurs
coeurs par la foi.
10. Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou des
disciples un joug que ni nos pères ni nous n'avons pu porter?
11. Mais c'est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés,
de la même manière qu'eux.
12. Toute l'assemblée garda le silence, et l'on écouta Barnabas et Paul, qui
racontèrent tous les miracles et les prodiges que Dieu avait faits par eux au
milieu des païens.
13. Lorsqu'ils eurent cessé de parler, Jacques prit la parole, et dit:
Hommes frères, écoutez-moi!
14. Simon a raconté comment Dieu a d'abord jeté les regards sur les nations
pour choisir du milieu d'elles un peuple qui portât son nom.
15. Et avec cela s'accordent les paroles des prophètes, selon qu'il est
écrit:
16. Après cela, je reviendrai, et je relèverai de sa chute la tente de
David, J'en réparerai les ruines, et je la redresserai,
17. Afin que le reste des hommes cherche le Seigneur, Ainsi que toutes les
nations sur lesquelles mon nom est invoqué, Dit le Seigneur, qui fait ces
choses,
18. Et à qui elles sont connues de toute éternité.
19. C'est pourquoi je suis d'avis qu'on ne crée pas des difficultés à ceux
des païens qui se convertissent à Dieu,
20. mais qu'on leur écrive de s'abstenir des souillures des idoles, de
l'impudicité, des animaux étouffés et du sang.
21. Car, depuis bien des générations, Moïse a dans chaque ville des gens qui
le prêchent, puisqu'on le lit tous les jours de sabbat dans les
synagogues.
__
Quel est le sujet du débat dans la communauté de Jérusalem ?
Jusque-là, la communauté a surtout été composée de juifs qui ont reconnu
Jésus comme le messie qu’attendaient les juifs.
Mais de plus en plus, des non juifs, des païens, deviennent des disciples de
Jésus. Donc sans passer par la case « judaïsme ». Le débat est double
:
- des non juifs peuvent-ils rejoindrent les disciples de Jésus ?
- s’ils le font, doivent-ils passer par la case judaïsme, c’est-à-dire se
faire circoncire et respecter les règles de la loi juives sur la nourriture par
exemple ? Seront-ils quand même sauvés s’ils ne respectent pas la loi
juive ?
Cela crée une tension entre juifs et non juifs. Cela se superpose à d’autres
tensions dans la communauté.
Ces tensions tournent autour de la question de justement savoir qui doit
trancher le débat évoqué.
Au début du texte on dit que ce sont les apôtres et les anciens qui
discutent. Mais un peu plus loin, que c’est toute l’assemblée qui en
discute.
Et au sein de la communauté chrétienne, il y a aussi des tendances, comme
dans les partis politiques aujourd’hui. Des tensions qu’illustrent les trois
personnages principaux de l’histoire, Pierre, Jacques et Paul.
On se bat autour de cette question : Qui sont les principaux héritiers
de Jésus, qui est le plus habilité, légitime pour dire ce qu’est le vrai de la
Bonne Nouvelle, de la théologie de Jésus ?
- Est-ce que ce sont les disciples qui ont suivi Jésus comme Pierre
?
- Est-ce que ce sont les membres de la famille de Jésus, comme Jacques, le
frère de Jésus ?
- Est-ce que ce sont ceux qui se sont convertis les plus récemment, sans
avoir connu Jésus mais en ayant reçu l’esprit saint comme Paul ?
Et entre ces trois, il y encore d’autres tensions. Pierre et Jacques
aimeraient tout les deux contrôler la communauté de Jérusalem. Pierre et Paul
revendiquent tous les deux d’annoncer la bonne nouvelle aux païens. Jacques
trouve que Paul est un imposteur qui roule pour lui-même.
Tout cela nous dit le texte entraîne un vif débat. On discute fort, on n’est
pas d’accord.
Pierre, Jacques et Pierre, vont donner différents arguments, vont être dans
des registres différents qui illustrent encore la division de la
communauté.
Pierre parle en premier. Il parle en théologien. Pour lui, si on est un
chrétien, si on est sauvé ce n’est pas par la loi. C’est qu’on a reçu la Parole
du Seigneur. Qu’on est devenu croyant. Qu’on a reçu l’esprit saint. Et que le
cœur a été purifié par la foi, c’est-à-dire qu’on a reçu le pardon des péchés.
Pierre a cette phrase qui ne peut que ravir un protestant et qui résume sa
position : C’est par la grâce que nous croyons être sauvés. La parole, la
foi, l’esprit, le pardon, la grâce : vous et moi, nous sommes ravis de
cette position.
Mais visiblement, ce n’est pas très écouté dans la communauté. En effet,
s’il est précisé que pour écouter ceux qui parlent ensuite, « la
communauté fit silence », c’est que le silence n’était pas là. Et pour cause
Pierre prend à rebrousse-poil son auditoire. Il enfonce le clou de son discours
anti-loi quand il va jusqu’à souligner qu’il est difficile de demander à des
non juifs d’appliquer des lois que les juifs eux-mêmes ont du mal à respecter.
C’est assez provocateur.
Les seconds qui parlent, ce sont Paul et Barnabé. On ne détaille pas ce
qu’ils expliquent. Ils évoquent les signes et les prodiges qui se produisirent
par leur intermédiaire parmi les non juifs. Ce n’est plus comme Pierre le
registre de la théologie, de la théorie qui est mobilisé. C’est celui de
l’expérience. Des choses qui se sont passées, des choses que des personnes ont
vécu. L’auteur n’en donne pas d’exemple. Est-ce parce que ça se raconte
ailleurs dans les actes des apôtres ? Est-ce parce que cela ne retient que
peu l’attention de l’auditoire ?
Le dernier qui prend la parole c’est Jacques. Il nous paraît le plus
frileux. Il ne parle ni théologie, ni expérience mais tradition. Il se cache
derrière l’ancien testament. Une citation d’Amos, un exemple avec Moïse, la
référence aux prophètes. Il ne cite Jésus à aucun moment. Il ne parle ni de
grâce, ni d’esprit saint… Il a l’air tourné vers le passé, enfermé dans le
judaïsme.
Et surtout, nous pouvons resté étonné par la solution qu’il propose. Alors
que Pierre donnait l’impression de vouloir clairement dépasser la logique de la
loi, Jacques a lui une attitude qui parait ambiguë. Il dit après la citation
d’Amos qu’il ne faut pas faire de difficulté aux non juifs qui se tournent vers
Dieu… mais ensuite propose de les soumettre à un certains nombres de lois
juives sur les idoles, la sexualité et la nourriture. Il donne l’impression
d’être d’accord sur le fond avec Pierre, mais propose une solution de compromis
qui semble dire tout le contraire, ou en tout cas en retrait.
///////////////
Et si pourtant, si la solution que propose Jacques n’est pas si frileuse que
cela ?
Si son compromis avec son apparence de réformisme petit bras était plus
révolutionnaire qu’il en a l’air ?
Que cachent les quelques règles qui sont édictés ?
Se protéger des souillures des idoles, c’est sans doute l’instruction de ne
pas manger de viande qui aurait été sacrifiés lors de cérémonies pour les
idoles des Dieux romains ou locaux.
L’inconduite sexuelle, c’est respecter un certain nombre de règles sur le
fait d’avoir le droit ou non de voir la nudité de certains membres de la
famille, c’est certaines interdictions dans les relations sexuelles.
Les animaux étouffés et le sang, ce sont des règles alimentaires du type,
nourriture kasher ou pas.
L’ensemble de ces règles, suivant qu’on les respecte ou pas, cela fait de
vous quelqu’un de pur ou de souillé. Cela fait surtout, que des juifs
pratiquants accepteront ou non de partager la même table que vous. Cela fera
que des non juifs seront ou non source de souillures lors des repas communs. Ce
qui est en jeu, c’est que les membres de la communauté chrétienne puissent ou
non manger ensemble.
Tout ça pour une histoire de bouffe ?
Ce qui est en jeu c’est que la communauté reste unie.
Ce qui est en jeu, c’est que malgré un désaccord majeur, sur la loi, sur qui
est sauvé, qui est ou non membre de la communauté en fonction de cela, les
membres de la communauté puissent manger ensemble. Ce petit compromis permet
que la communauté reste ensemble.
Mais l’argument de l’unité, on le connaît. C’est souvent celui qui bloque
toute évolution, qui permet à la franche la plus conservatrice de s’imposer y
compris à une majorité plus ouverte.
Mais si c‘était plus que cela ? Dans l’évangile, on voit bien tout ce
qui se passe lors des repas. C’est là qu’ont lieu les grandes discussions. Que
les choses bougent et se déplacent. C’est là que les choses évoluent. Et dans
nos vies, on sait combien parfois tout change dans les situations quand on ne
parle plus des étrangers en général, mais qu’on a rencontré un ou une étrangère
en partageant un couscous ou un mafé ; qu’on ne parle plus des
sans-papiers en général mais de parents d’un enfant de l’école en
particulier ; des SDF en général mais de Michel ou de Jacques etc. Des
homosexuels mais de lui ou elle qui partage la cène avec nous.
Le petit compromis proposé par Jacques, compromis formulé dans le langage du
judaïsme le plus classique, permet d’introduire au cœur de la communauté un
petit mécanisme qui peut permettre que tout bouge énormément. C’est en
apparence un recul par rapport à la position de Pierre. Ce pourrait être un
piège, celui d l’unité à tout prix. C’est en réalité un cheval de Troie qui va
permettre que tout évolue dans le sens de Pierre, de la grâce, contre la
loi.
Son compromis est aussi révolutionnaire pour une autre raison.
Quel était le débat du début ?
Est-on sauvé par la grâce, le pur amour de Dieu, la foi, l’esprit saint et
la parole qu’on reçoit. Ou est-on sauvé par la loi ? Il y a un désaccord
fort là-dessus entre les pharisiens et Pierre.
A la fin du texte, certes, les non juifs doivent accepter des règles de la
loi.
Mais pour faire partie du peuple, pour être choisi par Dieu, être sauvé, il
n’y a pas besoin d’être circoncit, plus besoin de respecter toutes les règles.
C’est le rôle même de la loi qui a déjà évolué.
La loi, ce n’est plus ce qui sauve. C’est juste ce qui permet de vivre
ensemble, de partager le repas. La loi n’est plus le centre, elle est un moyen
évolutif et relatif, qu’on peut travailler et négocier pour vivre ensemble. La
loi n’est plus de l’ordre du sacré, elle est juste de l’ordre du principe de
gestion de la société juive.
Cette approche ne nous dit-elle pas à nous aussi des choses sur nos débats
sur la loi ? Puisqu’on a beaucoup parlé de l’héritage de Mai 68, on a
beaucoup parlé soit de respecter la loi à la lettre, de tolérance zéro, du
scandale des fraudeurs, des tricheurs, soit inversement, ce qui serait
l’héritage de Mai 68, l’interdit d’interdire, la volonté de remettre en cause
absolument les repères. On a beaucoup parlé de laïcité. Que faire du
foulard ? des interdits alimentaires, des susceptibilités sur la pudeur
dans les équipements publics ?
Certes il y a la loi. Je peux y être attaché. Ou au contraire être énervé
par la loi, ou par les prescriptions - les mini-lois - auxquels sont attachés
les juifs ou les musulmans.
Mais je peux aussi me focaliser moins sur la loi et sur mon ressenti, et
plus me focaliser sur le ressenti de l’autre : est-ce important pour
lui ? L’est-ce vraiment pour moi ? Prendre un peu sur moi va-t-il me
permettre de rencontrer l’autre, de partager le repas, l’école, l’espace public
avec lui et peut-être qu’il se passera quelque chose dans cet espace et ce
moment partagé ? Peut-être cela lui signifiera-t-il qu’il est plus
important pour moi, en tant que personne, que la loi. Et peut-être par là même,
va-t-il évoluer sur le sens, l’importance qu’il donne lui aussi à la loi. Ou
lui faire comprendre que cette loi, cette prescription était importante pour
moi, mais que j‘ai fait un effort en la mettant de côté.
Comme ce que fait finalement Jacques : un petit compromis qui peut
faire rentrer un mécanisme d’évolution dans une situation tendue. Ce petit
compromis, c’est que les québécois ont par exemple appelé un
« accommodement raisonnable », qui permet d’accepter des petites habitudes
des communautés issues de l’immigration - accepter par exemple à l’école le
petit poignard décoratif des sikhs porté à la ceinture - pour que ces
communautés minoritaires se sentent mieux acceptés, évitent de se replier, et
participent plus à l’évolution commune des modes de vie.
Dans une autre version des Actes des apôtres, une prescription est rajoutée
à celles sur les souillures des idoles, de l’inconduite sexuelle etc. Cette
prescription c’est : ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on
te fasse.
Ne plus être focalisé sur la loi, soit pour vouloir la respecter à tout
prix, soit pour vouloir la mettre en cause à tout prix, c’est pouvoir se
focaliser sur autre chose. Sur Dieu bien sûr, mais aussi sur autrui, sur mon
prochain.