Matthieu 2,1-12 : Les rois mages sont-ils gâteux ?
Par Editeur le samedi 6 janvier 2007, 23:56 - Prédications - Lien permanent
Prédication du 6 janvier 2007 sur Matthieu 2,1-12 par Stéphane Lavignotte, pasteur proposant de La Maison Verte. Les mages rentrent chez eux et en parlent aux juifs. Ils racontent...
Matthieu 2 1. Jésus étant né à Bethléhem en Judée, au temps du roi Hérode,
voici des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem,
2. et dirent: Où est le roi des Juifs qui vient de naître? car nous avons vu
son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer.
3. Le roi Hérode, ayant appris cela, fut troublé, et tout Jérusalem avec
lui.
4. Il assembla tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple,
et il s'informa auprès d'eux où devait naître le Christ.
5. Ils lui dirent: A Bethléhem en Judée; car voici ce qui a été écrit par le
prophète:
6. Et toi, Bethléhem, terre de Juda, Tu n'es certes pas la moindre entre les
principales villes de Juda, Car de toi sortira un chef Qui paîtra Israël, mon
peuple.
7. Alors Hérode fit appeler en secret les mages, et s'enquit soigneusement
auprès d'eux depuis combien de temps l'étoile brillait.
8. Puis il les envoya à Bethléhem, en disant: Allez, et prenez des
informations exactes sur le petit enfant; quand vous l'aurez trouvé,
faites-le-moi savoir, afin que j'aille aussi moi-même l'adorer.
9. Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici, l'étoile qu'ils
avaient vue en Orient marchait devant eux jusqu'à ce qu'étant arrivée au-dessus
du lieu où était le petit enfant, elle s'arrêta.
10. Quand ils aperçurent l'étoile, ils furent saisis d'une très grande
joie.
11. Ils entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa
mère, se prosternèrent et l'adorèrent; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et
lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.
12. Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils
regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Ils se retirèrent dans leur pays.
Sur le chemin du retour, ils furent arrêtés par un groupe de juifs. Ceux-ci
étaient très curieux de savoir ce qu’ils avaient vu.
- Alors, vous l’avez vu ? Vous avez vu le roi des juifs ? Il était
dans une belle maison ?
- Oh, non, il était presque nulle part, là où il était, ce n’était rien.
Déjà Bethléem, c’est pas grand-chose jusqu’ici. Il était juste dans une étable,
une maison ouverte à tous les vents, avec de la paille comme couchage. Rien de
particulier. Autour de lui, un bonheur simple, la joie d’accueillir un
enfant.
Les juifs reprirent.
- Le roi d’Hérode craint pourtant pour son pouvoir. Il pense que c’est
l’empire romain qui est menacé.
Qui entoure le roi des juifs. A-t-il une cour, une armée ?
- Nous n’avons vu que sa mère Marie. C’est une très jeune femme, bien jeune
pour avoir un enfant. Elle avait l’air fatigué : elle a accouché après
plusieurs jours sur son âne à chercher un abri.
- Ce doit être une reine, coupa l’un de leurs interlocuteurs, elle doit
avoir quelque chose de particulier, des beaux habits, un air
majestueux…
- Non, juste beaucoup d’amour dans les yeux : c’est son premier enfant.
Celui-là, on le couve particulièrement: elle ne veut pas qu’il lui arrive quoi
que ce soit. Elle veille énormément sur son sommeil, mais bien sûr, il vient de
naître, il ne fait pas ses nuits. De temps en temps, elle le prend pour le
bercer, lui donner le sein. Tout cela est fait avec beaucoup de
tendresse…
- Hérode, fit remarquer un des juifs, a rassemblé tous les grands prêtres et
les scribes du peuple . Il veut savoir si c’est le Messie qu’annonçaient les
écritures. Alors, on voit quelque chose ? Il a des pouvoirs magiques
?
Les mages eurent l’air embêté…
- Heu, non, rien n’apparaît…
- Comment ça rien n’apparaît : c’est le Christ ! Le messie !
Messah ! Celui qui a une onction spéciale du seigneur ! Il doit bien
y avoir quelque chose…
- Bin, c’est un enfant. Un petit enfant. Un bébé. Il a de toutes petites
mains, toutes mignonnes, avec de tout petits doigts. Il se tortille dans son
berceau. Il sert ses tout petits poings. Il a un visage plein de rides. Mais
quand il dort, tout se détend, comme s’il était dans le plus grand des
bonheurs…
Les juifs rirent et commencèrent à se moquer des mages :
- hou-là, là vous m’avez l’air gâteux. Vous voyez un bébé, et vous
fondez…
Les mages ignorèrent la remarque et continuèrent :
- Quand on met un doigt dans ses mains, il le sert très fort. Comme si déjà,
il tenait énormément à la vie, comme s’il voulait une vie à la fois pleine de
douceur et de fermeté.
Un autre mage poursuivit :
- Quand vous le prenez dans les bras, il vous regarde, déjà d’un air plein
de curiosité. Chacun, nous lui avons parlé dans notre langue. Il écoute. On
dirait qu’il comprend tout ce que nous disons, chacun dans notre langue qu‘il
les langues de l‘Orient ! De temps en temps, il sourit. Que c’est beau son
sourire… Les juifs ne tenaient plus :
- Mais au moins, est-ce qu’il a fait un miracle ?
- Non, pas vraiment… même si franchement, les gazouillis, ça vaut pas mal de
miracle. Entre faire apparaître des serpents ou des poux et un mignon petit
gazouillis comme celui-ci, je prend le gazouillis. On dirait le léger bruit
d’un ruisseau, plein de fraîcheur…
Les juifs étaient maintenant éberlués.
- Attendez, attendez, je croyais que vous alliez à la rencontre du Messie.
Là ce que vous nous décrivez, c’est un bébé. Super mignon, d’accord, mais tous
les bébés sont comme ça.
Tout aussi éberlués, les mages répondirent :
- Bin oui, c’est un bébé, vous attendiez quoi ? Un gars de 13 ans avec
une armure, des ailes et puis pourquoi pas des anges qui lui servent d’armée
?
- A vrai dire : oui. On pensait que le Messie viendrait sur un nuage de
puissance, avec des armées ailées et un truc comme ça. Mais si c’est juste, un
bébé… Vous lui avait laissé vos trésors ? L’or, l’encens ? La Myrrhe
?
- Vous savez dès qu’on l’a vu, on a été charmé. C’est tellement beau, une
naissance. C’est tellement beau, un être qui s’éveille à la vie. On aurait aimé
lui amener du lait, des gâteaux du miel. Notre métal et nos parfums, on n’est
pas sûr que ça lui serve à grand-chose…
Plus les mages donnaient l’impression d’être ravis de leur rencontre, plus
les juifs paraissaient dubitatifs.
- Attendez une seconde : s’il n’y a pas d’ange, s’il n’y a pas de
maison spéciale, s’il n’a pas d’armée, s’il ne fait pas de miracles, comment
vous pouvez savoir que c’est le Messie ?
Les mages se regardèrent, un peu penauds, ne sachant pas trop quoi
répondre.
- Il y a d’abord l’étoile que nous suivons depuis l’orient. ..
Les juifs les coupèrent :
- D’accord, des étoiles comme cela, il n’y en a pas tous les jours. Mais ça
arrive de temps en temps quand même. Et il n’y a pas un messie à chaque fois,
sinon, ça fait longtemps qu’on serait sortis de l’auberge, aurait pas eu à
subir les assyriens, les babyloniens, les grecs, les romains, j’en passe et des
meilleurs…
Les mages continuèrent :
- En tout cas, cette étoile c’est un signe…. Et puis nous avons fait un
rêve…
Les juifs furent à nouveau très attentifs :
- Qu’y avait-il dans ce rêve ? Dieu vous a-t-il parlé ? Avez-vous
vu sa face ?
- A vrai dire, le rêve n’était pas très clair… Vous savez, hein les rêves…
et puis on ne se souvient pas de tout…
Les juifs s’énervèrent :
- Bon alors, vous accouchez ! On vous dit quoi dans ce rêve
!?
- On ne saurait le dire avec certitude. Mais on a eu un mauvais
pressentiment. Comme si quelqu’un en voulait au bébé, comme si une menace
pesait sur cette enfant. Alors c’est pour ça qu’on a préféré repartir sans dire
à personne sur le lieu où était né l’enfant…
Les juifs rigolèrent.
- Avec cette énorme étoile, ce lampion de la taille d’une lune au-dessus de
la tête, Hérode n’aura pas de mal à le retrouver. Surtout que ses hommes, sans
compter ses collaborateurs sadducéens, le pays autrement mieux que vous !
Mais, alors qu’elle certitude vous avez que c’était le messie ?
Les trois mages se regardèrent. Réapparut cet air penaud qui amusait de plus
en plus les juifs avant qu’un large sourire ne naisse sur leur
visage.
- A quoi nous avons reconnu que c’était le messie ? Pas grand-chose,
une impression intérieur, dit le premier, une chaleur dans le cœur,
l’impression que désormais, quoi qu’il arrive, ce petit visage nous
accompagnera, dans les bons et les mauvais moments.
- Non c’est vrai, rien de très absolu, poursuivit le second, mais ces petits
yeux qui nous ont regardé, ils disaient tant. Vous savez, on en a vu des choses
en traversant tout ces pays pour venir jusqu‘ici, et avant à voyager d‘un pays
à un autre pour répondre aux questions des hommes sur le futur, la vie, la
mort. On en a fait des tours de magie, de tours passe-passe, des miracles et
des prodiges Mais ces petits yeux là, ils surpassaient tout. Ils étaient plein
d’une incroyable curiosité, d’une curiosité contagieuse, de cette curiosité qui
vous donne envoie de l’être à nouveau à votre tour, de s’émerveiller pour des
choses simples, de regarder à nouveau le monde, les gens, vos proches, d’un
nouveau regard.
- et puis, conclu le troisième, il y a une envie de le protéger, d’essayer
que sa famille puisse le faire grandir, que son pays ne soit pas ravagé par les
guerres, que le seigneur ne déclenche pas un nouveau déluge. Dans mon vieux
cœur qui a connu bien des blessures, des déceptions et des trahisons, il y a
comme à nouveau de l’amour, de l’amour pour ce bébé et pour les autres
bébé.
Les juifs n’écoutaient déjà plus. Ils pensaient que les trois vieux mages
étaient devenus séniles, qu’ils s’étaient juste laissé séduire par un bébé
comme un autre. Ah, c’est sûr, les bébés juifs, c’est le plus beau ! Mais,
oh, c’est pas tous des messies !
Les juifs rentrèrent chez eux. Moshe, arriva le premier. Il était pressé, il
savait que sa femme risquait d’accoucher d’une heure à l’autre. Quand il se
rapprocha sa maison, dans un village encore plus insignifiant que Bethléem, il
entendit un petit cri.
Dans sa modeste maison, sa femme venait d’accoucher. Sa belle-mère venait de
partir, elle était seule avec leur premier né. Elle était belle, il l’embrassa
plein d’amour. Le bébé avait des petits doigts tout boudiné, un petit nez
retroussé. L’enfant passa rapidement des cris au gazouillement. Il regardait
son père d’un air curieux. Ses petits yeux semblaient déjà l’adopter. Moshe
resta un long moment avec sa femme et son enfant. Puis sortit prendre l’air. Il
regarda le ciel. Une toute petite étoile scintillante comme un clin d’œil. Elle
paraissait posée juste au dessus de leur maison. Juste pour eux. Il repensa aux
mages. A leur air penaud. Il regretta de s’être moqué d’eux, comprenant le
grand secret qu’ils avaient essayé de leur faire comprendre. Dans son cœur,
avait éclot, une impression, une chaleur, une présence qu’il n’avait jamais
connu auparavant et qui ne le quitterait ni lui, ni ses descendants pour les
deux milles années suivantes, et encore bien plus longtemps.