Pour la deuxième année consécutive, une paroisse luthéro-réformée accueillera une cérémonie dans le cadre de la journée mondiale contre le sida. L’an dernier, l’Eglise réformée de La Rencontre (Paris 10e), dans le cadre des cultes du jeudi, avait accueilli une première initiative organisée avec La Maison Verte, Le Picoulet, Présence 75 et Chrétiens et sida, dont le directeur avait fait la prédication.

Cette année, plusieurs associations se sont réunies (David et Jontahan, Groupe lambda, Devenir un en Christ, Rendez-vous Chrétien, Communion Béthanie… ). Elles ont exprimé leur projet dans un texte court : « La lutte contre le sida mobilise moins nos énergies. Avec l’apparition des tri thérapies, le sida ne tue plus les malades qui en bénéficient. Il est désormais possible pour eux de vivre plus longtemps et de vivre mieux. Mais on meurt encore du sida. Ce progrès a malheureusement été accompagné d’une baisse de la vigilance au niveau de la prévention. Il y a donc, entre autres, deux problématiques distinctes dans la lutte contre le sida : celle des pays du tiers monde où le sida tue encore des populations en masse faute de traitements et celle des pays occidentaux qui relâchent leur vigilance avec des pratiques telles que le bareback (valorisation des relation sexuelle non-protégées), particulièrement chez les homosexuels.

Au delà de ce clivage et de la diversité des situations de chacun, il nous semble important de nous réunir dans la prière pour signifier à nos frères et nos sœurs malades du sida, qu’ils soient en France ou à l’étranger qu’ils ne sont pas oubliés. Egalement dire notre rage contre cette maladie qui pourrait être évitée et appeler les chrétiens à s’engager dans la lutte, chacun selon ses moyens. C’est pour cela que nous proposons une prière le vendredi 1er décembre qui sera organisée et célébrée par les associations qui se retrouvent dans cette préoccupation. Cette prière sera œcuménique et ouverte aux témoignages que les malades et les volontaires voudront apporter. »

Pourquoi faire une cérémonie à l’occasion de la Journée mondiale contre le sida ? « La question peut paraître saugrenue tellement cela semble être une évidence au sein d’une Mission Populaire Evangélique comme la Maison Verte, estime Jean-Loup Othenin, une des personnes de la Maison Verte à avoir préparé avec Stéphane Lavignotte (pasteur de La Maison Verte), cette cérémonie . Et pourtant ! On ne se méfie jamais assez de ce qui est évident. Bien sûr, tout le monde est contre le sida, contre le cancer, contre la faim dans le monde, contre la misère. Comme tout le monde est contre tout ce qui fait souffrir et conduit trop souvent à la déchéance humaine et à la mort. Mais si nous faisions de cette journée contre… une journée pour… Une journée pour l’autre, une journée pour le dialogue avec celui qui est séro-discordant, pour la parole échangée plutôt que la parole seulement reçue ou donnée, pour un vrai moment de partage qui aille au-delà de cette seule journée. Une personne séropositive reste une personne, certes touchée et parfois terriblement amoindrie dans sa chair, mais souvent enrichie d’un regard plus intense et passionné sur la vie et le monde. Alors ne nous demandons pas ce que nous attendons de cette célébration, mais ce que nous allons y apporter. Voilà ma prière pour ce 1er décembre 2006. Aidez-moi à le réaliser. » Une intention que partage Marc Duchêne, membre de David et Jonathan : « Le sens de cette célébration consiste pour moi à donner la parole aux malades et à les soutenir dans la prière. Il s’agit de témoigner à nos frères et sœurs malades du sida qu’ils sont au cœur de nos pensées et de nos prières. » Jean Vilbas, de l’association lilloise « Rendez-vous chrétien » n’élude pas les questions que certains se poseront sans doute. « Toute question sur le sens d’une célébration à l’occasion du 1er décembre me paraît induire celle de la légitimité de célébrer en église un tel moment. La question vaudrait d’être posée aussi pour d’autres journées : celle de la lutte contre l’homophobie ou celle de la marche des fiertés lgbt.

Non seulement, elles sont centrées sur l’homme et non sur l’œuvre du Christ, au contraire des fêtes du calendrier liturgique, mais en plus elles ne semblent destinées qu’à un segment particulier de l’humanité.

Une autre question de légitimité apparaît : est-il possible que des Européens évoquent l’étendue de l’épidémie dans les pays du Sud sans risque de confiscation de parole ? Est-il possible à des hétéros de célébrer lors de la Pride ?

Je préfère prendre ces questions à rebours : que serait ma foi si elle ne me permettait pas d’embrasser aussi d’humaines questions ? Que serait-il si elle n’était qu’occasion de réponses et de discours et jamais de révoltes et de silences ? Quelle serait l’universalité du message de l’Evangile s’il laissait de côté des pans entiers de l’humanité ? que serait sa prétention à fonder l’Eglise si jamais les uns ne se préoccupaient des autres – et vice-versa ? Qui serait le Christ en qui je crois s’il ne cheminait avec moi et avec tout homme et toute femme là où nous nous trouvons ? »

__Journée mondiale contre le Sida 1er décembre 19h30 Cérémonie œcuménique à La Maison Verte Prédication notamment de Ruth-Annie Coyault Organisé par la Mission populaire évangélique de La Maison Verte, David et Jontahan, Groupe lambda, Devenir un en Christ, Rendez-vous Chrétien, Communion Béthanie, Chrétiens et sida… __