Jean 13,31-35 La gloire de Dieu n'est pas très glorieuse...
Par Editeur le lundi 14 mai 2007, 00:02 - Prédications - Lien permanent
Prédication de Stéphane Lavignotte, Pasteur de La Maison Verte, du 6 mai 2007 sur Jean 13,31-35.
Jean 13
31. Lorsque Judas fut sorti, Jésus dit: Maintenant, le Fils de l'homme a été
glorifié, et Dieu a été glorifié en lui.
32. Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même, et
il le glorifiera bientôt.
33. Mes petits enfants, je suis pour peu de temps encore avec vous. Vous me
chercherez; et, comme j'ai dit aux Juifs: Vous ne pouvez venir où je vais, je
vous le dis aussi maintenant.
34. Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres;
comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.
35. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de
l'amour les uns pour les autres.
31. Lorsque Judas fut sorti, Jésus dit: Maintenant, le Fils de l'homme a été
glorifié, et Dieu a été glorifié en lui.
32. Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même, et
il le glorifiera bientôt.
33. Mes petits enfants, je suis pour peu de temps encore avec vous. Vous me
chercherez; et, comme j'ai dit aux Juifs: Vous ne pouvez venir où je vais, je
vous le dis aussi maintenant.
34. Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres;
comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.
35. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de
l'amour les uns pour les autres.
32. Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même, et
il le glorifiera bientôt.
33. Mes petits enfants, je suis pour peu de temps encore avec vous. Vous me
chercherez; et, comme j'ai dit aux Juifs: Vous ne pouvez venir où je vais, je
vous le dis aussi maintenant.
34. Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres;
comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.
35. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de
l'amour les uns pour les autres.
31. Lorsque Judas fut sorti, Jésus dit: Maintenant, le Fils de l'homme a été
glorifié, et Dieu a été glorifié en lui.
32. Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même, et
il le glorifiera bientôt.
33. Mes petits enfants, je suis pour peu de temps encore avec vous. Vous me
chercherez; et, comme j'ai dit aux Juifs: Vous ne pouvez venir où je vais, je
vous le dis aussi maintenant.
34. Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres;
comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.
35. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de
l'amour les uns pour les autres.
Les textes de Jean sont toujours assez compliqués. On a fini de les lire, on
sent bien qu’on a perçu quelque chose, mais on n’est pas trop sûr. Et puis, on
a souvent l’impression qu’on passe d’un sujet à un autre.
Là par exemple.
Dans une première partie, il nous parle de la gloire de Dieu et de la gloire
de Jésus.
Dans la dernière, il nous parle du commandement d’amour qui fera qu’on
reconnaît à cela les disciples du Christ.
Et entre les deux, il dit qu’il va quelque part où il ne faut pas aller le
chercher.
Quel rapport entre les trois ? Tout cela a-t-il un rapport ?
Pour essayer de comprendre, il faut trouver la bonne clé. En l’occurrence,
la clé dans ce texte, c’est le sens que donne Jean au terme gloire. Pour nous
gloire, ça nous rappelle surtout le sens qu’il a pris avec les rois, les reines
et les puissants : renommée brillante, célébrité, prestige. Le petit
Larousse précise qu’en théologie chrétienne, c’est la manifestation de la
majesté, de la toute puissance et de la sainteté de Dieu telle qu’elle se
manifeste dans la création.
Est-ce cette gloire dont nous parle Jean. Oui et non.
Oui, car la gloire, c’est la visibilité manifeste, forte, dans le monde de
la puissance de quelqu’un.
Et la première idée chez Jean que recouvre le terme gloire c’est bien
cela.
Ce qui rend évident, manifeste, ce qui fait dire : oui, c’est Dieu. Une
manifestation évidente qui fait dire : ce que je vois, ce que je ressens,
ce que j’ai rencontré là, c’est Dieu.
Dans l’ancien testament, gloire est ainsi souvent utilisé comme cela. Il y a
une nuée, un orage, quelque chose d’énorme se déroule dans la nature. Ou alors
comme avec Moïse, la gloire de Dieu a tellement irradié Moïse qu’il se
transforme en lampadaire : cela rend visible Dieu, ce Dieu puissant qui
peut provoquer un déluge, ouvrir une mer, etc.
Mais chez Jean, la gloire est aussi synonyme d’un moment particulier. La
gloire est synonyme du moment de la crucifixion, du moment où Jésus est mis à
mort.
Ainsi, juste avant le texte que nous avons lu, que se passe-t-il ?
C’est le moment où Jésus annonce que Judas va le trahir. Et judas part le
trahir, le livrer à ceux qui vont le crucifier. Le texte que nous avons lu
commence ainsi : « Lorsque Judas fut sorti, Jésus dit :
Maintenant le fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui
».
On peut comprendre ce passage de cette manière :
Maintenant, il est sûr que Jésus va être crucifié, maintenant par cette
crucifixion, il va rendre visible Dieu, il va rendre visible que Dieu agissait
à travers lui. Et Dieu va être crucifié avec lui, et dans ce geste, Dieu va
apparaître, se manifester, être rendu visible à tous ». Il va être rendu
visible à tous comme nous rendons visible Dieu quand nous mettons une croix
pour présider notre culte. Quand nous partagerons le pain et le jus de raison
tout à l’heure.
On est donc dans le même sens que dans l’ancien testament. Il va se passer
quelque chose qui va permettre de dire : oui, Dieu était là.
Ce qui en revanche est très différent, c’est quelle forme prend la
publication, la façon d’être visible.
Dans l’ancien testament, dans la définition du Petit Larousse, on parle de
puissance, de majesté etc.
Là il est question de quelqu’un qui est mis à mort, qui est crucifié, un
châtiment très dégradant, réservé aux voleurs.
Dieu ne se manifeste pas par un acte de puissance, de majesté, un orage, une
nuée. Mais par l’inverse : être arrêté, torturé, mis à mort.
Non seulement, la manifestation de Dieu est une mise à mort. Mais Dieu est
glorifié par Jésus mis à mort, Dieu est lui-même arrêté, torturé, mis à mort.
Et il se rend visible par cela.
C’est le premier renversement de ce texte.
Il y a l’idée dominante de l’époque - dans l’ancien testament, mais aussi
dans les religions grecques ou romaines - que Dieu se manifeste dans la
puissance, dans la majesté.
Jean nous dit au contraire qu’il se manifeste dans la torture, dans
l’arrestation, dans la mise à mort.
Cela a particulièrement du sens pour la communauté chrétienne de Jean, et
les premiers chrétiens. Ils ont été rejetés par la synagogue, ils ont du fuir
Jérusalem, ils sont accusés par les autorités romaines de mettre en cause la
paix civile. On sait qu’à Rome ils vont devoir se réunir dans les catacombes,
vont être jetés aux lions.
Les Dieux romains se manifestent par d’énorme fêtes, par le pouvoir et la
gloire des empereurs. Alors si la manifestation de Dieu c’était la puissance et
la gloire, il faudrait croire aux Dieux romains. Mais si Dieu se manifeste dans
l’affrontement aux autorités, les arrestations arbitraires, les procès
injustes, la torture et la mise à mort - tout ce qu’a vécu Jésus - alors Dieu
se manifeste dans la vie de ces premiers chrétiens, et dans la vie de tous ceux
qui souffrent cela aujourd’hui. Ils peuvent dire Dieu est là, avec nous et pas
avec ceux qui nous persécutent. Et tout ceux qui dans leurs malheurs, dans les
mêmes difficultés, se demandent où est Dieu, ils peuvent dire : Dieu est
là, avec nous.
Évidemment, ce n’est pas une perspective très réjouissante : Après la
crucifixion, faudrait-il vivre de cette manière la présence de Dieu avec
nous ? A la limite cultiver notre malheur pour manifester sa gloire
?
Il y a un troisième sens du mot gloire dans la théologie de l’époque de Jean
qui pourrait aller dans ce sens. La gloire qui demeure parmi nous, c’est le
terme hébreux de Shekina qui veut dire demeurer. La gloire c’est la façon qu’a
Dieu d’être présent en son peuple à travers les vicissitudes, les hauts et les
bas, les bons et les mauvais moments de l’histoire.
Donc la question reste entière. Est-ce que Dieu manifeste sa présence dans
notre histoire, dans l’histoire, à travers les douleurs, le sacrifice, le
martyr, faut-il revivre nous-mêmes en permanence la crucifixion pour être
assuré que Dieu est là ? Et après tout, la chrétienté a longtemps fait
cela : il fallait que la vie dans ce monde soit une vallée de larme, qu’on
accepte son sort, voir qu’on se flagelle soi-même quand le monde ne nous
flagellait pas assez. Et on a encore vu la jour de Pâques, aux Philippines par
exemple des personnes se faire crucifier ou l’évêque de Paris porter la croix
jusqu’en haut de la butte Montmartre… même s’il ne se faisait pas crucifié à la
fin.
Et dans les temps politiques difficiles, alors que des chrétiens
résistaient, s’opposaient, d’autre acceptaient la situation sans rien dire, en
acceptant cela comme une épreuve, comme un chemin de croix.
Mais pourtant dans la dernière partie du texte, c’est autre chose qui est
annoncé, c’est l’amour. Il y a donc autre chose. Mais comment passe-t-on à cet
autre chose, et cela a-t-il à voir avec la gloire, la manifestation de Dieu
?
Cette piste de la douleur, je crois qu’elle est mise en impasse dans le
texte.
Car juste après avoir été évoquée, il y a ce passage - entre la première
partie sur la gloire, et la dernière sur l’amour - où Jean dit : Mes
enfants, je suis avec vous encore un peu, vous me chercherez, mais là où je
vais, vous ne pouvez pas aller.
Il nous décrit en fait la suite de son parcours. Il va être crucifié. Il
leur apparaîtra de nouveau après la résurrection, il va rester un peu avec eux,
mais ensuite il va aller quelque part, on va le chercher, mais là où il va ils
ne peuvent pas aller : il va monter au ciel, et là, ils ne pourront pas le
suivre. Cela interroge d’ailleurs, les théologies du paradis et du ciel après
la mort - si nous ne pouvons pas le suivre, est-ce qu’on le rejoint quand même
après la mort ?
En disant bien que là où il va ils ne peuvent pas aller, il leur dit que ce
chemin là, crucifixion, montée au ciel, c’est bien son chemin à lui et pas le
leur. S’ils le prennent, ils ne pourront pas y aller, c’est une
impasse.
Il ne leur dit pas : faites comme moi, faites-vous crucifié, vivez mon
chemin de douleur et rejoignez-moi. Il dit : là où je vais, le chemin que
je vais prendre, vous ne pouvez pas le prendre.
Après avoir fermé, le chemin, il en ouvre un autre. Je vous donne un
commandement nouveau, et ce commandement, c’est l’amour. Cette dernière partie
est comme un décalque de la première.
Il n’est plus question de gloire, mais le sens y est.
Il s’agit de rendre visible Dieu, de dire : c’est lui Dieu.
C’est ainsi que se conclue le texte. Si vous avez de l’amour les uns pour
les autres, tous sauront que vous êtes mes disciples. L’amour qu’ils ont les
uns pour les autres, rend visible l’amour que Jésus avait pour eux, cela rend
visible, manifeste, Dieu. Comme dans la première partie, Dieu se manifestait en
Jésus par la gloire et la crucifixion, là Jésus se manifeste, se rend visible
par l’amour qu’il porte à ses disciples et qu’ils rendent visibles par l‘amour
qu‘ils se portent les uns aux autres. Moïse rend visible la gloire de Dieu par
la lumière qui rayonne de son visage, les disciples rendent visible Jésus et
son amour par l’amour qui rayonne non seulement des uns vers les autres mais
par cela, vers le monde.
Ainsi, la gloire, la façon qu’a Dieu de demeurer par sa présence à travers
les vicissitudes de l’histoire, maintenant qu’il n’est plus là, et qu’il est
parti dans un endroit où on ne peut pas le suivre, c’est l’amour, l’amour de
Jésus qui a été donné, qui continue à être présent par l’amour qu’ils se
portent les uns les autres.
Ainsi, on a vu dans le texte un premier renversement : face à l’idée
dominante de l’époque - et peut-être encore de notre époque - que Dieu se
manifeste dans la puissance, dans la majesté, Jean nous dit au contraire qu’il
se manifeste dans la torture, dans l’arrestation, dans la mise à
mort.
Il y a maintenant un deuxième renversement : il fait impasse à une
existence chrétienne qui voudrait perpétrer cela, rester enfermée dans cela. Il
ne dit pas que cela c’est fini. Face aux difficultés que connaissent les
premiers chrétiens, que nous connaissons, il nous dit bien que Dieu est
crucifié avec la victime et non glorieux avec le bourreau, que Dieu est là dans
celui qui se fait injustement arrêté et non avec celui qui applique ou édicte
la loi injuste. Dieu se manifeste là-dedans. C’est Dieu qui agit.
Mais le texte invite à un deuxième temps. Si la suite de la crucifixion,
pour Jésus c’est la montée au ciel, pour nous cela, c’est une impasse. Il nous
invite à un autre deuxième temps, différent de la montée au ciel, différent de
la fuite dans un autre monde, différent de l’enfermement dans la douleur. Notre
deuxième temps à nous, c’est un commandement. En nous disant bien que c’est
nouveau, il nous dit bien qu’il y a une rupture par rapport au chemin auquel
nous nous attendions, celui de faire exactement comme Jésus. C’est quelque
chose de nouveau, l’appel à une rupture, qui invite à sortir de l’impasse, de
la tentation de nous enfermer dans la répétition de la crucifixion.
Il nous commande, il nous dit ce qu’il faut faire, nous appelle à un
volontarisme. Si Dieu se manifeste dans la crucifixion, il nous dit à nous
d’agir, d’à notre tour manifester Dieu dans un volontarisme, celui de
l’amour.
Cet aimez-vous les uns les autres, n’est donc pas une mièvrerie, une façon
de dire « tout le monde est beau, tout le monde il est gentil ». Ce n’est
même pas un sentiment. Comme le disait Martin Luther King dans un sermon sur
l’amour des ennemis : ce n’est pas un sentiment, ce n’est pas apprécier
les autres, avoir des sentiments pour eux.
C’est une méthode, une manière de faire. Nous sommes invités à agir, à
manifester Dieu, à être des militants de l’amour, de l’amour les uns les
autres. C’est notre façon d’être disciple, de manifester, de rendre publique la
présence de Dieu.
Nous pouvons dire que Dieu lui se manifeste, montre sa présence dans la
douleur de ceux qui souffrent. Mais face à cette douleur, il nous invite à agir
à notre tour. Il se manifeste - dans la douleur de ceux qui souffrent - et nous
à notre tour nous le manifestons, nous le rendons visible par notre engagement
dans le volontarisme de l’amour.
Un volontarisme de l’amour pour faire sortir ceux qui sont crucifiés de ce
qui est une impasse pour l’homme, qui n’est pas son chemin. L’amour est la
méthode que Jésus nous a laissé pour changer le monde et manifester ainsi la
Gloire de Dieu.