Genèse 2 : le mariage pour les couples de même chair ?
Par Editeur le mercredi 14 février 2007, 22:15 - Prédications - Lien permanent
Au moment où la bible est appelée à la rescousse par des religieux lyonnais pour s'opposer au mariage de personnes de même sexe, la prédication du 4 février de Stéphane Lavignotte, pasteur-proposant à La Maison Verte sur Genèse 4. "Je lui ferai une aide semblable à lui".
Genèse 2,18-25
L'Éternel Dieu dit: Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je lui ferai une
aide semblable à lui.
L'Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les
oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l'homme, pour voir comment il les
appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait
l'homme.
Et l'homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous
les animaux des champs; mais, pour l'homme, il ne trouva point d'aide semblable
à lui.
Alors l'Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui
s'endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place.
L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et
il l'amena vers l'homme.
Et l'homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma
chair! on l'appellera femme, parce qu'elle a été prise de l'homme.
C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa
femme, et ils deviendront une seule chair.
L'homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n'en avaient point
honte.
Voilà un texte qui a bien du succès.
Récemment, il a beaucoup été sollicité dans des débats de société et les
débats d’église.
Quand on parle d’homosexualité, de couples de même sexe, de mariage de
couple de même sexe, les opposants à ces unions en appellent à ce texte, comme
encore récemment dans un texte signé par des responsables religieux lyonnais
contre le mariage gay.
Comment font-ils le lien entre les deux ? C’est par un concept qui a
beaucoup de popularité : celui d’altérité. En gros on dit : Dans la
relation de personne à personne, il est important d’être en relation avec
quelqu’un qu’on considère comme un autre. Dans la relation de couple, on
s’associe avec quelqu’un de différent. La fusion n’est pas une bonne chose. Et
le texte de la Genèse est appelé comme référence car le couple est créé de sexe
différent, et il serait de sexe différent pour répondre à cet appel initial qui
rythme le texte : Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui
faire une aide qui lui corresponde, qu’on peut aussi traduire pas : qui
lui soit complémentaire, ou qui lui soit son vis-à-vis.
Quel rapport avec les couples de même sexe ?
Quand un homme se met en couple avec un homme, et une femme avec une femme,
parce qu’il se met en couple avec quelqu’un de même sexe, il voudrait non pas
un autre mais un même. il y aurait un problème dans les couples de même sexe,
les couples gays car il y aurait un refus de l’altérité. Voilà la thèse que
l’on entend souvent et qui prend appuie sur ce texte.
Que nous dit ce texte de la ressemblance, de la fusion, de la différence
?
Le texte est construit sur un parallèle, avec les mêmes expressions, les
mêmes mots.
Dieu façonne d’abord les animaux et les amène à l’homme.
Puis Dieu façonne la femme et l’amène à l’homme.
Les animaux ne seront pas retenus comme vis-à-vis. La femme, oui.
Les animaux sont vraiment différents. Ils sont vraiment une altérité. Mais
ce n’est pas une aide qui lui correspond, qui est son vis-à-vis.
Quelles sont les différences qui amènent à la création de la femme, et qui
en font un être qui - lui - peut-être un vis-à-vis ?
Les animaux sont façonnés, ils le sont avec de la terre, de la poussière,
exactement comme Adam avait lui-même été formé de terre. La femme va être
formée en prenant de la chair d’Adam. S’il y avait une grande proximité entre
les animaux et l’homme par une même manière d’être formé, la femme est formée
d’une manière encore plus proche, intime puisque c’est avec sa propre chair. Si
on compare aux techniques modernes, c’est du clonage : on prend un bout
d’un être vivant pour en fabriquer un autre. Dans le texte, le vis-à-vis est
une sorte de clone.
Quelle est la manière dont l’homme signifie que la femme lui correspond
comme aide, alors que ce n’est pas le cas des animaux ?
Dans les deux cas, il nomme ce qu’il voit. Il donne des noms à tous les
animaux. Et il appelle ensuite la nouvelle créature que lui a fabriqué Dieu par
le nom « femme ». Mais il précède le don du nom par cette remarque :
« Cette fois-ci à la différence de la fois avec
l..., voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! ». On ne peut pas
dire que la raison évoquée par l’homme - voilà l’os de mes os et la chair de ma
chair - insiste beaucoup sur la différence ou l’altérité. D’autant que c’est
une expression qui existe dans l’ancien Israël. Elle désigne l’appartenance à
une même famille, un même peuple.
On a parlé des noms qui sont donnés. Et comment cet homme - ish en hébreux -
appelle-t-il son aide ? Isha. Ish-Isha. Certes, il y a une différence.
Mais cela est-il un grand signe d’altérité ? Un peu comme si dans un
couple, Joseph se mariait avec Josette, ou Claude avec Claudine.
Comment le texte se termine-t-il ? Il n’est pas dit : « ils
furent heureux en se nourrissant l’un l’autre de leur différence, en respectant
ce qu’ils avaient de spécifique ».
Mais : « A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il
s’attachera à sa femme et tous deux ne ferons plus qu’un ». L’illustration de
cette fusion c’est qu’ils peuvent être nus ensemble et qu’ils n’en ont pas
honte.
Remarquons deux dernières choses.
On n’amène à l’homme des animaux, puis une femme. On ne lui amène pas
d’homme. Et donc factuellement, on ne peut pas dire si un homme aurait été
retenu comme vis-à-vis. Remarquons d’ailleurs que le terme aide, secours qui
est utilisé - je vais lui faire une aide qui lui corresponde - est en hébreu au
masculin, un aide, alors que le terme existe au féminin.
Peut-on dire que ce texte insiste sur l’altérité ?
Insiste-t-il sur la nécessité de l’altérité, de la différence dans le
couple, sur la nécessité de non-fusion ? Insiste-t-il sur la différence
dans sa dimension de chair et d’os, de biologique ?
Je ne dis pas que l’altérité n’est pas une nécessité dans la relation de
couple. Mais je voudrais m’interroger sur la pertinence d’en appeler à ce texte
pour appuyer cette idée. En tout cas, on ne pas dire que dans sa dimension
biologique, de chair et d’os, de sexe, il insiste beaucoup sur
l’altérité ; l’altérité n’est pas une affaire de biologique, de sexe, de
chair et d’os.
Plutôt que de rester collé sur la relation homme-femme, sur les histoires de
couple et de mariage, peut-être pourrait-on insister sur d’autres dimensions du
texte, d’autres dimensions qui veulent marquer une différence, une
altérité.
Il y a une insistance sur une autre altérité : celle entre les animaux
et l’homme.
Il est marqué une vraie différence, bien que l’origine puisse être commune,
façonné de terre par le même Dieu.
Il est marqué aussi une différence avec des éléments qui ne sont pas dans le
texte.
Dans ce texte, l’humanité est créé à partir d’un seule couple primitif. Dans
une version sumérienne de la même époque, l’humanité est créé à partir de 7
paires d’hommes et de femmes.
Dans un autre récit, c’est une déesse-mère qui engendre le couple
primitif.
Dans un texte acadien, après avoir créé la femme, on ne créé pas la femme,
mais bien plus important visiblement pour les acadiens de l’époque, le roi.
Dans la plupart des récits de l’époque, on retrouve des mythes de création, des
mythes de déluge. Mais il y a un Dieu qui est à l’origine de la naissance de
l’homme, un second Dieu qui décide du déluge, un troisième Dieu qui avertit
celui qui sera le survivant, etc. Dans notre récit, c’est le seule et même Dieu
qui fait tout.
Ainsi ce récit insiste bien sur une question d’altérité. De démarcation, de
différence.
Mais insiste-t-il sur l’altérité qu’on croit ?
Quand le texte marque la différence humanité-animalité, il insiste sur la
nécessité pour l’homme de se différencier de quelque chose qui est encore très
proche de lui. L’homme est extrêmement dépendant de la nature, de la météo, de
la pluie et de la sécheresse. Il voit dans les phénomènes naturels des
sanctions de ses propres actions, des choses bonnes ou mal qu’il a pu faire. Il
interprète de manière divine la nature, regarde la mer comme un lieu plein
d’êtres maléfiques.
Quand le texte marque la différence avec les mythes de l’époque, il insiste
sur la nécessité pour le peuple hébreux de se différencier, de se démarquer de
mythes qui l’ont nourrit, qui sont à l’origine de ses propres mythes, de se
démarquer des mythes et des traditions qu’a utilisé Dieu pour lui parler, des
paroles humaines qui ont été supports des paroles de Dieu. Ce petit peuple
entouré de puissances militaires, d’empires à la culture rayonnante est invité
à se démarquer, des mythes dominants du temps. N’avoir qu’un seule Dieu quand
les autres en ont toute une collection. Un Dieu complètement autre, pas un Dieu
à forme humaine qui peut donner naissance à ses enfant. Un Dieu qui s’intéresse
à ses enfants même s’ils ne sont pas nombreux, même s’il ne sont pas d’emblée 7
couples sur la terre.
Est-ce que ce n’est pas à cette altérité là que nous appelle ce texte
?
La question du couple, du mariage sont la grande affaire de notre temps. Il
est produit en permanence des vérités, des évidences, la complémentarité,
l’altérité, la différence dans la complémentarité. Vérités aujourd’hui, parfois
contraires en tous points aux vérités d’hier. Ce sont les mythes, les Dieux,
les catéchismes de notre temps.
Faut-il aller chercher dans le texte biblique des choses qui justifie ces
positions ? Parce qu’on voudrait que la bible parle à nos contemporains,
faut-il absolument que les textes bibliques parlent de ces questions ?
Avons-nous absolument besoin des textes bibliques pour avoir une position de
citoyen sur le mariage de même sexe, l’adoption par les couples gay et lesbien
?
L’altérité à laquelle nous appelle le texte n’est-elle pas autre.
Nous inviter à nous sortir des mythes et des traditions de notre temps, même
les traditions et les mythes modernes, du couple, du mariage, de la personne,
de la réussite, de la consommation, de l'argent.
Non pas donner des réponses à des questions que nous nous posons déjà, mais
nous inciter à nous poser des questions que nous ne nous posons pas encore ou
que nos contemporains ne se posent pas.
Et quand ces questions deviennent à leur tour des mythes, des traditions,
des tartes à la crème, les dénoncer comme telle et trouver d’autres questions
que nous pose la bible.