Epître aux Hébreux 4 4. 14 Ainsi, puisque nous avons un grand souverain sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, demeurons fermes dans la foi que nous professons. 4.15 Car nous n'avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse compatir à nos faiblesses; au contraire, il a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché. 4.16 Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins.

Hébreux 5 5.1 En effet, tout souverain sacrificateur pris du milieu des hommes est établi pour les hommes dans le service de Dieu, afin de présenter des offrandes et des sacrifice pour les péchés. 5.2 Il peut être indulgent pour les ignorants et les égarés, puisque la faiblesse est aussi son partage. 5.3 Et c'est à cause de cette faiblesse qu'il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés, comme pour ceux du peuple. 5.4 Nul ne s'attribue cette dignité, s'il n'est appelé de Dieu, comme le fut Aaron. 5.5 Et Christ ne s'est pas non plus attribué la gloire de devenir souverain sacrificateur, mais il la tient de celui qui lui a dit: Tu es mon Fils, Je t'ai engendré aujourd'hui! 5.6 Comme il dit encore ailleurs: Tu es sacrificateur pour toujours, Selon l'ordre de Melchisédek.

C’est un drôle de Jésus que nous fait entendre ce texte à la première lecture. Ça commence par cette image : un grand prêtre éminent ayant traversé les cieux. On a l’habitude de voir Jésus, sur la terre poussiéreuse de Galilée, les deux pieds sur terre, au côté des malades, des pécheurs, des blessés. On l’imagine avec des vêtements simples, des sandales, peut-être un bout de corde comme ceinture. Pas très bien rasé. Et le voilà, en grand prêtre éminent. De beaux habits, un chapeau chic. Tiré à quatre épingles. Non plus avec les petits et les malades, mais éminent, avec les puissants. Et en plus, il n’est plus les deux pieds sur terre, mais traversant le ciel. On se demande bien d’ailleurs dans quel sens : descendu des cieux comme Dieu venant sur terre ou remontant après sa mort ? Jésus en habit de grande cérémonie, traversant le ciel comme une fusée, accompagné des puissant de cette terre. Bizarre…

Cette impression est encore renforcée par la fin : le verset 5,5 - C’est toi qui est mon fils, à partir de maintenant tu es mon père – reprend le début du Psaume 2. La suite de ce psaume dit : je te donnerai les nations pour héritage, les extrémités de la terre pour possessions./

L’image d’un Christ roi, puissance, est encore renforcée par la référence à Melchisédech au dernier verset : tu seras grand prêtre à la manière de Melchisédech. Melchisédech, on en parle peu dans la bible. C’est un roi cananéen, qui est en même temps grand prêtre. Un puissant à la puissance deux. Un cumulard de l’autorité. Tout ça renforce donc une image d’un Jésus roi, puissant, puissance.

La référence à Aaron ajoute une autre dimension. Que signifie être prêtre à la manière d’Aaron ? Aaron est en permanence aux côtés de Moïse dans l’Exode. Quand ils sont en Egypte, c’est lui qui, sur ordre de Moïse, entend son bras et son bâton et fait envahir le pays par les grenouilles, par les poux et toute la série des 7 plaies. C’est encore une image de puissance. Aaron apparaît aussi dans le Lévitique, ce livre qui dans la bible renferme la plupart des lois juives. Et là, Aaron est mis en scène opérant des cérémonies, des sacrifices, avec un luxe de détails qui confine à la recette de – non pas grand prêtre – mais grand chef de grand restaurant. Je vous en lis juste un extrait, en Lévitique 9 à partir du verset 8. 1. Aaron s'approcha de l'autel, et il égorgea le veau pour son sacrifice d'expiation. 2. Les fils d'Aaron lui présentèrent le sang; il trempa son doigt dans le sang, en mit sur les cornes de l'autel, et répandit le sang au pied de l'autel. 3. Il brûla sur l'autel la graisse, les rognons, et le grand lobe du foie de la victime expiatoire, comme l'Éternel l'avait ordonné à Moïse. 4. Mais il brûla au feu hors du camp la chair et la peau. 5. Il égorgea l'holocauste. Les fils d'Aaron lui présentèrent le sang, et il le répandit sur l'autel tout autour. 6. Ils lui présentèrent l'holocauste coupé par morceaux, avec la tête, et il les brûla sur l'autel. 7. Il lava les entrailles et les jambes, et il les brûla sur l'autel, par dessus l'holocauste. 8. Ensuite, il offrit le sacrifice du peuple. Il prit le bouc pour le sacrifice expiatoire du peuple, il l'égorgea, et l'offrit en expiation, comme la première victime. 9. Il offrit l'holocauste, et le sacrifia, d'après les règles établies. /// Serait-ce celui-là, le Jésus que nous invite à suivre l’épître aux hébreux ? Voilà ce que serait, comme il est dit au tout début du texte, au verset 4, la foi que nous proclamons, à laquelle nous devons tenir ferme, nous cramponner ? Ce texte nous inciterait à insister sur les rituels, à les multiplier, à faire qu’ils soient précis et détaillés ? Ce texte nous inciterait à ce que nos pasteurs soient des grands prêtres, en habits rutilants, avec des grandes chasubles, des grands chapeaux ? Il faudrait qu’ils soient du côté des puissants, qu’ils soient éminents ?

Ces références sont au début et à la fin. Mais au milieu, on a bien entendu, ça parle plutôt de la faiblesse, de la présence auprès des ignorants, et de ceux qui commettent les péchés. C’est une toute autre image. Pourquoi aller chercher ces références si c’est pour dire autre chose ? Pourquoi insister sur l’apparence, le décorum, la puissance au début et à la fin, si c’est pour dire le contraire au milieu ?

Le texte fait référence à ces figures de grands-prêtres, mais dans ce qu’il nous en dit, il ne parle ni des habits rutilants, ni des sacrifices, ni de leur puissance. Il en dit deux choses, il choisit d’insister sur deux choses : Tout grand-prêtre est choisi parmi les hommes. Il est lui aussi faible et doit d’ailleurs aussi offrir des sacrifices pour ses propres péchés. Et c’est vrai que c’est aussi présent dans les textes d’Exode et de Lévitique. Aaron, comme Moïse, ou la plupart des personnages importants de la bible, sont non seulement choisis parmi les hommes, mais souvent, ils disent d’eux-mêmes qu’ils sont petits, qu’ils bégayent, qu’ils sont faibles. Que ce soit en Lévitique 9 au verset 7, juste avant l’exemple de sacrifice d’Aaron que nous avons lu tout à l’heure, que ce soit au chapitre 16, verset 11, quand Aaron fait des rituels, il expie d’abord pour lui, pour ses propres péchés et pour sa maison.

Ainsi le texte est encadré par des images de grands prêtres, puissants, rutilants, éminents. Mais il prend dans ces personnages ce qu’ils ont de plus faible, de plus humain. Il insiste sur leur talon d’Achille, sur leur fragilité. On part de ce qu’il y a de plus fragile, de plus humain, pour renverser complètement l’image du grand-prêtre. Parce qu’il a été pris parmi les humains, qu’il est un humain comme les autres, parce qu’il pourrait très bien être comme Melkisedeq, un prêtre cananéen, qui adorait des idoles, et bien parce qu’il est faible, il fait un autre ministère. Et le texte nous détaille ce que fait ce grand prêtre qu’est Jésus : parce qu’il est faible, humain, pris parmi les hommes, il peut montrer de la compréhension à l’égard des ignorants et peut montrer de la compréhension. Parce qu’il est faible et commet des erreurs, il peut parler au seigneur des erreurs qu’on fait quand on est humain.

Cela pourrait donc dessiner une figure de prêtre qui irait très bien aux protestants. Non pas des prêtres à la catholique, qui se mettent à part, doivent vivre une vie exemplaire, loin de la sexualité, des contingences de la vie quotidienne et de la vie de famille. Non. Au contraire, quelqu’un qui peut se marier, avoir une vie sexuelle, avoir des énervements. Bref, humain, faible et faillible et c’est pour cela qu’il peut comprendre la réalité des gens qu’ils rencontrent.

Voilà, super, c’est un texte qui dit : les protestants sont les meilleurs, c’est eux qui ont tout compris. Nous voilà persuadé d’avoir raison. Nous avons les vrais prêtres.

J’arrête ma prédication sur ce cocorico ? Ce serait un peu trop facile. Si le texte dit : nous avons un grand-prêtre, c’est Jésus - et le texte commence comme cela - qu’est-ce que cela veut dire ? Quand nous disons, nous n’avons que Dieu, c’est Dieu, qu’est-ce que cela veut dire ? Les esclaves noirs aux Etats-Unis utilisaient beaucoup cette image : nous n’avons qu’un seul maître, c’est Jésus, c’est Dieu. Cela voulait dire à leurs maîtres ici, ceux qui les avaient achetés et qui étaient leurs propriétaires, qui les faisaient travailler dans les champs, cela disait à leurs maîtres : vous n’êtes pas vraiment les maîtres, nous ne sommes pas vraiment vos esclaves. Car notre seul maître, c’est Jésus, c’est Dieu. Votre esclavage n’est pas légitime, et un jour nous nous en débarrasserons.

Si donc, notre seul grand-prêtre c’est Jésus, il n’y a aucun grand prêtre autre que Jésus sur cette terre. Les prêtres, les pasteurs, les gens qui voudraient nous diriger dans ce qui est important dans ce monde – et des experts économiques aux psychanalystes qui disent quel est le vrai ordre qui devrait diriger nos vies intimes – tous ceux-là n’ont aucune légitimité à faire les grands prêtres, le seul qui fait ça, c’est Jésus. Les sacrifices, les habits rutilants, la présence auprès des puissants, non seulement, ce n’est pas ça le sens d’être au service de Dieu, mais il n’y a personne qui ait le droit de faire cela sur cette terre, puisque le seul grand prêtre, c’est Jésus. C’est le seul qui aurait le droit de faire cela.

Il n’y a aucun grand-prêtre sur cette terre. Il n’y a que des humains. Il n’y a plus de grands-prêtres sur cette terre, ceux qui se présentent ainsi sont des usurpateurs. Et quand bien même il en existerait, quand bien même certains continuent à se présenter ainsi, rappelons-nous que ce sont aussi des gens faibles, soumis aux erreurs et aux péchés comme nous.

Depuis que Jésus est le seul grand prêtre, il n’y a plus aucune légitimité à sélectionner des gens pour être grand-prêtre, quand les autres ne seraient que paroissiens. Il n’y a plus qu’une chose : une humanité qui peut assumer son humanité.

Qu’est-ce que ça veut dire assumer son humanité, qu’est-ce que ce texte peut nous en faire comprendre ? Il n’est pas question d’être fiers de nos échecs et de nos erreurs, de faire comme si on s’en fichait : les grands-prêtres du texte offrent des sacrifices pour les expier, Mais si Jésus lui-même est exposé aux faiblesses, est faible, Combien nous-mêmes nous devons accepter que nous pouvons être faibles, que nous pouvons chuter, que nous pouvons nous tromper, que nous pouvons faire des erreurs. Nous n’avons pas à ressembler aux grands-prêtres. Nous avons juste à être humains. Et c’est parce que nous sommes humains, faibles, soumis aux tentations et aux colères que nous pouvons montrer de la compréhension pour les faibles, les ignorants, ceux qui commettent des erreurs. Parce que nous sommes sur la même marche, au même endroit. Nous pourrons rencontrer les autres humains, leur venir vraiment en aide.

Et ce n’est pas facile, ni d’assumer nos limites, ni d’aider les autres, encore moins d’aider les autres en assumant que soi-même on est faible, qu’on ne va pas toujours bien. On peut avoir la tentation de croire qu’il faut être grand prêtre, grand prêtre pasteur, grand prêtre psy, grand prêtre prof. On peut avoir la tentation de vouloir faire des sacrifices, de temps, d’argent, de formules magiques. Cette tentation, elle fait aussi partie de notre humanité. Mais nous, c’est juste avec ce que nous sommes, juste avec nos faiblesses que nous aidons les autres. Ce sont des forces car elles nous permettent de dire : je sais de quoi tu parles, je suis comme toi, je suis passé par toi. Comme toi je suis passé par la déprime, par l’alcool ou juste par l’impression de ne pas savoir faire, de ne pas être assez bon. D’être un petit. Et notre faiblesse est notre force. Comme il est dit au début du texte : c’est cette foi que nous proclamons, ce n’est pas facile, nous ne sommes qu’humains, c’est pourquoi il faut s’y cramponner. Notre profession de foi est celle-là : humains comme les autres, avec et pour les humains. Avec les joies et les difficultés de notre humanité, accompagné par un frère en humanité, Jésus.