Jean 8,1-11 : Jésus, la femme et les pharisiens
Par Editeur le samedi 21 avril 2007, 17:15 - Prédications - Lien permanent
Dans la fameuse histoire de la femme adultère ("que celui qui n'a jamais pêché..."), qui est adultère ? La femme, Jésus ou les pharisiens ? Prédication de Stéphane Lavignotte, pasteur de La Maison Verte, du 25 mars 2007.
Jean 8
1. Jésus se rendit à la montagne des oliviers.
2. Mais, dès le matin, il alla de nouveau dans le temple, et tout le peuple
vint à lui. S'étant assis, il les enseignait.
3. Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en
adultère;
4. et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette
femme a été surprise en flagrant délit d'adultère.
5. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc,
que dis-tu?
6. Ils disaient cela pour l'éprouver, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus,
s'étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre.
7. Comme ils continuaient à l'interroger, il se releva et leur dit: Que
celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre
elle.
8. Et s'étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre.
9. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se
retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu'aux derniers; et Jésus resta
seul avec la femme qui était là au milieu.
10. Alors s'étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit:
Femme, où sont ceux qui t'accusaient? Personne ne t'a-t-il condamnée?
11. Elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas
non plus: va, et ne pèche plus.
Voilà une fois de plus Jésus aux prises avec les pharisiens et les
scribes.
Au chapitre précédents des gardes ont déjà été envoyés pour l’arrêter. Mais
ils ne l’ont finalement pas fait. Quelles raisons ont-ils donné pour ne pas
l’arrêter ? « Jamais homme n’a parlé comme cet homme ». Jésus a été
sauvé de l’arrestation grâce à la profondeur de ses paroles. Les autorités
juives envoient donc des personnes qui sont capable de résister à sa parole,
qui manient eux aussi la parole : elles envoient des scribes et des
pharisiens. Des intellectuels donc.
Si les scribes et les pharisiens interrogent Jésus sur le sort de la femme
adultère, ce n’est donc pas vraiment par ce qu’ils se soucient de ce qu’a fait
cette femme. Ils veulent piéger Jésus.
Quand ils parlent de lapider la femme, de lui lancer des cailloux, ils
aimeraient bien que les cailloux lancés sur la femme rebondissent sur elle pour
atterrir sur leur véritable cible : Jésus.
Ils aimeraient surtout que Jésus dise quelque chose de travers qui leur
permette de le lapider.
Mais sur quoi porte le débat ? La question de l’adultère est-elle une
question si importante ?
Les pharisiens invoquent la loi de Moïse pour justifier la lapidation en cas
d’adultère.
Dans les dix commandements, l’adultère apparaît en effet comme un
interdit.
Et au Lévitique, il est mentionné que l’adultère est sanctionné par la
condamnation à mort.
Et la lapidation ? Elle est effectivement mentionné sept fois dans
l’Ancien Testament. Mais elle n’est jamais mentionnée comme sanction de
l’adultère. Une fois elle est mentionnée comme façon de mettre à mort un bœuf
qui aurait donné un coup mortel à un homme et une femme. Dans un autre cas,
elle est mentionnée pour un fils qui n’obeirait pas à ses parents.
Les quatre autres fois, elle est mentionnée dans le cas de quelqu’un qui
blasphème le nom du seigneur, d’une personne qui travaille le jour du sabbath
et surtout dans le cas où quelqu’un se met à adorer d’autres Dieux ou en
entraîne un autre dans l’adoration d’autres Dieux.
C’est bien ce qui va réapparaître un peu plus loin dans l’Evangile de Jean.
Deux chapitres plus loin, les juifs demandent à Jésus si c’est lui le Christ,
s’il est le messie. Et comme il refuse de leur répondre ouvertement, ils
commencent à ramasser des pierres pour le lapider.
L’histoire d’adultère est donc une manière de parler d’autre chose.
L’adultère, c’est quoi ? C’est tromper avec quelqu’un d’autre la personne
avec laquelle on est officiellement en couple. Cette histoire de lapidation en
raison d’un adultère est une façon d’interpeller tout le monde sur une question
plus large : à quoi êtes-vous fidèle ? Etes-vous fidèle à Dieu ?
Ou alors êtes-vous fidèle à autre chose ?
Les pharisiens et les scribes aimeraient piéger la femme et Jésus à travers
cette question.
Ils mettent la femme au centre, puis pointent leur doigt accusateur sur
elle : tu n’es pas fidèle à ton mari.
Ils mettent ensuite Jésus au centre et pointent leur doigt accusateur sur
lui : seras-tu fidèle à la loi en nous autorisant à la lapider ?
Comment va réagir Jésus ?
Avez-vous remarqué cette façon étrange de se comporter ?
Alors qu’il est assez bavard dans toute cette partie de l’évangile, là il
parle très peu. Alors que c’est justement la sagesse de ses paroles qui l’avait
sauvé, là il se fait avare de mot. Alors qu’on lui a envoyé des spécialistes de
l’argumentation - scribes et phrarisens, là il ne dit presque rien.
Il a des gestes, il y a le posture de son corps.
A deux reprises, il se baisse et se met à écrire sur le sol.
Et à chaque fois, il se relève et lance une interpellation, courte, et
simple.
Il se baisse, écrit une première fois, se relève et lance aux
pharisiens : Que celui de vous qui est sans pêché, qu’il jette la première
pierre. Il se baisse une seconde fois, écrit sur le sol, se relève et pose une
question à la femme :
Femme où sont-ils ? Personne ne t’a condamné ?
Avant la première question, la femme a été au centre du récit, mis en
accusation. Puis Jésus a été au centre, mis en accusation. En renvoyant une
question aux pharisiens, il fait deux choses.
D’abord, ce sont les scribes et les pharisiens qui deviennent d’un coup au
centre du récit, au centre de l’attention.
Ensuite, ce ne sont plus Jésus ou la femme qui sont en accusation, mais les
scribes et les pharisiens qui sont mis en accusation.
Et ils sont mis en accusation d’une façon particulière.
En disant « Que celui de vous qui est sans pêché, qu’il jette la
première pierre », il point le doigt sur chacun d’entre eux et empêche qu‘ils
se cachent derrière l‘anonymat et la protection du groupe. C’est chacun d’eux
qui doit répondre pour lui-même à la question : et toi, es-tu sans pêché
?
Cela revient un peu à la question que pose Jésus une deuxième fois après
s’être abaissé et avoir dessiné : où sont-ils ?
Ces deux questions - et toi, où en es-tu avec tes pêchés ? Où
sont-ils ? - m’en rappelle une autre. Que ce soit dans le paradis avec
Adam, ou avec Jonas quand il fuit, ou dans d’autres récits de l’Ancien
Testament, il arrive souvent que Dieu interpelle un personnage en lui
demandant : Adam, où es-tu ? Job, où es-tu ?
C’est bizarre comme question. Dieu sait tout, voit tout. Il est au côté de
chacun. Il sait donc en permanence où nous sommes. Mais alors pourquoi
pose-t-il la question ? Il la pose pour que nous nous la posions à
nous-mêmes : où sommes-nous ? Où en sommes-nous ?
Et c’est ce que fait Jésus avec les scribes et les pharisiens.
Eux voulaient le piéger en usant de la loi.
Il leur renvoie la question : et vous, où en étes-vous vis-à-vis de la
loi ?
Les scribes et les pharisiens s’en prennent à une femme adultère. Mais eux,
ne sont-ils pas adultère avec la loi ?
Eux-mêmes, en voulant piéger Jésus, en voulant juger la femme, ne sont-ils
pas adultères ?
Car que font-ils ? Ils utilisent la loi, ils utilisent une femme pour
tendre un piège à Jésus. Après tout, ils s’en fichent de cette femme, ils s’en
fichent de la loi. Ce qu’ils veulent, c’est faire tomber Jésus, pouvoir le
lapider.
La loi, ils l’utilisent, ils l’instrumentalisent. Ils ne la respectent pas
vraiment, elle n’est pas vraiment importante pour eux. Ce qui est important
pour eux, c’est d’éliminer un concurrent, un gêneur, quelqu’un qui met le bazar
dans l’ordre politique et religieux de l’époque.
Ce qu’ils adorent en réalité, c’est l’ordre politique et religieux, c’est de
pouvoir rester les chefs des juifs, c’est de pouvoir être les patrons. Ce
qu’ils adorent en réalité c’est l’ordre, le pouvoir, la puissance.
Ils sont infidèles à la loi et s’en détournent quand ils adorent l’ordre, le
pouvoir, la puissance. Mais la loi, ce n’est pas n’importe quoi. Ce sont les
commandements de Dieu. C’est Dieu. En étant plus fidèle à leur pouvoir qu’à la
loi, ils sont infidèles à Dieu, ils se détournent de Dieu pour adorer d’autres
Dieux qui s’appellent ordre, pouvoir, puissance.
En voulant se faire juge à la place de Dieu, ce sont eux les blasphémateurs,
car ils adorent leur propre puissance au lieu d’adorer celle de Dieu.
Finalement, tout se retourne. Les scribes et les pharisiens voulaient lancer
une pierre sur la femme pour qu’elle rebondisse et atterrisse sur Jésus. Mais
Jésus s’est baissé - baissé physiquement, et baissé théologiquement en refusant
de répondre à leur énigme théologique - et comme il s’est baissé, la pierre est
passée au dessus de sa tête et c’est comme si elle avait atterri sur la tête
des pharisiens eux-mêmes - comme on peut imaginer qu’ils entourent Jésus, la
pierre atterri sur les pharisiens d’en face.
Et donc, finalement, on voit les pharisiens partir.
Ils sont arrivés en groupe, mais ils repartent un par un, les plus âgés
d’abord - parce qu’ils ont plus de péchés que les autres en raison de la
longueur de leur vie ? Parce qu’ils ont compris plus vite ? - puis
les plus jeunes. Ils repartent un par un.
Et on arrive à cette étrange fin de texte. Au début du texte, tout le peuple
l’écoute, assis autour de lui. Puis les pharisiens et les scribes. Et à la fin
le texte dit : il fut laissé seul. Tout le monde est donc sorti. Même ceux
qui n’étaient pas des pharisiens et des scribes ont semblent-ils pris les
questions pour eux et sont sortis du temple.
Le texte dit : il fut laissé seul et la femme étant au
milieu.
La femme au milieu, c’est une précision qui est donnée au début du texte.
Mais au début du texte, elle est au milieu de la foule, peut-être au milieu
entre Jésus et les pharisiens.
Mais là, puisque tout le monde est sorti, au milieu de quoi est-elle ?
Peut-être au milieu du temple.
Elle est en tous cas au centre de l’attention de Jésus.
Et, après s’être abaissé, ayant dessiné, et s’étant relevé, il lui
demande : femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamné ?
Il lui fait remarquer par elle-même qu’ils ne sont plus là. Elle n’est plus
leur otage, elle n’est plus leur prétexte pour piéger Jésus. Elle n’est plus au
milieu d’un conflit qui ne la concerne pas. Elle est au centre de l’attention
que Jésus lui porte personnellement.
D’une foule, foule du peuple, des scribes et des pharisiens, il avait fait
des individus qui chacun devait se poser une question sur lui-même. Il ne
portait pas un jugement, ni sur la foule, ni sur chacun : il invitait
chacun à s’interroger sur lui-même. Chacun à se demander : et moi, j’en
suis où face à Dieu ?
Il fait de même avec la femme. Elle n’est plus le prétexte d’un désaccord,
l’appât d’un piège, elle est un individu.
Jésus ne la juge pas, ne la condamne pas. Il la renvoie à elle-même.
Remarquez d’ailleurs qu’il ne dit pas : ne commet plus le pêché
d’adultère. Il dit juste : va et ne pêche pas. Il ne se prononce même pas
sur le fait qu’elle ait commis ou non l’adultère. Il ne se prononce pas sur une
peine pour le péché d’adultère. Il lui dit : finalement, comme toutes ces
personnes qui ont du sortir et renoncer à te lapider parce qu’ils avaient bien
commis au moins un péché dans leur vie, tu as bien du en commettre dans ta vie.
A toi de réfléchir à toi-même, de regarder ta vie, de regarder où tu en es par
rapport à Dieu, et de ne plus pêcher.
Jésus simplifie incroyablement les choses. L’évangile nous raconte une
histoire qui peut nous rappeler des situations compliquées que nous avons
croisé et nous invite à vivre les choses plus simplement.
Il y a la tentation de se poser en juge des autres. Le risque de se soucier
d’abord de son propre pouvoir et de sa propre puissance. La facilité d’utiliser
une personne, ou une loi, des convictions partagée ou pire d’utiliser Dieu
lui-même, pour nuire à une tierce personne. Et dans ces situations, on parle
beaucoup, il y a des flots d’arguments, de justification, de riposte, de
rumeurs, de médisances et de contre-attaques verbales.
Jésus fait voler tout cela en éclat par une attitude très douce et
simple.
Il ne dit presque rien et nous interpelle plutôt que de faire de longs
discours : se détourner de Dieu pour adorer d’autres Dieux qui sont
puissance, arrogance, jugement des autres, instrumentalisation, n’est-ce pas
cela le véritable adultère ?
Face à la facilité de réfugier derrière le groupe, il invite chacun à se
regarder lui-même, à faire le point sur lui-même.
Il invite chacun à faire le point pour savoir où il en est face à Dieu. Et
décider en conscience, s’il doit ou non sortir du temple, s’il doit ou non
changer son mode de vie.
C’est extrêmement simple. Mais extrêmement exigeant car il est souvent plus
facile de juger les autres que de se regarder soi-même en face. C’est
extrêmement simple. Mais aussi très exigeant, car cela ne se fait pas une fois
pour toute, mais c’est en permanence que cela nous est demandé, car nous sommes
humains et donc forcément nous faisons des choses de travers.
Mais dans ce chemin, nous pouvons être assuré que quelqu’un nous aime toujours. Jésus qui nous dit : « Moi non plus, je ne te condamne point. Va et ne pêche plus ».