Lors de cette cérémonie organisée par La Maison Verte et des associations et groupes paroissiaux gays, lesbiens, bi, trans et gay friendly* on a pu entendre des prières, des prédications mais aussi des témoignages très forts. Ci-dessous, celui de Jean-Loup, militant de La Maison Verte. « Vous voulez que je vous parle de moi ? Je ne suis pas sûr que ce soit le plus intéressant. Que vous dire ? Que j’ai 33 ans et que je suis séropositif depuis 11 ans ? Que j’ai des diarrhées le jour et des angoisses la nuit ? Que j’ai envie de crier à Dieu : pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi ça ? Et quand ma tête et mon cœur me font trop souffrir, je m’entends crier : pourquoi ne me laisse-t-on pas mourir de ce qui m’empêche de vivre ? La réponse, c’est peut-être que ce qui m’empêche de vivre n’est pas ce qui porte atteinte à ma santé. Aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales, plus riches que savantes, on ne meurt pratiquement plus du sida. Le corps survit, mais c’est l’âme qui meurt. Et, croyez-moi, on peut mourir dans un corps vivant. Cela s’appelle la solitude, l’indifférence, l’abandon, le silence. Cela s’appelle le désespoir, cette maladie mortelle qu’on ne soigne pas parce qu’on ne s’en donne pas les moyens. Un cri suivi d’un silence symbolise la mort ; un silence suivi d’un cri marque un renouveau, une nouvelle naissance dans un ultime sursaut de vie, comme un appel au secours. Certains cris résonnent à jamais, à condition toutefois qu’ils aient été entendus. Si Dieu n’intervient pas dans la vie de tous les jours, comme je le crois, il se peut qu’il nous appelle parfois et que cet appel prenne alors la forme d’un cri lancé par quelqu’un de notre entourage dans le désert de notre quotidien. Il se pourrait alors que Dieu s’exprime en définitive beaucoup plus souvent qu’on ne le croit. Mais ces cris, encore faut-il être prêt à les entendre. Suis-je prêt à entendre le cri des autres ? Etes-vous prêts à entendre le mien ?

Commode d’en vouloir Nous avons tous vu, il y a de cela plusieurs années, les images du Sidaction et l’attitude de ce représentant d’Act Up qui se révolte et prend les médias et les spectateurs à partie. Combien d’entre nous, moi le premier, ne se sont pas sentis agressés ? Combien n’en avons-nous pas voulu à ce type et à son association d’avoir, par leur colère mal contrôlée, porté un coup hélas fatal au Sidaction ? Mais n’était-ce pas plus commode de leur en vouloir à eux, plutôt qu’à la masse des donateurs potentiels qui se sont aussitôt arrêtés de donner ? Combien d’entre nous ont ensuite cherché à connaître cet homme ? A savoir qui il était et pourquoi il en était venu à exploser de la sorte ? Il ne s’agit pas de ne pas lui en vouloir. Il s’agit de ne pas être indifférent, d’être capable de dépasser le stade de l’agression. Je ne partage pas toujours les idées d’Act Up et trouve souvent leurs méthodes discutables. Mais suis-je prêt à voir plus loin que la violence des actes et des paroles ? Suis-je prêt à entendre leur cri, à me poser la question dérangeante du pourquoi ? La vérité, c’est que je ne suis pas toujours sûr d’être prêt. Et vous, êtes-vous prêts ?

Qui est le séropositif pour chacun de nous ? Si nous voulons que cette cérémonie ait un sens et qu’elle soit un peu utile, qu’elle nous édifie, comme l’écrivait l’apôtre Paul, demandons-nous qui est le séropositif pour chacun d’entre nous, qui est le malade qui nous interpelle, qui est cet autre qui nous dérange, qui nous agresse dans notre petit confort, qui est cet autre nous-même dans lequel nous ne voulons pas nous reconnaître, de peur de nous y découvrir tels que nous sommes réellement, avec nos lâchetés et nos bassesses, mais aussi avec nos colères et notre violence qui peut être salvatrice. Qu’est-ce qu’être séropositif ? Je ne sais pas répondre à cette question. Certains diront que c’est être contaminé par une maladie sexuellement transmissible et mortelle. Mais n’est-ce pas ce qu’est la vie elle-même ? Etre séropositif, c’est vivre, lutter pour vivre et donc aimer la vie, car on ne se bat jamais que pour ce qui a de la valeur à nos yeux. Etre séropositif, c’est aussi devenir de plus en plus intolérant envers tous ceux qui tolèrent un peu rapidement et un peu facilement l’intolérable, qui laissent les choses se faire, sans chercher à comprendre, sans se poser de questions, sans se remettre eux-mêmes en cause. Alors oui, je l’avoue, je le confesse même ici publiquement devant vous qui êtes témoins de mon témoignage : je suis intolérant et je crie ma révolte. Et s’il vous plaît, ne me trouvez pas d’excuses, car c’est à vous-mêmes que vous en trouveriez. Sentez-vous agressés par mon cri. Soyez choqués et osez me le dire. C’est cela qui s’appelle le dialogue et c’est comme ça qu’on peut lutter contre le désespoir. D’avance pour moi-même comme pour tous ceux qui crient, merci. »

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