''Marc 13,24 24. Mais dans ces jours, après cette détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, 25. les étoiles tomberont du ciel, et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. 26. Alors on verra le Fils de l'homme venant sur les nuées avec une grande puissance et avec gloire. 27. Alors il enverra les anges, et il rassemblera les élus des quatre vents, de l'extrémité de la terre jusqu'à l'extrémité du ciel. 28. Instruisez-vous par une comparaison tirée du figuier. Dès que ses branches deviennent tendres, et que les feuilles poussent, vous connaissez que l'été est proche. 29. De même, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le Fils de l'homme est proche, à la porte. 30. Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n'arrive. 31. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. 32. Pour ce qui est du jour ou de l'heure, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul. 33. Prenez garde, veillez et priez; car vous ne savez quand ce temps viendra.''


Une femme plus jeune que la moyenne, avec des idées nouvelles a gagné les élections internes au Parti socialiste. Ségolène Royal sera la candidate de ce parti à la présidentielle.

Jeudi, plusieurs lycées parisiens se sont mis en grève, sont partis en manif, ont exigé d'être reçus par le Préfet de police de Paris. Ils protestaient contre la menace qui pèse sur un lycéen du 20e arrondissement : de nationalité étrangère, il doit être expulsé de France.

Le même jour, avec un bénévole, nous sommes allés discuter politique, actualité, avec les personnes accueillies au vestiaire de la Maison Verte. Elles ont peu d'espoir que les choses changent, mais elles ont un vrai appétit de politique, de débat, d'échange sur le monde.

On aimerait que ce soit des signes que les choses peuvent changer. On aimerait que naisse là un futur un peu moins dur que le présent que nous vivons.

On aimerait que ce soit comme au début du texte de Marc que nous avons lu. Dans les temps sombres, que ce soit des signes que le Royaume de Dieu, va venir. Que ce temps où Jésus reviendra, où le paradis s'instaurera sur terre, où il y aura le lait et le miel, que ce temps-là, il est pour bientôt.

Mais pouvons-nous en discerner les signes ?

A ce titre, le texte d'aujourd'hui est déroutant. Les signes du royaume sont présentés en trois temps, de trois manières différentes qui se succèdent sans se ressembler.

Première manière : On donne d'abord des images astrologiques : le soleil s'obscurcit, la lune ne donne plus sa clarté, les étoiles tombent du ciel. Cela enchaîne avec des images presque de mythes grecs où Jésus ressemble à Zeus : Jésus revient sur des nuages, il envoie ses anges. Que remarquons-nous ? ce sont des signes surnaturelles, d'un autre monde. Ce sont d'abord des signes négatifs - le soleil, la lune etc. - qui annoncent des signes positifs. Le négatif annonce le positif.

Deuxième manière. Une autre série d'image est donnée. On parle d'un figuier. C'est le printemps, la sève y monte, il fait des nouvelles feuilles. Cela annonce l'été, la bonne saison. Que remarquons-nous ? C'est une image naturelle cette fois-ci et non plus surnaturelle. Ce sont des signes positifs, qui annoncent des choses positives.

La première manière et deuxième manière sont différentes. Pour savoir si le Royaume va venir, on ne sait plus trop s'il faut regarder en l'air - le soleil, la lune, les étoiles -, chercher du surnaturel. On en bas - le figuier, la nature, les saisons - et chercher du naturel. On ne sait pas trop si le positif du Royaume est annoncé par des signes négatifs comme dans la première image. Ou par des signes positifs, comme dans la seconde.

Puis, dans ce texte de Marc, apparaît une troisième manière. Jésus fait une troisième annonce aux gens qui sont avec lui. Une troisième façon de dire quand le Royaume va venir : Jésus dit : le royaume va arriver avant que vous ne mouriez.

La seule difficulté, c'est que certes Jésus l'annonce de son vivant. Mais ce texte est écrit au moins trente ans après cette annonce, trente ans après sa mort. Certaines des personnes à qui il a annoncé cela sont déjà mort, et le Royaume n'est pas arrivé. Et nous nous savons que deux mille ans après, plusieurs générations après, malgré cette annonce, le royaume n'est pas arrivé. La troisième façon de dire quand le Royaume va venir est une annonce - cela viendra avant que cette génération ne meurt -, mais une annonce qui va échouer, qui ne va pas se réaliser alors qu'elle est annoncée par Jésus lui-même.

Quelle conclusion tirer de ces trois façon d’annoncer le royaume ? Peut-on prévoir le Royaume ? Y a-t-il des signes qui peuvent nous faire dire : ça y est, il arrive ? Résumons-nous. Ce texte suit une progression. Au début, des images très précises de lune, de soleil, d'ange. Au début la réponse est oui. Il y a des signes qui permettent de prévoir : des choses inquiétantes et surnaturelles. Puis, vient l'image du figuier. Oui, on peut prévoir. Mais les signes sont contradictoires avec les précédents : le royaume n'est pas annoncé par des choses surnaturelles mais naturelles, il n’est pas annoncé par des choses négatives, mais positives. Puis cette histoire d'annonce. Une annonce que le royaume va arriver. Mais une annonce qui va être démentie par la réalité.

Plus on avance dans le texte, puis les choses se brouillent quant à la possibilité de prévoir. On passe de franchement oui, à plutôt non. Et le texte termine brutalement : peut-on deviner à travers des signes que le royaume arriver ? Le texte dit : Au sujet de ce jour et de cette heure là, personne ne peut savoir. Ni les anges - dont on parlait au début - ni le fils - dont on parle au début et qui fait cette annonce démentie à la fin -, il n'y a que le père qui sait.

Les lecteurs qui auraient aimé avoir une réponse précise sur les signes qui annoncent le Royaume restent sur leur fin. La quête des signes n'est accessible, ni aux anges, ni à Jésus, ni à personne, pas à nous.

Mais dans les quelques lignes de la fin, il y a autre chose qui apparaît. Nous ne pouvons pas savoir quand ça va arriver ? On pensait que ça allait arriver avant la mort de la génération de Jésus, et ça fait 2000 ans qu'on attend ? Alors, que faire puisque cette quête de signe est illusoire ?

La conclusion dit : Prenez garde, rester éveillés, car vous ne savez pas quand le moment viendra. Il ne s'agit pas de guetter les signes. Ou alors, on peut les guetter, mais on doit abandonner l'espoir de savoir les déchiffrer. En revanche, il faut prendre garde et rester éveillé. Ça veut dire quoi prendre garde et rester éveillé ?

Je soulignerai deux choses dans le texte : Le ciel et la terre disparaîtront, mais mes paroles ne disparaîtront pas, au verset 32. Et ces deux idées au milieu du texte, aux versets 28 et 29. Le moment du Royaume est proche. Jésus est proche, il est à la porte.

Il y a la parole du seigneur, qui restera, même quand le Royaume sera venu et qu'il n'y aura plus ni ciel ni terre. La parole du seigneur est toujours avec nous. Nous pouvons la méditer, nous en nourrir. Nous ne savons quand ça va arriver, ni comment, mais la parole, elle, sera toujours là.

Et puis cette idée du proche. C'est un petit mot en grec eggus. Il veut dire à la fois proche dans le temps et proche géographiquement, physiquement. Le royaume n'est pas loin. Il peut venir à n'importe quel moment. Jésus n'est pas loin. Il peut revenir à n'importe quel moment. Certes, faire venir le royaume, faire revenir Jésus, on ne peut pas le prévoir et on ne peut pas le faire nous-même.

Mais réaliser qu'il est proche de nous, cela ça dépend de nous. Méditer sa parole, vivre les commandements d'amour qu'il nous a laissé, vivre son appel à rencontrer et accueillir chacun quel qu'il soit, ne pas avoir peur de défier les conformismes, et les autres autorités de notre temps.

Nous ne serons pas Jésus pour autant. Cela ne le fera pas venir. Cela ne nous permettra pas de découvrir, de déchiffrer les signe du Royaume, cela ne nous permettra pas de faire venir le royaume. Mais nous nous rapprocherons de lui qui est proche de nous. Nous serons sur nos gardes, nous serons éveillés. Quand il viendra, nous pourrons dire : nous avons tout fait pour vivre selon ta parole, pour être proche de toi en étant proche de ta parole et de nos sœurs et frères.

Et pendant tout ce temps, notre cœur aura battu plus fort. Notre amour aura grandi. Nous aurons vécu de belles choses. Et en attendant sereinement le royaume, le monde sera peut-être devenu plus humains. Plus humains pour ceux qui croient comme ces militants du parti socialiste, ou ces militants d'ailleurs, d'autres partis, de la Cimade ou de la Mission populaire, qui croient qu'on peut changer le monde en s'engageant. Plus humain pour ces élèves sans papiers et leurs camarades qui les soutiennent. Plus humains pour ce SDF, ce retraité sans le sous, ce travailleurs immigré qui cherche du travail, toutes ces personnes rencontrées jeudi dernier au vestiaire de La Maison Verte. Non seulement, ce monde sera plus humain, plus éveillé, plus proche. Mais ce monde se sera rapproché de ce que serait un monde où le Royaume serait venu, ou Jésus serait revenu. Nous ne pouvons pas lire les signes. Mais pour pouvons être nous-mêmes des signes, non pas des signes que le royaume va venir, là, maintenant, mais que le royaume est proche, que Jésus est proche de nous, de nos vies, des vies de nos contemporains. Que oui, un jour, le royaume viendra.